Paris retrouve ses terrasses

Depuis une semaine, une étrange excitation a gagné la Ville Lumière, où la fréquentation des terrasses fait pour ainsi dire partie l’art de vivre.
Photo: Ludovic Marin Archives Agence France-Presse Depuis une semaine, une étrange excitation a gagné la Ville Lumière, où la fréquentation des terrasses fait pour ainsi dire partie l’art de vivre.

Que serait Paris sans ses terrasses ? Celles du Flore et des Deux Magots, du Fouquet’s et de la Closerie des Lilas. Il n’est pourtant pas besoin d’être un bistrot renommé pour savourer la réouverture des terrasses mercredi dans toute la France. Avec en prime un report du couvre-feu de 19 à 21 h et l’ouverture des musées, des cinémas et des théâtres.

C’est une vraie libération, on va enfin retrouver notre métier », dit Ludovic, responsable du bistrot Moncœur Belleville de la petite rue des Envierges dans le 20e arrondissement. D’une capacité de 200 personnes avec ses grandes tables de réfectoire, cette terrasse, qui domine le parc de Belleville, n’est pas loin d’être la plus belle de Paris. Mais c’est aussi une des moins connues.

« [Mercredi], on devrait accueillir plus d’une centaine de personnes en ajoutant des tables sur la placette le long de la rue Piat. Après sept mois de fermeture, cette réouverture est très importante pour notre clientèle, mais aussi pour le voisinage », dit Ludovic. Car le bistrot ici, c’est un peu le cœur de la vie de ce quartier où se côtoie une population composée d’immigrants, de quelques autochtones et de jeunes bobos branchés. Pour fêter l’événement, Radio Nova sera d’ailleurs sur place une partie de la journée.

Depuis une semaine, une étrange excitation a gagné la Ville Lumière, où la fréquentation des terrasses fait pour ainsi dire partie de l’art de vivre. Dans tous les cafés, les bars et les restaurants, on préparait fébrilement la réouverture. On passait la serpillière, remettait les équipements en état et faisait reluire l’argenterie. Même si la jauge de 50 % des places et de six clients par table n’est pas nécessairement rentable, la plupart des 13 000 établissements parisiens qui ont une terrasse ou quelque chose qui y ressemble ouvriront mercredi.

Les restaurants et les bars qui n’ont pas de terrasse ont été autorisés à en aménager une temporairement sur le trottoir ou dans la rue. La Ville autorise exceptionnellement ceux qui ont des terrasses trop petites à déborder de l’espace qui leur est habituellement réservé. Un peu partout, on s’affaire à construire de grandes plateformes en bois parfois couvertes pour installer des tables dans la rue. Dans certaines régions, le bois a même manqué.

Place Gambetta, devant le square Édouard-Vaillant dans l’Est parisien, toutes les tables du Chantefable sont déjà réservées pour la journée de mercredi. « Les services de midi et de 19 h sont complets. On prend même des réservations jusqu’à la fin du mois de mai », dit le directeur, Kevin Coutrot. Mais les clients sont avertis : dix minutes de retard, et la table sera offerte à quelqu’un d’autre.

Ce bistrot de quartier a la chance d’avoir une terrasse rigide. « S’il ne pleut pas, on ouvrira l’auvent. Sinon, on mettra le chauffage. » Les grandes chaufferettes au gaz en forme de parasol sont là pour ça. La vingtaine d’employés du bistrot a été rappelée cette semaine. La formule du « chômage partiel » évite en effet aux employeurs de devoir chercher de nouveaux employés à la dernière minute. Elle a permis depuis sept mois de continuer à leur verser 80 % de leur salaire, celui-ci étant financé par l’État. « Pour servir 30 % des tables, il faudra quand même 50 % des effectifs, déplore le patron. Mais il faut bien relancer la machine. »

La bière coulera à flots

Les sites de réservation comme La Fourchette, Michelin et Bim ne dérougissent pas. Le nombre de réservations serait trois fois supérieur à ce qu’il était lors de la réouverture du printemps dernier. Ce sont les restaurants étoilés qui sont les plus courus. Comme on pourra commencer à servir à l’intérieur à partir du 9 juin, avec la même jauge de 50 %, certaines grandes tables gastronomiques sont déjà réservées jusqu’à l’automne.

Je vais attendre de pouvoir aussi ouvrir l’intérieur. Le 9 juin, ça vaudra la peine.

D’autres ont fait le choix d’attendre le 9 juin avant de rouvrir. C’est le cas des Bols d’Antoine, une petite cantine bio qui n’ouvrira pas mercredi. « Je vais attendre de pouvoir aussi ouvrir l’intérieur, dit le propriétaire, Antoine Yerochewski. Je préfère attendre le beau temps. Le 9 juin, ça vaudra la peine. »

Pour le Café Limpond, mercredi sera l’occasion de pendre la crémaillère. Sophian Bessaoud, qui travaillait autrefois chez McDonald’s, a racheté ce petit bar de quartier de la rue des Pyrénées avec son père il y a un mois à peine. L’aménagement intérieur n’est pas encore terminé et des planches traînent dans tous les coins. Mais, peu importe, dit-il, il se fera un plaisir d’accueillir une quinzaine de clients sur sa terrasse improvisée. « On va trinquer à la fin de l’épidémie et au retour de la vie normale. »

Depuis l’annonce de la réouverture, le 30 avril dernier, les 2000 brasseries françaises se sont remises en marche. Dès aujourd’hui, la bière coulera à flots. Selon le syndicat professionnel des Brasseurs de France, environ trente millions de litres de bière auraient été perdus durant le dernier confinement. La Ville de Paris a aussi annoncé qu’une centaine de rues de la capitale seraient à nouveau réservées aux piétons cet été afin d’accueillir des terrasses éphémères, comme l’été dernier. Faute de touristes, elles seront fréquentées par des Français.

Reste à savoir si le soleil sera de la partie. La météo prévoit malheureusement des ciels orageux toute la semaine. Parions qu’il faudra plus que quelques ondées pour faire reculer les Parisiens.

  

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