Navalny réapparaît en public et son réseau régional s’autodissout

Emprisonné, décharné et le crâne rasé, Alexeï Navalny s’est exprimé en visioconférence jeudi devant un tribunal moscovite pour l’appel de sa condamnation à une amende en mars.
Photo: Babuskinsky District Court Press Service via Associated Press Emprisonné, décharné et le crâne rasé, Alexeï Navalny s’est exprimé en visioconférence jeudi devant un tribunal moscovite pour l’appel de sa condamnation à une amende en mars.

Les bureaux régionaux d’Alexeï Navalny en Russie ont annoncé jeudi leur autodissolution face à la menace d’être déclarés « extrémistes », au moment où l’opposant emprisonné apparaissait en public pour la première fois depuis la fin de sa grève de la faim.

Décharné et le crâne rasé, Alexeï Navalny s’est exprimé en visioconférence devant un tribunal moscovite pour l’appel de sa condamnation à une amende en mars, dans une affaire de diffamation visant un vétéran de la Seconde Guerre mondiale.

« J’ai été emmené au bain hier […] Il y avait un miroir, je me suis regardé : je ne suis qu’un horrible squelette », a-t-il déclaré à la cour dans un enregistrement audio diffusé par la chaîne de télévision indépendante Dojd.

« Je n’avais pas pesé aussi peu depuis la quatrième », a-t-il ajouté avant de s’adresser à son épouse Ioulia, présente au tribunal, lui affirmant qu’il avait désormais droit à quelques cuillerées de gruau chaque jour.

L’appel du militant anticorruption a finalement été rejeté et son amende de 850 000 roubles (9400 euros) confirmée.

J’ai été emmené au bain hier […] Il y avait un miroir, je me suis regardé : je ne suis qu’un horrible squelette.

Son avocate, Olga Mikhaïlova, a annoncé son intention de faire remonter l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme, tandis qu’Alexeï Navalny a accusé dans sa déclaration finale les juges d’être des « traîtres ».

Parallèlement, se tenait jeudi une autre audience examinant la demande du parquet pour que le Fonds de lutte contre la corruption (FBK) de l’opposant et ses bureaux régionaux soient déclarés « extrémistes ».

Si cette demande était acceptée, leurs activités deviendraient interdites et les membres du FBK ou leurs sympathisants seraient menacés de longues peines de prison.

Les débats doivent reprendre le 17 mai, mais, sans attendre, Leonid Volkov, le directeur du réseau régional de l’opposant, a annoncé son autodissolution dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, précisant que certains de ces 37 bureaux poursuivraient leurs activités de façon indépendante.

Un tribunal de Moscou leur avait déjà interdit cette semaine pratiquement toute activité, comme la publication de contenus sur Internet, l’organisation de manifestations et la participation aux élections.

Fondé en 2011 par l’avocat et militant devenu bête noire du Kremlin, le FBK est connu pour ses enquêtes dénonçant la corruption des cercles du pouvoir russe.

Les bureaux d’Alexeï Navalny à travers le territoire russe diffusent également leurs propres enquêtes, mais organisent surtout les campagnes de « vote intelligent » défendues par l’opposant, consistant à inciter à soutenir le candidat ayant le plus de chances de battre celui du Kremlin, quelle que soit sa couleur politique.

Cette technique a rencontré un succès relatif lors de récents scrutins locaux. Les militants du réseau d’Alexeï Navalny sont eux-mêmes le plus souvent empêchés de participer aux élections.

Depuis le retour de l’opposant, les autorités ont intensifié les pressions sur ses partisans. Quasiment tous ses collaborateurs ont été assignés à résidence ou condamnés à de courtes peines de prison. Plusieurs ont quitté le pays.

Jeudi, son équipe a affirmé avoir découvert que l’opposant, Leonid Volkov ou le chef du FBK Ivan Jdanov faisaient l’objet de poursuites qu’ils ignoraient jusqu’à présent. Ils sont accusés d’avoir créé une organisation « portant atteinte aux libertés et aux droits de la personne ».

Alexeï Navalny, 44 ans, est en prison depuis mi-janvier. Il avait été arrêté à son retour d’Allemagne, où il avait passé près de cinq mois en convalescence pour se remettre d’un empoisonnement dont il accuse le Kremlin.

Fin février, il a été condamné à deux ans et demi de prison pour une ancienne affaire de fraude qualifiée de politique par de nombreuses ONG et les capitales occidentales.

Emprisonné dans une colonie pénitentiaire au nord-est de la capitale russe, il avait entamé une grève de la faim pour dénoncer ses mauvaises conditions de détention. Vendredi, deux jours après des manifestations de soutien conclues par 2000 arrestations, il avait décidé d’y mettre un terme au bout de trois semaines.

 

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