L’«écriture inclusive» interdite à l’école française

L’écriture dite « inclusive » sera dorénavant bannie des écoles françaises. Jeudi dernier, le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, publiait une circulaire en proscrivant l’usage dans l’enseignement et l’administration scolaire.

Selon la directive publiée au Bulletin officiel, ces nouvelles graphies qui utilisent le point médian (« professeur·e·s ») et suppriment l’utilisation du masculin générique désignant aussi bien les hommes que les femmes (« les professeurs ») sont « non seulement contre-productives » dans la lutte contre les discriminations, mais « nuisibles à la pratique et à l’intelligibilité de la langue française ».

Le ministre estime que ces usages, aujourd’hui surtout limités à l’affichage public, à certains documents administratifs et à au moins un manuel scolaire, représentent un obstacle à l’apprentissage des élèves. « L’impossibilité de transcrire à l’oral les textes recourant à ce type de graphie gêne la lecture à voix haute comme la prononciation, et par conséquent les apprentissages, notamment des plus jeunes », souligne la circulaire.

La féminisation des titres

En entrevue dans Le Journal du dimanche, Jean-Michel Blanquer a ajouté que ces nouvelles graphies étaient particulièrement néfastes pour les élèves en difficulté, notamment dyslexiques. Le texte précise que cette interdiction ne concerne pas la féminisation des noms de métiers et des titres de fonction, qui demeure la règle dans l’enseignement.

Cette décision survient après la remise d’une pétition de 53 000 signatures s’opposant à l’utilisation de l’écriture inclusive dans l’enseignement. Déjà, en 2017, le premier ministre Édouard Philippe avait adressé une directive en ce sens à ses ministres. Un point de vue qui n’est cependant pas partagé par tous puisque le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes diffuse depuis 2015 un guide pratique qui fait la promotion de l’écriture inclusive.

Depuis l’été, trois propositions de loi destinées à l’interdire dans l’administration publique ont été déposées à l’initiative d’élus de droite et du centre. C’est pourquoi, la semaine dernière, le Sénat tenait une séance mouvementée sur le thème « Écriture inclusive : langue d’exclusion ou exclusion par la langue ».

À l’encontre des thèses voulant que l’Académie française ait voulu « masculiniser la langue », le sénateur Max Brisson (LR) affirmait qu’« il n’y a pas de lien entre grammaire et place de la femme dans la société ». Selon la sénatrice Annick Billon (UDI), « tous les systèmes d’écriture connus ont vocation à être oralisés, or il est impossible de lire l’écriture inclusive », ce qui rend sa pratique « complexe et élitiste ».

Reconnaissant la difficulté que pouvait représenter le point médian, le sénateur écologiste Thomas Dossus a dénoncé « les réactionnaires et les conservateurs, paniqués par toute forme de progrès [qui] montent en épingle cette pratique ». Pour l’ancienne ministre socialiste Laurence Rossignol, « le masculin générique exclut les femmes » et ne permet pas de les « représenter » et de les « visibiliser ».

« En prônant une réforme immédiate et totalisante de la graphie, les promoteurs de l’écriture inclusive violentent les rythmes d’évolution du langage selon une injonction brutale […] qui méconnaît l’écologie du verbe », estime la circulaire, qui cite la secrétaire perpétuelle de l’Académie française, Hélène Carrère d’Encausse. Les syndicats SUD ont appelé à ne pas respecter la nouvelle circulaire du ministre.