Moscou met en garde l’Occident avant une rencontre sur l’Arctique

La Russie n’a cessé d’accroître son dispositif militaire dans l’Arctique ces dernières années. En mars, elle a multiplié les manœuvres dans la région, avec notamment des sous-marins et des neutralisations d’attaques de drones.
Alexander Zemlianichenko Associated Press La Russie n’a cessé d’accroître son dispositif militaire dans l’Arctique ces dernières années. En mars, elle a multiplié les manœuvres dans la région, avec notamment des sous-marins et des neutralisations d’attaques de drones.

La Russie a martelé lundi que l’Arctique était sa zone d’influence et a insisté sur son droit à la défendre, mettant en garde l’Occident contre ses ambitions dans la zone à quelques jours d’un important forum régional.

« Nous voyons des critiques sur le fait que la Russie développe son activité militaire dans l’Arctique, mais il est clair pour tout le monde, depuis longtemps, que ce sont nos terres, notre territoire. Nous répondons de la sécurité de notre littoral, et tout ce que nous faisons là-bas est parfaitement légal et légitime », a déclaré le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, lors d’une conférence de presse.

« Quand l’OTAN essaye de justifier son offensive dans l’Arctique, ce n’est pas la même chose, et nous avons des questions pour nos voisins, comme la Norvège, qui essayent de justifier la venue de l’Alliance en Arctique », a-t-il poursuivi.

L’Arctique, dont les immenses ressources sont de plus en plus accessibles sous l’effet du réchauffement climatique, est devenu une zone de tensions géopolitiques croissantes, notamment entre Moscou et Washington, allié aux pays scandinaves. Les deux camps y ont multiplié ces derniers mois les manœuvres militaires, les États-Unis envoyant des bombardiers en Norvège par l’entremise de l’OTAN tandis que Moscou y a mené d’importants exercices maritimes et aériens.

Sommet en Islande

Les déclarations de M. Lavrov interviennent à l’avant-veille d’une réunion du Conseil de l’Arctique à Reykjavik, réunissant depuis 1996 la Russie, les États-Unis, le Canada, le Danemark, la Suède, la Finlande, la Norvège et l’Islande.

Le chef de la diplomatie des États-Unis, Antony Blinken, doit y rencontrer pour la première fois Sergueï Lavrov, avant un éventuel sommet entre le président américain, Joe Biden, et son homologue russe, Vladimir Poutine, en juin, alors que les relations entre les deux pays sont délétères. Avant cela, M. Blinken a salué lundi, lors d’une visite au Danemark, un plan d’investissement du Danemark, évalué à près de 300 millions de dollars canadiens et destiné à renforcer la surveillance militaire au Groenland et dans l’Atlantique Nord.

Dans ce contexte, M. Lavrov a, lui, prôné la relance de rencontres régulières entre les chefs des états-majors des pays membres du Conseil afin de « faire baisser les risques sur le plan militaire », des rencontres suspendues depuis 2014.

« Il serait parfaitement logique de rétablir ces relations entre militaires qui se comprennent mieux que les politiciens », estime l’expert russe Fiodor Loukianov, rédacteur en chef de la revue Russia in Global Affairs. « Même s’il est vrai que cette mesure confirmerait un retour vers la guerre froide, ce serait malgré tout un pas en avant », a-t-il ajouté en entrevue.

Renforcement militaire

La Russie n’a cessé d’accroître son dispositif militaire dans l’Arctique ces dernières années, y rouvrant et modernisant plusieurs bases et aérodromes abandonnés depuis la fin de l’époque soviétique. Elle y a aussi déployé ses systèmes de défense anti-aérienne dernier cri S-400.

En mars, elle a multiplié les manœuvres dans la région, avec notamment des sous-marins, des simulations de destructions d’avions, des ravitaillements en vol et des neutralisations d’attaques de drones. Lundi, le chef de l’état-major de l’armée de l’air russe, Igor Tchourkine, a d’ailleurs visité la base aérienne de Nagourskoie, sur l’archipel François-Joseph, à l’extrême nord de la Russie.

Cité par les agences de presse russes, il a affirmé que la piste rénovée de cet aéroport pouvait désormais accueillir des bombardiers stratégiques.

Les États-Unis ont quant à eux envoyé en février des bombardiers stratégiques s’entraîner en Norvège et déployé l’année dernière des navires en mer de Barents, dans la zone économique exclusive de la Russie, suscitant les protestations de Moscou.

Outre cette dimension militaire, le président Vladimir Poutine a fait de l’exploitation économique de l’Arctique une priorité stratégique, notamment en développant la voie maritime le long des côtes nord de la Russie pour relier l’Europe à l’Asie et concurrencer le canal de Suez. Cette route, rendue plus praticable par les changements climatiques et la fonte des glaces, est amenée à jouer un rôle croissant dans les échanges internationaux.

Les ressources naturelles de la région — minerais, pétrole, gaz — pourraient aussi devenir plus accessibles avec le réchauffement, aiguisant les convoitises. En 2019, Moscou a lancé la première centrale nucléaire flottante du monde, l’Akademik Lomonossov, destinée à faciliter le développement économique de l’Arctique et à alimenter les plateformes pétrolières.

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