Une attaque dans un commissariat en France ramène la lutte contre le terrorisme au premier plan

Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, et le premier ministre, Jean Castex, se sont rendus à Rambouillet vendredi. On les voit ici près du commissariat où s'est déroulée l'attaque.
Photo: Bertrand Guay Agence France-Presse Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, et le premier ministre, Jean Castex, se sont rendus à Rambouillet vendredi. On les voit ici près du commissariat où s'est déroulée l'attaque.

L’attaque meurtrière vendredi contre une fonctionnaire de police au commissariat de Rambouillet, près de Paris, a replacé samedi la menace terroriste au sommet de l’agenda politique en France, avec la visite du président Emmanuel Macron auprès de la famille de la victime et une réunion de crise des ministres concernés.

Le drame, qui intervient après trois attentats djihadistes en quelques semaines à l’automne, mobilise à nouveau le gouvernement.

Emmanuel Macron s’est déplacé samedi dans la banlieue ouest de Paris pour rendre visite à la famille de Stéphanie M., 49 ans, la fonctionnaire de police — non armée — tuée de deux coups de couteau dans l’entrée du commissariat de Rambouillet par Jamel Gorchene, un Tunisien de 36 ans, abattu ensuite par un policier.

Le président s’est rendu dans la boulangerie de l’époux de la victime, pour apporter son soutien à une famille « très bouleversée et très digne », a annoncé la présidence de la République. Stéphanie M. était mère de deux filles de 13 et 18 ans.

« Du combat engagé contre le terrorisme islamiste, nous ne céderons rien », avait publié vendredi sur Twitter Emmanuel Macron.

En parallèle, une réunion a rassemblé pendant environ deux heures, samedi après-midi, les services et ministres concernés (Intérieur, Justice, Armées) autour du premier ministre Jean Castex, qui avait écourté sa visite en Occitanie.

Du côté de l’enquête, une quatrième personne a été placée en garde à vue samedi à la mi-journée, selon une source judiciaire, et son domicile a été perquisitionné. Cet homme serait un membre de la famille de Jamel Gorchene. 

Les auditions de trois personnes, placées en garde à vue vendredi soir, se poursuivaient samedi. Il s’agit du père du meurtrier et de deux personnes qui l’ont hébergé, l’une récemment dans la banlieue sud de Paris et l’autre à son arrivée en France en 2009, a indiqué une source proche du dossier.

Selon une autre source proche de l’enquête, les deux personnes interrogées avec le père forment un couple qui aurait domicilié l’assaillant « au moins administrativement » en banlieue parisienne. Leurs domiciles avaient été perquisitionnés vendredi.

Le téléphone de Jamel Gorchene contenait « des nasheeds », des chants religieux musulmans, désormais fréquemment utilisés pour la propagande djihadiste, a précisé cette même source.

Dépression

Arrivé en France en situation irrégulière en 2009, ce chauffeur-livreur était titulaire depuis décembre d’une carte de séjour d’un an, selon le parquet national antiterroriste, qui s’est saisi de l’enquête.

Il « n'avait pas été porteur de menaces, on n'avait pas détecté de signes de radicalisation » à son sujet, a déclaré sur la chaîne d'information BFMTV Laurent Nuñez, coordonnateur national de renseignement. Jamel Gorchene fait partie de ces « individus [...] qui sont très isolés, n'ont pas de relations avec d'autres individus qui les rendraient détectables », a-t-il ajouté.

L’homme aurait effectué un « repérage », accréditant la préméditation, avant d’attaquer la victime, selon le procureur antiterroriste Jean-François Ricard.

Des témoins ont par ailleurs rapporté qu’il aurait crié « Allahu Akbar », selon une source proche de l’enquête.

Les enquêteurs s’emploient à préciser le parcours de Jamel Gorchene, si des personnes l’ont aidé ou encouragé dans son projet, ainsi qu’à découvrir ses éventuels contacts noués en ligne avec des membres de la sphère djihadiste.

Jamel Gorchene est originaire de Msaken, ville commerciale proche de la station balnéaire de Sousse, sur la côte est de la Tunisie, où réside encore sa famille dans une maison modeste. Il aurait au moins une sœur et deux frères, dont un jumeau.

Il était récemment allé pendant deux semaines en Tunisie. Une cousine trentenaire, Sameh, y a assuré à l’AFP qu’il était suivi par un psychiatre en France, car il souffrait d’une dépression.

Hommages

Lors des prochains jours seront rendus des hommages à Stéphanie M., agente administrative du secrétariat au commissariat, depuis 28 ans à Rambouillet, selon une source policière.

Un hommage lui sera rendu lundi à 17 h 30 devant l’hôtel de ville, a indiqué la mairie sur Twitter. Une cérémonie « sobre », un « moment de recueillement » pour « montrer notre soutien à sa famille, à ses collègues et aux policiers », a expliqué à l’AFP la maire, Véronique Matillon.

Ce drame survient alors que la police locale garde en mémoire l’assassinat d’un couple de fonctionnaires de police, tué à coups de couteau en 2016 dans son pavillon de Magnanville, commune située à une cinquantaine de kilomètres de Rambouillet, par un homme se revendiquant du groupe armé État islamique.

Le 16 octobre dernier, la même région avait été marquée par l’attaque au couteau d’un professeur de collège, Samuel Paty, décapité par un jeune homme de 18 ans originaire de la république russe de Tchétchénie.

Depuis 2015, une vague d’attentats djihadistes a fait plus de 260 morts en France.

Plusieurs de ces attaques ont été perpétrées à l’arme blanche et en ciblant les forces de l’ordre, conformément aux mots d’ordre récurrents du groupe État islamique.