L’Irlande du Nord célèbre un centenaire tourmenté

Selon un sondage publié ce week-end dans la presse locale, 90 % des unionistes et loyalistes craignent que la perspective de l’unification de l’Irlande n’entraîne un retour des violences en Irlande du Nord.
Photo: Paul Faith Agence France-Presse Selon un sondage publié ce week-end dans la presse locale, 90 % des unionistes et loyalistes craignent que la perspective de l’unification de l’Irlande n’entraîne un retour des violences en Irlande du Nord.

L’Irlande du Nord a passé lundi le cap du centenaire en plein tourment, entre pandémie de coronavirus, tensions dues au Brexit et quête d’un nouveau dirigeant.

Les événements pour marquer cet anniversaire de longue date ont été annulés en raison de la crise sanitaire dans la province britannique, frappée début avril par les pires violences qu’elle ait connues depuis plusieurs années.

À l’issue d’une rencontre à Londres avec son homologue britannique Dominic Rabb dans le cadre du G7, le secrétaire d’État américain Antony Blinken a rappelé le soutien « sans équivoque » du président Joe Biden à l’accord de paix Vendredi saint, qui a mis fin à trois décennies de conflit sanglant en 1998. « Une réalisation historique que nous devons protéger », a souligné le chef de la diplomatie américaine.

« Les États-Unis restent un partisan inébranlable d’une Irlande du Nord sûre et prospère, dans laquelle toutes les communautés ont leur mot à dire et peuvent profiter des acquis de la paix durement gagnée », a déclaré Antony Blinken.

La province britannique se trouve également en pleine incertitude politique, depuis l’annonce mercredi de la démission de la Première ministre Arlene Foster, victime d’une rébellion interne au sein de sa formation politique, l’ultra-conservateur parti unioniste DUP, alimentée par les rancœurs autour des conséquences du Brexit.

Sur Twitter, le premier ministre britannique Boris Johnson, dont les promesses non tenues suscitent chez les unionistes, attachés au maintien sous la couronne britannique, un sentiment de trahison, a salué un « anniversaire très important », marquant « la formation du Royaume-Uni tel que nous le connaissons aujourd’hui ».

Depuis que la République d’Irlande s’est affranchie de la domination britannique le 3 mai 1921, l’existence de l’Irlande du Nord, créée au même moment et rattachée à la Grande-Bretagne, s’est retrouvée au centre d’un bras de fer parfois sanglant.

Les unionistes défenseurs de l’appartenance au Royaume-Uni, surtout protestants, et les républicains favorables à une réunification avec l’Irlande, en grande partie catholiques, se déchirent depuis des décennies sur le statut du territoire.

Les républicains, qui ne reconnaissent pas la couronne britannique, ne célèbrent pas l’anniversaire.

Pour Boris Johnson, il s’agit là d’un « moment de réflexion partagée », également l’occasion de « fêter l’Irlande du Nord et construire un avenir meilleur pour toute sa population ».

La cheffe du parti républicain SinnFein Mary Lou McDonalds, favorable à l’unification de l’Irlande, a estimé que le passé de l’île a été « défini par ceux qui divisent ». Mais « l’avenir est pour ceux d’entre nous qui unissent », a-t-elle tweeté.

« La réconciliation avant la division »

Si l’accord de paix de 1998 a mis fin à trois décennies sanglantes qui ont fait 3500 morts, les tensions ont été exacerbées récemment par les changements introduits par le Brexit, donnant lieu début avril à une dizaine de soirées d’émeutes, qui ont fait 88 blessés dans les rangs des policiers.

« Le processus de paix est très justement mis au crédit d’une génération de dirigeants qui avaient une vision et le courage de mettre la réconciliation avant la division », a écrit la reine Elizabeth II.

« Mais surtout, la paix qui perdure est à mettre au crédit de son peuple, sur les épaules duquel repose l’avenir », a-t-elle ajouté dans un message publié sur Internet.

Selon un sondage publié ce week-end dans la presse locale, 90 % des unionistes et loyalistes craignent que la perspective de l’unification de l’Irlande n’entraîne un retour des violences en Irlande du Nord.

L’introduction de contrôles sur les marchandises en provenance de Grande-Bretagne, une solution destinée à éviter le retour d’une frontière physique entre la province britannique et la République d’Irlande, membre de l’Union européenne, a entraîné de nombreux bouleversements.

De fait, l’Irlande du Nord reste dans l’union douanière et le marché commun européens.

Les unionistes dénoncent l’irruption d’une frontière en mer d’Irlande, au sein même du Royaume-Uni.

C’est justement cette question qui a valu à la Première ministre Arlene Foster la défiance qui l’a conduite à partir. Sa démission en tant que cheffe du DUP sera effective le 28 mai, son départ du gouvernement local, fin juin.

La course pour lui succéder a d’ores et déjà commencé.

Lundi, le chef de file du DUP au Parlement britannique Jeffrey Donaldson a annoncé sa candidature, estimant que le parti doit « renforcer l’union dans l’année qui vient ».

Il rejoint ainsi le ministre nord-irlandais de l’Agriculture Edwin Poots, considéré comme le favori pour succéder à Arlene Foster.