Six mois de prison ferme requis contre Nicolas Sarkozy

En mars, Nicolas Sarkozy était devenu le premier ex-président de la Ve république, à être condamné à de la prison ferme (trois ans dont un ferme), pour corruption et trafic d’influence dans l’affaire dite «des écoutes».
Photo: Rafael Yaghobzadeh Associated Press En mars, Nicolas Sarkozy était devenu le premier ex-président de la Ve république, à être condamné à de la prison ferme (trois ans dont un ferme), pour corruption et trafic d’influence dans l’affaire dite «des écoutes».

Les procureurs ont requis jeudi une peine d’un an de prison, dont six mois ferme, contre l’ancien président français Nicolas Sarkozy, jugé à Paris pour les dépenses excessives de sa campagne présidentielle perdue de 2012.

À la fin du réquisitoire, les procureurs ont souligné la « totale désinvolture » de l’ex-chef de l’État dans la gestion des finances d’une campagne qui a coûté près du double du plafond autorisé, et requis en outre une amende de 3750 euros. M. Sarkozy, absent à l’audience, est jugé depuis le 20 mai.

« Nicolas Sarkozy ne regrette visiblement rien puisqu’il n’est venu qu’à une seule audience », a déclaré la procureure Vanessa Perrée.

« Ce comportement de ne pas se considérer comme un justiciable comme un autre, comme un citoyen parmi les citoyens, est à l’avenant de ce qu’il a été lors de cette campagne présidentielle, se situant hors de la mêlée », a-t-elle poursuivi d’un ton vif. « Cette désinvolture vis-à-vis [des autres prévenus] et du tribunal est à l’image de la désinvolture dans sa campagne », a-t-elle insisté.

Nicolas Sarkozy ne regrette visiblement rien puisqu’il n’est venu qu’à une seule audience

 

Des peines allant de 18 mois à 4 ans de prison avec sursis ont été requis à l’encontre des 13 prévenus jugés aux côtés de Nicolas Sarkozy pour les dépenses excessives de sa campagne présidentielle.

Les procureurs ont demandé trois ans de prison avec sursis et 50 000 euros d’amende pour l’ex-directeur adjoint de la campagne, Jérôme Lavrilleux, seul à avoir reconnu la fraude.

Premier président condamné

En mars, Nicolas Sarkozy était devenu le premier ex-président de la Ve république (qui est en vigueur depuis 1958), à être condamné à de la prison ferme (trois ans dont un ferme), pour corruption et trafic d’influence dans l’affaire dite « des écoutes ». Une condamnation dont l’ancien président a fait appel.

Dans cette autre affaire, l’ex-chef de l’État et son avocat et ami fidèle Thierry Herzog sont soupçonnés d’avoir tenté d’obtenir, début 2014, des informations secrètes auprès d’un haut magistrat, Gilbert Azibert, en échange d’un coup de pouce pour un poste prestigieux à Monaco.

La campagne de Nicolas Sarkozy a été marquée par une « improvisation et une impréparation totales », a dit Mme Perrée dans son réquisitoire. La procureure a aussi ironisé sur ces « professionnels de la politique » qui ignoraient tout du coût de rassemblements électoraux.

Pour l’accusation, la culpabilité des anciens dirigeants de Bygmalion, la société en charge des meetings de Nicolas Sarkozy, de sa filiale chargée de l’événementiel Event & Cie et des anciens cadres de l’UMP (le parti de droite M. Sarkozy, devenu Les Républicains), ne fait « aucun doute ».

Tout au long des débats, les anciens cadres du parti et de Bygmalion, le directeur de campagne, les experts-comptables, ont tous cherché à minimiser leur rôle, voire à le nier.

Seuls 4 des 14 prévenus ont reconnu partiellement leur responsabilité dans la mise en place d’un système de fausses factures imaginé pour masquer l’explosion des dépenses de campagne du président, alors candidat à sa réélection.

L’enquête a révélé que le prix réel des 44 meetings organisés par l’agence Bygmalion avait été considérablement réduit — 80 % des factures ont disparu — et le reste réglé par l’UMP au nom de conventions fictives du parti.

L’enquête « n’a pas établi » que Nicolas Sarkozy l’aurait « ordonné », qu’il y aurait « participé », ni même qu’il en aurait été informé, selon l’accusation. En revanche, il en a « incontestablement » bénéficié, disposant ainsi de « moyens bien supérieurs à ceux que la loi autorisait ». Le plafond légal a été dépassé de 22 millions d’euros.

Une thèse vigoureusement contestée par l’ex-chef de l’État pendant ses quatre heures d’interrogatoire.

Il n’y a eu « aucun emballement » de la campagne, qui ressemblait « comme une sœur » à celle de 2007, qui a conduit à son élection, voire à celle de son opposant au second tour de 2012, le socialiste François Hollande, a répété à la barre M. Sarkozy, retiré de la politique depuis 2016 mais toujours très populaire dans son camp.

Comment la campagne de 2012 aurait-elle alors pu « coûter le double ». 

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