Les verts pourraient s’emparer de la chancellerie allemande

Le parti de Mme Angela Merkel a clairement évoqué les verts comme sa
principale cible.
Photo: Tobias Schwarz Agence France-Presse Le parti de Mme Angela Merkel a clairement évoqué les verts comme sa principale cible.

Les écologistes allemands ont le vent en poupe : à la suite de la désignation de leur cheffe de file pour les législatives de septembre, ils dépassent les conservateurs d’Angela Merkel dans les intentions de vote, selon un sondage paru dimanche. Il s’agit de la deuxième enquête d’opinion d’affilée cette semaine à donner un tel retournement de situation qui, s’il se confirmait dans les urnes, serait sans précédent dans l’histoire politique allemande. Quarante et un ans après leur création en 1980, il ouvrirait en pareil cas aux « Grünen » les portes de la chancellerie, une perspective impensable il y a quelques mois encore.

Le sondage réalisé par l’institut Kantar pour l’édition dominicale du quotidien Bild accorde 28 % aux écologistes, un bond de six points, qui fait suite à la désignation par le mouvement de sa coprésidente, Annalena Baerbock, comme candidate à la chancellerie. Les conservateurs d’Angela Merkel perdent eux deux points à 27 %, dans le sillage de la désignation controversée de leur chef de file, le président de l’Union démocrate-chrétienne (CDU) Armin Laschet. Un autre sondage, publié mardi pour le compte des chaînes de télévision RTL et NTV, donnait aussi les verts pour la première fois en tête des intentions de vote à 28 %.

28%
C’est, selon deux sondages publiés la semaine dernière, la part d’intentions de vote que récoltent les écologistes pour les législatives. Cela représente un bond de six points.

Phénomène de mode ?

La nomination par les écologistes de Mme Baerbock, âgée de 40 ans et qui fait campagne sur le renouveau, a dopé le mouvement : il a enregistré plus de 2000 nouvelles adhésions depuis le début de la semaine. « Les verts ont réussi à rallier des électeurs conservateurs, sociaux-démocrates et de la gauche radicale. Ils font campagne sur des thèmes actuellement porteurs, et Annalena Baerbock profite de la faiblesse de ses concurrents », a indiqué un responsable de l’institut Kantar, Torsten Schneider-Haase, au quotidien Bild.

Le politologue Oskar Niedermayer a toutefois estimé que les sondages pourraient redescendre très vite lorsque les écologistes commenceront à « concrétiser leur programme », encore assez flou. Il a mis l’envol actuel sur le compte d’« un phénomène de mode médiatique », dans une interview au quotidien Handelsblatt.

Les conservateurs continuent eux pendant ce temps à régler leurs comptes après une forme de « primaire » qui a laissé de profondes divisions. Le perdant de la course pour la candidature à la succession d’Angela Merkel — qui quittera le pouvoir après les élections — au sein de la droite, le Bavarois Markus Söder, s’est dit ce week-end « pas convaincu » par la désignation d’Armin Laschet.

« Cinq mois avant le scrutin, la CDU est au plus bas dans les sondages, elle reste confrontée aux difficultés de la pandémie, et une certaine usure se fait sentir après seize années » de pouvoir d’Angela Merkel, a-t-il expliqué dans le quotidien Nürnberger Nachrichten. Il a fixé au camp conservateur l’objectif d’atteindre lors des élections « nettement plus de 30 % », après un résultat en 2017 historiquement bas à 32,9 %. À l’époque, les écologistes n’avaient enregistré que 8,9 %.

M. Laschet et son entourage restent toutefois persuadés que leur popularité va remonter dès que les restrictions liées à la pandémie seront levées, probablement à partir de l’été.

Le parti de Mme Merkel a en tout cas clairement évoqué les verts comme sa principale cible. M. Laschet a jugé que ce mouvement « n’avait pas grand-chose à offrir en matière de contenu », dans sa première interview de candidat de lundi dans le quotidien Süddeutsche Zeitung. « Elle parle, tandis que moi j’agis », a aussi lancé M. Laschet à propos de Mme Baerbock, à qui ses détracteurs reprochent de n’avoir jamais eu d’expérience de gouvernement.

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