L’opposant biélorusse Babaryko condamné à 14 ans de prison

L’opposant a été condamné pour avoir reçu des pots-de-vin «en quantité importante» et pour blanchiment d’argent, selon l’ONG biélorusse Viasna.
Photo: Ramil Nasibulin / BELTA / Agence France-Presse L’opposant a été condamné pour avoir reçu des pots-de-vin «en quantité importante» et pour blanchiment d’argent, selon l’ONG biélorusse Viasna.

L’une des figures de proue de l’opposition biélorusse, Viktor Babaryko, a été condamné mardi à 14 ans de prison pour corruption. Il s’agit du dernier exemple en date de la féroce répression visant les critiques du président Alexandre Loukachenko.

Cet ancien banquier, âgé de 57 ans, était considéré au moment de son arrestation en juin 2020 comme l’adversaire le plus sérieux à la présidentielle d’août face à M. Loukachenko, dont la réélection a déclenché un mouvement de protestation historique violemment réprimé.

Sur Twitter, les soutiens de M. Babaryko ont précisé qu’il devrait purger sa peine « dans une colonie pénitentiaire de sécurité renforcée ». « C’est une peine insensée visant un individu qui avait décidé de se lancer en politique et était devenu l’un des leaders qui avaient réveillé le pays d’un long sommeil », a déclaré l’opposante en exil Svetlana Tikhanovskaïa sur Telegram.

Le porte-parole de la diplomatie européenne, Peter Stano, a appelé à la libération de M. Babaryko et des « plus de 530 prisonniers politiques » en Biélorussie.

L’ambassade américaine à Minsk a quant à elle dénoncé « une imposture cruelle » de la justice biélorusse, tandis qu’une responsable de la diplomatie allemande, Bärbel Kofler, a souligné que M. Babaryko avait « tenu bon » et « plaidé non coupable malgré les intimidations massives ».

L’opposant a été condamné pour avoir reçu des pots-de-vin « en quantité importante » et pour blanchiment d’argent, selon l’ONG biélorusse Viasna. La décision a été rendue par un juge de la Cour suprême, ce qui empêche M. Babaryko de faire appel.

Il a également été condamné à rembourser 46 millions de roubles biélorusses (22,5 millions $CA), à verser une amende équivalant à 66,2 millions de dollars canadiens et on lui interdit d’exercer des fonctions de direction, selon l’ONG Viasna.

Viktor Babaryko était présent à l’audience, dans la cage en fer réservée aux prévenus. Des diplomates étrangers, dont l’ambassadeur de France, avaient fait le déplacement, ainsi que des dizaines de partisans.

Au moins deux personnes ont été interpellées par des policiers à l’entrée du tribunal, selon Viasna.

« Tragédies humaines »

L’accusation assure que M. Babaryko a commis ces forfaits quand il était à la tête de Belgazprombank, la filiale biélorusse d’une banque appartenant au géant russe Gazprom.

Sept autres ex-employés de cette banque, qui ont chacun plaidé coupable et témoigné contre M. Babaryko, ont été condamnés à des peines allant de trois à six ans et demi de prison, d’après Viasna.

46 millions
C’est le montant, en roubles biélorusses, que Viktor Babaryko a été condamné à rembourser, ce qui équivaut à 22,5 millions en dollars canadiens.

Une avocate de la défense, Natalia Matskevia, a affirmé que les droits des suspects avaient été violés pendant l’enquête. « Nous avons eu connaissance de tragédies humaines et d’humiliations au cours de la collecte des témoignages », a-t-elle dit.

La réélection de M. Loukachenko a déclenché l’été dernier un mouvement de protestation qui a rassemblé des mois durant des dizaines de milliers de manifestants, parfois des centaines de milliers, mais il a été réprimé par des arrestations massives et des violences ayant fait au moins quatre morts.

Nous avons eu connaissance de tragédies humaines et d’humiliations au cours de la collecte des témoignages

 

La condamnation de M. Babaryko survient dans un climat de poursuites tous azimuts contre opposants, ONG et journalistes. Selon l’organisation Amnesty International, elle « assombrit encore le tableau peu reluisant d’une Biélorussie entre peur et désespoir ».

Les autorités ont notamment arrêté fin mai un journaliste d’opposition en exil, Roman Protassevitch, en détournant un avion de ligne à bord duquel il se trouvait.

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