Macron et Le Pen, grands perdants des élections régionales françaises

En plus d’être désertée par les électeurs, cette élection a connu plusieurs ratés dans son organisation.
Photo: Romain Gaillard La Presse canadienne En plus d’être désertée par les électeurs, cette élection a connu plusieurs ratés dans son organisation.

On les disait disparues. C’est pourtant la droite traditionnelle et, dans une moindre mesure, la gauche qui sortent gagnantes du second tour des élections régionales qui s’est tenu dimanche en France. Une victoire néanmoins fortement amoindrie par une abstention historique encore jamais vue dans un pays où l’on avait conservé l’habitude d’aller voter massivement.

Cette élection aura surtout fait deux grands perdants, pourtant considérés jusque-là comme les principaux prétendants à l’élection présidentielle qui se tiendra dans moins d’un an. Le président, Emmanuel Macron (La République en marche, LREM), et la présidente du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, sortent en effet de ce scrutin sans avoir remporté une seule région.

Déception au RN

La déception était particulièrement palpable au RN, à qui l’on prédisait deux ou même trois régions. Le sursaut espéré dimanche dernier ne s’est pas produit. Chez LREM, on n’avait pas non plus le cœur à la fête puisque tous les candidats de la majorité présidentielle sont arrivés partout derrière ceux du RN. Plusieurs ministres candidats à une élection locale ont d’ailleurs mordu la poussière.

À l’occasion de ces premiers week-ends de liberté après des mois de confinement, seul un électeur sur trois a jugé utile d’exercer son devoir de citoyen. À Paris, où les habitants avaient massivement quitté la capitale, ce second tour a attiré encore moins de participants que le premier. Cette abstention en hausse de 25 points comparée à celle de 2015 est considérée par tous les candidats comme un véritable échec démocratique.

Après avoir déploré « une désaffection civique historique » Marine Le Pen a donné rendez-vous aux Français en 2022. « Je suis plus que jamais déterminée à mettre toute mon énergie et ma volonté à réhabiliter la politique, à lui rendre son utilité et son efficacité au service des Français, dit-elle. Parce que la présidentielle apparaît plus que jamais comme l’élection qui permet de changer de politiques […], je donne rendez-vous aux Français dès demain pour construire tous ensemble l’alternance dont la France a besoin. »

À L’Élysée, tout en déplorant une abstention record, on se gardait bien de tirer la moindre leçon nationale de ce scrutin. Contrairement à la rumeur qui courait depuis des semaines, on a appris dimanche soir qu’il n’y aurait pas de remaniement ministériel. Président du MoDem et allié d’Emmanuel Macron, François Bayrou considère pourtant cette élection comme « un coup de semonce très violent […] pour la majorité ».

Selon les enquêtes, l’immense majorité des électeurs qui sont allés voter ces deux derniers dimanches étaient des retraités. Ce qui n’a donc pas manqué de favoriser les partis traditionnels, et tout particulièrement Les Républicains, dont c’est la clientèle naturelle. L’électorat jeune, plus enclin à favoriser le RN, ne s’est pas déplacé.

Plafond de verre

Avec 52,37 % des voix, le président des Hauts-de-France largement réélu, Xavier Bertrand, voit confortée son ambition de diriger la droite lors de la prochaine présidentielle. « Ce résultat me donne la force d’aller à la rencontre de tous les Français », dit-il. Candidat déclaré, Xavier Bertrand a affirmé que sa priorité serait « les classes moyennes et les catégories populaires, ceux que l’on a applaudis lors du premier confinement avant de les oublier à nouveau ».

Dimanche soir, les yeux étaient surtout tournés vers la région de Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), où le candidat du RN Thierry Mariani était donné gagnant depuis des mois contre Renaud Muselier (LR). En tête au premier tour, Mariani n’a obtenu que 43 % des voix au second tour. Comme en 2015, alors que Marion Maréchal représentait le RN, cette victoire est le fruit du retrait du candidat de la gauche, Jean-Laurent Félizia, qui a appelé à faire barrage au RN. Dimanche soir, Mariani a déclaré avoir été « battu par tout un système coalisé » et un candidat qui, dit-il, a obtenu le soutien des trois derniers présidents de la République, Emmanuel Macron, François Hollande et Nicolas Sarkozy.

En PACA et dans les Hauts-de-France, ce qu’on appelle le « front républicain » réunissant la droite et la gauche a visiblement permis de faire à nouveau barrage au RN. La stratégie de banalisation conduite par Marine Le Pen depuis plusieurs années n’aurait donc pas encore permis de briser le plafond de verre que connaît ce parti. Avec la verve qu’on lui connaît, cette semaine, l’ancien président du RN et père de Marine Le Pen, Jean-Marie Le Pen, n’a pas hésité à attribuer cet échec à la « délepénisation » du parti.

À droite, ce scrutin conforte aussi les ambitions de Laurent Wauquiez, réélu en Auvergne-Rhône-Alpes avec une majorité de 55,9 %, et de Valérie Pécresse, réélue en Île-de-France avec 45,92 % des voix.

Espoir à gauche

La réélection de plusieurs de ses présidents de région a aussi de quoi redonner un peu d’espoir au Parti socialiste. La réélection en Occitanie de la socialiste Carole Delga avec 57,77 % des voix pourrait en effet raviver une gauche qui ne s’est jamais remise de sa défaite cuisante de 2017. « La gauche a un avenir », a d’ailleurs déclaré Marie-Guite Dufay, elle aussi facilement réélue en Bourgogne-Franche-Comté.

En plus d’être désertée par les électeurs, cette élection a connu plusieurs ratés dans son organisation. Le plus flagrant fut l’incapacité du gouvernement à faire parvenir à temps par la poste les professions de foi des candidats à tous les électeurs, comme le veut la tradition électorale française. Le candidat du RN défait en Île-de-France, Jordan Bardella, n’a pas hésité à parler de « sabotage » et de « scandale d’État ».

Ces résultats inattendus ont d’ores et déjà relancé les conjectures sur l’élection présidentielle, dont les sondeurs disaient depuis des mois qu’elle avait toutes les chances d’opposer au second tour Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Dimanche soir, jamais le jeu politique n’avait semblé aussi ouvert.

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