Le scandale du «dieselgate» se relance en France avec Renault

Renault a contesté mardi «avoir commis la moindre infraction» et souligné que «ses véhicules ne sont pas équipés de logiciels de fraude aux dispositifs de dépollution».
Photo: Denis Charlet Agence France-Presse Renault a contesté mardi «avoir commis la moindre infraction» et souligné que «ses véhicules ne sont pas équipés de logiciels de fraude aux dispositifs de dépollution».

Renault a été mis en examen mardi en France dans le scandale de fraude aux contrôles antipollution dit « dieselgate », relançant ce dossier dans le pays après des années de procédure qui devraient aussi rattraper Peugeot-Citroën, Volkswagen et Fiat-Chrysler.

Le constructeur est accusé d’avoir installé un logiciel sur ses voitures diesel pour tromper les contrôles antipollution. Les moteurs concernés sont tous ceux de la génération Euro 5 (2009-2011) et Euro 6B (2013-2017).

Fin 2016, le service de la Répression des fraudes avait mis en lumière dans un rapport des écarts allant jusqu’à 377 % entre les performances de certains modèles Renault au moment de leur homologation en laboratoire et lors de leur utilisation en conditions réelles. S’appuyant sur le témoignage d’un ex-salarié, les enquêteurs estimaient que certaines pratiques auraient débuté en 1990.

Une source judiciaire a confirmé mardi à l’AFP que, « dans le cadre d’une information judiciaire ouverte le 12 janvier 2017, la société Renault SAS a été mise en examen ce jour du chef de tromperie sur une marchandise entraînant un danger pour la santé de l’homme ou de l’animal ».

Renault devra déposer un cautionnement de 20 millions d’euros, dont 18 millions d’euros pour l’éventuel paiement des dommages et des amendes, et donner une garantie bancaire d’un montant de 60 millions d’euros pour indemniser les éventuels préjudices, a précisé le constructeur dans un communiqué.

L’ex-patron de Renault, Carlos Ghosn, a été interrogé comme témoin fin mai à Beyrouth par des magistrats français chargés d’enquêter sur cette fraude présumée.

Renault conteste

Renault a contesté mardi « avoir commis la moindre infraction » et souligné que « ses véhicules ne sont pas équipés de logiciels de fraude aux dispositifs de dépollution ».

Le dieselgate, qui a donné lieu à des actions en justice dans de nombreux pays, a déjà coûté 30 milliards d’euros à Volkswagen, en grande partie aux États-Unis où le groupe allemand a plaidé coupable de fraude en 2017.

Volkswagen avait reconnu à l’automne 2015 avoir équipé 11 millions de ses véhicules diesel d’un logiciel capable de dissimuler des émissions dépassant parfois jusqu’à 40 fois les normes autorisées.

Les enquêtes sur ce scandale ont longtemps été ralenties par une bataille judiciaire devant la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) qui a finalement confirmé fin 2020 l’illégalité du logiciel de Volkswagen.

Trois autres constructeurs sont susceptibles d’être mis en examen à leur tour en France depuis cette décision européenne. Outre Renault, trois informations judiciaires distinctes à Paris visent Volkswagen, mais aussi PSA (Peugeot-Citroën) et Fiat-Chrysler désormais mariés dans le groupe Stellantis.

La mise en examen est une étape préalable à un éventuel procès en France et à une indemnisation des propriétaires de véhicules, dont la valeur a chuté brutalement après l’éclatement du scandale en septembre 2015.

Écarts de mesures

« Il n’y a pas et il n’y a jamais eu de logiciel truqueur dans les moteurs Renault », a martelé mardi Gilles Le Borgne, directeur de l’ingénierie du groupe Renault et ancien de PSA, mettant en avant « deux expertises indépendantes » qui le démontreraient.

Les écarts d’émission entre les cycles mesurés et l’usage des clients « ne sont ni nouveaux ni surprenants » et correspondraient à l’ancienne norme de mesures des émissions (NEDC).

« La mise en examen mentionne un dispositif permettant de détecter certaines phases de tests d’homologation », a-t-il expliqué à des journalistes. « Les limites de fonctionnement en usage client sont uniquement dictées par des contraintes sécuritaires ou physico-chimiques. Ces contraintes ont été intégrées lors de la conception des moteurs il y a plus de 15 ans. Toute critique de ces dispositifs serait anachronique », a souligné M. Le Borgne.

Mais selon la CJUE, le fait que le dispositif « contribue à prévenir le vieillissement ou l’encrassement du moteur », comme le prétendent les constructeurs, n’est pas une exception suffisante pour « justifier » sa présence.

Selon Charles Constantin-Vallet, avocat de l’association de consommateurs CLCV, « la CJUE a précisé que tous les dispositifs modifiant les réglages de recirculation des gaz d’échappement en phase de test sont illégaux, contraires à la norme environnementale ».

« La question pour les juges est désormais de savoir si ce dispositif est une tromperie pour les utilisateurs ; si, avisés, ils auraient eu un autre comportement dans leur rachat », a ajouté l’avocat, joint par l’AFP.

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