Alexeï Navalny, l’ennemi empoisonné et emprisonné du Kremlin

Alexeï Navalny est détenu dans une colonie pénitentiaire à une centaine de kilomètres de Moscou. Il affirme y être «torturé» par «privation de sommeil».
Photo: Dimitar Dilkoff Agence France-Presse Alexeï Navalny est détenu dans une colonie pénitentiaire à une centaine de kilomètres de Moscou. Il affirme y être «torturé» par «privation de sommeil».

Pourfendeur numéro un du Kremlin, Alexeï Navalny a annoncé mercredi qu’il entamait une grève de la faim dans la prison où il est détenu. Le dernier épisode de son affrontement indéfectible avec le pouvoir de Vladimir Poutine.

Condamné début février à deux ans et demi d’emprisonnement dans une affaire de fraude qu’il dénonce comme politique, l’opposant russe est détenu dans une colonie pénitentiaire à une centaine de kilomètres de Moscou. Il affirme y être « torturé » par « privation de sommeil ». « J’ai le droit de faire venir un docteur et de recevoir des médicaments. On ne me donne bêtement ni l’un ni l’autre », a-t-il indiqué dans un message publié sur son compte Instagram, mercredi, pour justifier sa décision d’arrêter de s’alimenter.

La semaine passée, ses proches avaient dit craindre pour « sa vie et sa santé », alors qu’il se plaignait de fortes douleurs au dos et aux jambes.

En août, il avait déjà frôlé la mort après un empoisonnement à un agent neurotoxique en Sibérie. Une attaque ordonnée, selon lui, par le président Vladimir Poutine en personne, même si le Kremlin dément systématiquement toute implication.

Évacué dans le coma en Allemagne, Alexeï Navalny, un ancien avocat de 44 ans, est rentré en Russie le 17 janvier après cinq mois de convalescence malgré la quasi-certitude d’être arrêté. Chose faite dès son arrivée.

Dans la foulée de son interpellation, il a appelé les Russes à « ne pas avoir peur » et à manifester. Des dizaines de milliers de personnes avaient dès lors battu le pavé à travers le pays pendant plusieurs journées de mobilisation, en dépit de la répression policière.

Et visiblement, son envoi en prison n’a pas suffi à le faire taire. Car Alexeï Navalny continue de publier régulièrement des messages sur les réseaux sociaux. Ses avocats refusent de dire comment ceux-ci sortent, alors qu’il n’a pas accès à Internet.

Fidèle à son humour grinçant, il y a comparé son quotidien de détenu à celui d’un « Stormtrooper » dans le « remake russe » de Star Wars en raison de la discipline régnant dans sa prison, réputée très dure.

Son arme de prédilection reste néanmoins la lutte contre la corruption, toujours endémique en Russie.

Pour galvaniser ses partisans, il avait diffusé en janvier une vidéo accusant Vladimir Poutine de s’être fait bâtir un somptueux palais. L’enquête fait mouche, totalisant plus de 115 millions de visionnements. Le président est obligé de démentir en personne. Les cadres de son équipe sont aussi en proie à des poursuites judiciaires. Son épouse, Ioulia, toujours plus présente politiquement, a été interpellée à plusieurs reprises lors de rassemblements. Son fils et sa fille, eux, sont restés à l’étranger.

Fin 2020, « le blogueur qui n’intéresse personne », selon l’expression du Kremlin, avait également marqué les esprits en enquêtant sur son propre empoisonnement, affirmant même avoir piégé un agent des services spéciaux (FSB) pour révéler des détails de l’opération. Le Kremlin balaie l’affaire, évoquant « le délire de la persécution » d’un « escroc » au service de l’Occident.

Sondage après sondage, Alexeï Navalny reste pourtant une figure clivante en Russie. Mais ses déboires nourrissent la mobilisation dans un pays à l’économie anémique.

Largement ignoré des médias nationaux, non représenté au Parlement, il s’est imposé comme la principale voix de l’opposition, les formations classiques ayant été réduites au silence ou contraintes à la coopération.

Ses alliés étant souvent interdits de scrutins, son équipe organise des campagnes pour soutenir le candidat, peu importe sa couleur politique, le plus susceptible de vaincre celui du Kremlin. Avec un certain succès en 2019 et en 2020.

Ses premiers galons d’opposant, M. Navalny les a gagnés après les législatives de décembre 2011, qui ont déclenché un mouvement de contestation dont il est devenu l’une des figures.

Dès lors, ce blond aux yeux bleus s’efforce de lisser son image, abandonnant un discours nationaliste aux relents racistes et cessant de défiler à la Marche russe, rassemblement annuel de groupuscules d’extrême droite ou monarchistes.

En septembre 2013, il avait obtenu son premier succès électoral aux municipales à Moscou, arrivant deuxième avec 27 % des voix, mais il n’a pu depuis se présenter à aucun autre scrutin.

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