Le détournement de l’avion était légal, dit Loukachenko

Mercredi, le président biolérusse Alexandre Loukachenko a pris la parole pour la première fois depuis l'interception, dimanche, d'un vol Athènes-Vilnius de la compagnie Ryanair, sous prétexte d'une alerte à la bombe. 
Photo: Sergei Shelega Belta via Associated Press Mercredi, le président biolérusse Alexandre Loukachenko a pris la parole pour la première fois depuis l'interception, dimanche, d'un vol Athènes-Vilnius de la compagnie Ryanair, sous prétexte d'une alerte à la bombe. 

Droit dans ses bottes, le président biélorusse Alexandre Loukachenko a affirmé mercredi que le déroutage d’un avion de ligne puis l’arrestation d’un opposant à bord étaient légaux, avant d’accuser l’Occident de vouloir « étrangler » son pays.

« J’ai agi légalement en protégeant mes gens », a lancé le chef d’État devant un parterre de dignitaires du régime qu’il contrôle depuis 1994. « C’est un mensonge absolu [de dire] que l’avion a été forcé d’atterrir par un MiG-29, a-t-il martelé. La mission de l’avion de chasse était d’établir la communication, d’accompagner l’atterrissage de l’avion de passagers en cas de situation d’urgence. »

« Nous n’avons pas pris la décision. Selon les règles, les instructions, la décision est prise par le commandant de bord », a-t-il encore ajouté avant d’affirmer qu’excepté Minsk, capitale de la Biélorussie, « personne n’a voulu accueillir l’avion ».

Il s’agissait de la première prise de parole du président Loukachenko depuis l’interception dimanche d’un vol Athènes-Vilnius de la compagnie Ryanair, sous prétexte d’une alerte à la bombe reçue dans un courriel se réclamant du Hamas qui s’est révélée fausse.

Série de sanctions

Quelques heures après ces déclarations, la Biélorussie a accusé la France de « piraterie » pour avoir refusé son espace aérien à un avion effectuant une liaison Minsk-Barcelone, dénonçant un acte « scandaleux » et « immoral ».

Dès lundi soir, l’Union européenne (UE) a adopté de premières sanctions, fermant son espace aérien aux avions biélorusses et recommandant à toutes les compagnies européennes d’éviter les cieux du pays, un appel très suivi. Dernière en date : la Pologne, qui a annoncé mercredi interdire son espace aérien aux avions de son voisin.

Autre perturbation, Air France a dû reporter au lendemain un vol Paris-Moscou, qui contournait la Biélorussie et dont le plan de vol « nécessite une nouvelle autorisation de la part des autorités russes ». Une première depuis l’incident.

Exilée en Lituanie, l’ex-candidate à la présidentielle Svetlana Tikhanovskaïa a appelé à adopter plus de sanctions pour isoler le régime biélorusse.

Son père craint pour sa vie

Lors de l’interception du vol Ryanair dimanche, deux passagers, le journaliste d’opposition Roman Protassevitch et sa compagne russe Sofia Sapega, ont été arrêtés à Minsk avant que l’avion ne reparte, suscitant une avalanche de condamnations occidentales et des sanctions de l’UE.

Pour les autorités biélorusses, la présence à bord de ce détracteur du régime et donc son arrestation relevaient du hasard. Mais aux yeux de l’Union européenne, des États-Unis et de l’opposition en Biélorussie, l’alerte à la bombe était un subterfuge pour arrêter le journaliste.

Roman Protassevitch, 26 ans, est accusé par les autorités biélorusses d’avoir organisé des « troubles massifs » dans le pays secoué en 2020 par des manifestations contre la réélection de M. Loukachenko. Vivant en exil, le jeune homme est l’ancien rédacteur en chef d’un média d’opposition, Nexta, qui avait joué un rôle clé dans la coordination du mouvement de contestation, réprimé sans pitié par Minsk.

L’opposant et sa compagne sont apparus dans des vidéos tournées en prison où ils confessent leurs crimes, mais les autorités biélorusses ont l’habitude de diffuser des aveux obtenus sous la contrainte. Son père, Dmitri Protassevitch, a déclaré à l’AFP que son avocat n’avait pas pu le voir et craint qu’il soit à l’hôpital. « Nous pensons que sa vie et sa santé sont en danger », a-t-il laissé tomber.

Rencontre en Russie

Mercredi, les condamnations à l’international continuaient. Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a dénoncé une attitude « absolument inacceptable » de Minsk et une « attaque » contre les droits et la liberté de la presse. Le Conseil de sécurité de l’ONU a tenu à huis clos mercredi soir une réunion informelle d’urgence sur le sujet.

Face au tollé, M. Loukachenko s’en est pris à ses « adversaires de l’étranger et à l’intérieur du pays », dénonçant leurs méthodes « dépassant les limites de l’entendement et de la morale humaine ». Il a évoqué une « guerre hybride moderne » contre son pays pour ensuite s’attaquer à la Russie, son principal allié. Lui et Vladimir Poutine doivent d’ailleurs se rencontrer vendredi en Russie.

Moscou n’a, de son côté, pas rejoint les critiques occidentales. Après le discours de M. Loukachenko, le Kremlin a indiqué ne pas avoir « de raisons de ne pas croire les déclarations des dirigeants biélorusses ».

La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a quant à elle fustigé les accusations de complicité de Moscou dans cette affaire, des « interprétations fantasques ». Elle a de nouveau appelé à une « enquête objective » sur l’incident.

À voir en vidéo