Le président ukrainien veut voir Poutine sur le front pour éviter la «guerre»

Un militaire ukrainien se tient à sa position sur la ligne de front avec des séparatistes soutenus par la Russie près de la petite ville de Marinka, dans la région de Donetsk, le 20 avril 2021.
Photo: Aleksey Filippov Agence France-Presse Un militaire ukrainien se tient à sa position sur la ligne de front avec des séparatistes soutenus par la Russie près de la petite ville de Marinka, dans la région de Donetsk, le 20 avril 2021.

Le président ukrainien a appelé mardi Vladimir Poutine à le rencontrer dans la zone de conflit avec les séparatistes prorusses dans l’est de l’Ukraine, pour éviter « une guerre » russo-ukrainienne.

La Russie a massé ces dernières semaines des dizaines de milliers de soldats à la frontière ukrainienne et en Crimée annexée, faisant craindre à Kiev et à l’Occident une opération militaire majeure.

« Monsieur Poutine ! Je suis prêt […] à vous proposer de me rencontrer dans n’importe quel endroit du Donbass ukrainien », a déclaré en russe le chef d’État ukrainien Volodymyr Zelensky dans un discours à la Nation.

« Le président russe a dit un jour : si une bagarre est inévitable, il faut attaquer le premier. Mais, à mon avis, chaque leader doit comprendre qu’une bagarre ne peut être inévitable quand il s’agit […] d’une vraie guerre et de millions de vies », a-t-il poursuivi.

Il n’est pas encore « trop tard », a souligné M. Zelensky, assurant ne pas vouloir d’une guerre mais que l’Ukraine y était « prête » .

« Nous n’avons pas peur car nous avons une armée et des défenseurs incroyables », a-t-il martelé, en ukrainien.

« Nous ne détruisons pas d’autres terres et peuples. Mais cela ne veut pas dire que nous permettrons de nous détruire », a-t-il encore lancé tandis que M. Poutine doit prononcer mercredi son discours annuel très attendu.

Avant cette allocution de M. Zelensky, l’Ukraine avait souligné que des « progrès significatifs » avaient été accomplis au cours de négociations lundi et mardi sur la reprise de la trêve dans l’est de l’Ukraine, théâtre depuis 2014 d’un conflit entre forces ukrainiennes et séparatistes prorusses.

Mais, selon le président ukrainien, la Russie a finalement refusé de soutenir une déclaration commune.

Moscou est largement considérée, malgré ses dénégations, comme le parrain politique, militaire et financier des séparatistes qui combattent depuis sept ans les forces ukrainiennes.

M. Zelensky a dit à plusieurs reprises avoir demandé à parler depuis fin mars à M. Poutine, mais le Kremlin a assuré ne pas avoir reçu de telles requêtes.

Le président ukrainien a également appelé vendredi à Paris, après des négociations avec son homologue français Emmanuel Macron et la chancelière Angela Merkel, les médiateurs dans le conflit, à organiser un sommet à quatre avec Vladimir Poutine.

Manœuvres et menaces

Depuis le début de l’année, les heurts se sont multipliés entre les forces ukrainiennes et les séparatistes, après une trêve largement respectée pendant la deuxième moitié de 2020.

Parallèlement, les tensions se sont accrues avec Moscou qui a déployé ces dernières semaines des dizaines de milliers de militaires près de la frontière ukrainienne. Selon l’UE, l’OTAN et Washington, il s’agit d’effectifs sans précédent, pouvant atteindre 100 000 hommes, d’après Bruxelles.

Près de ligne de front, des civils disaient craindre une reprise massive des combats, certains choisissant de quitter cette zone.

« Ce matin, ça a tiré à nouveau très fortement », a déploré auprès de l’AFP Ioulia Ievtchenko, une mère de quatre enfants dont l’appartement à Krasnogorivka, une petite localité sous le contrôle des forces gouvernementales, se trouve dans un immeuble fortement endommagé par de précédents bombardements.

« On avait une trêve et maintenant c’est à nouveau la guerre », raconté cette femme de 27 ans, avec son fils âgé d’un an dans les bras. « Je vois comment on tire, tous ces chars et blindés de la Russie. On a peur » et « on n’a pas où aller », ajoute-t-elle.

Kiev et l’Occident soupçonnent Moscou de chercher un prétexte pour attaquer l’Ukraine, la Russie ayant prévenu qu’elle irait à la rescousse de ses citoyens dans la zone de conflit, une région où elle a distribué des centaines de milliers de passeports.

Washington, l’OTAN et l’UE ont appelé à de multiples reprises et sans succès la Russie à retirer ses troupes.

Moscou a assuré « ne menacer personne » tout en dénonçant des « provocations » ukrainiennes et la présence accrue de l’Alliance atlantique dans la région. L’armée russe a multiplié les manœuvres militaires aux frontières de l’Ukraine et en mer Noire.

Le conflit dans l’est du territoire ukrainien, une région industrielle russophone et russophile appelée Donbass, a fait plus de 13 000 morts depuis son déclenchement en 2014, dans la foulée de l’annexion de la Crimée par Moscou.

Avec Ioulia Silina à Krasnogorivka


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