La Russie classe l’organisation d’Alexeï Navalny comme «extrémiste»

Un ouvrier recouvrait mercredi un graffiti représentant l’opposant russe Alexeï Navalny, accompagnéde l’inscription «Le héros des temps nouveaux», à Saint-Pétersbourg.
Photo: Olga Maltseva Agence France-Presse Un ouvrier recouvrait mercredi un graffiti représentant l’opposant russe Alexeï Navalny, accompagnéde l’inscription «Le héros des temps nouveaux», à Saint-Pétersbourg.

Le réseau de bureaux régionaux de l’opposant russe emprisonné Alexeï Navalny a été ajouté vendredi à la liste des organisations « extrémistes et terroristes » en Russie, une nouvelle étape vers la liquidation totale de son mouvement.

Le service russe des renseignements financiers, Rosfinmonitoring, a indiqué dans un communiqué avoir mis à jour sa liste d’organisations et de personnes participant « à des activités extrémistes ou terroristes ». Parmi elles figurent désormais les bureaux de M. Navalny.

Cette liste compte également des centaines d’organisations et de personnalités russes et étrangères, notamment les groupes djihadistes al-Qaïda et le groupe armé État islamique. Elle se base sur une loi « contre le blanchiment d’argent obtenu illégalement et le financement du terrorisme ».

L’annonce intervient alors que la justice russe examine actuellement une demande du parquet pour que le réseau de bureaux régionaux et le Fonds de lutte contre la corruption (FBK) de l’opposant soient reconnus comme « extrémistes ». Rosfinmonitoring n’a pas indiqué si cet ajout était lié aux procès en cours.

Si la demande du parquet était acceptée, les activités des organisations de la bête noire du Kremlin seraient interdites et leurs membres ou leurs sympathisants menacés de longues peines de prison.

Face à cette menace, les 37 bureaux régionaux concernés ont annoncé jeudi leur autodissolution. Un tribunal leur a déjà interdit cette semaine pratiquement toute activité, comme publier des contenus sur Internet, organiser des manifestations et participer aux élections.

Parallèlement, un avocat réputé défendant le FBK et les structures régionales de M. Navalny dans ce dossier, Ivan Pavlov, a été interpellé vendredi à Moscou. Selon son équipe, il a été accusé d’avoir diffusé des « informations d’une enquête préliminaire » dans le cadre d’une autre affaire, un délit passible de trois mois de prison.

L’avocat, qui avait annoncé il y a seulement quatre jours qu’il allait se charger de la défense des structures d’Alexeï Navalny, a été relâché dans la soirée et s’est vu interdire par un tribunal de Moscou d’utiliser l’Internet et de communiquer avec les témoins figurant dans cette autre affaire, selon l’agence de presse Interfax.

Sur la messagerie Telegram, l’équipe de M. Navalny a dénoncé la décision de Rosfinmonitoring en soulignant qu’elle intervenait avant même que la justice russe ne se soit prononcée officiellement sur l’affaire.

« À quoi bon attendre ? Car la décision du “tribunal” est connue à l’avance. À savoir que se battre dans la Russie poutinienne contre la corruption, c’est de “l’extrémisme” », a raillé Oleg Stepanov, ex-directeur du bureau moscovite d’Alexeï Navalny. « Ils n’essayent même pas de faire semblant que c’est légal », a-t-il ajouté sur son compte Telegram.

La bête noire du Kremlin

Fondé en 2011 par l’avocat et militant devenu bête noire du Kremlin, le FBK est connu pour ses enquêtes dénonçant la corruption des cercles du pouvoir russe.

La plus retentissante, parue en janvier, accusait le président Vladimir Poutine de s’être fait construire un palais sur la mer Noire. Vue 116 millions de fois sur YouTube, elle avait contraint M. Poutine à démentir personnellement.

Les bureaux d’Alexeï Navalny diffusent également leurs propres enquêtes, mais organisent surtout les campagnes de « vote intelligent », consistant à inciter à soutenir le candidat ayant le plus de chances de battre celui du Kremlin, quelle que soit sa couleur politique.

M. Navalny, 44 ans, est en prison depuis mi-janvier. Il avait été arrêté à son retour d’Allemagne, où il avait passé près de cinq mois en convalescence pour se remettre d’un empoisonnement dont il accuse le Kremlin.

Depuis son retour, les autorités ont intensifié les pressions sur ses alliés. Quasiment tous ses collaborateurs ont été assignés à résidence ou condamnés à de courtes peines de prison ; plusieurs ont quitté la Russie.

L’un d’entre eux, Andreï Borovikov, a été condamné jeudi à deux ans et demi de prison sous prétexte d’avoir diffusé de la « pornographie » en partageant sur Internet un vidéoclip du groupe de métal allemand Rammstein. « La sévérité de cette peine est choquante », a réagi sur Instagram le guitariste principal de Rammstein, Richard Kruspe, appelant à défendre « la liberté artistique comme un droit fondamental ».

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