Série noire pour Angela Merkel

Même si Angela Merkel a été félicitée pour sa capacité à reconnaître ses erreurs, rares sont ceux qui croient que sa volte-face concernant l’imposition d’un confinement strict pour Pâques mettra fin au chemin de croix que connaît son parti, la CDU.
Michael Kappeler / Pool / Agence France-Presse Même si Angela Merkel a été félicitée pour sa capacité à reconnaître ses erreurs, rares sont ceux qui croient que sa volte-face concernant l’imposition d’un confinement strict pour Pâques mettra fin au chemin de croix que connaît son parti, la CDU.

Il y a quelques mois à peine, l’Allemagne était citée en exemple pour sa gestion de l’épidémie de COVID-19. La presse internationale était unanime à vanter l’efficacité du système de santé allemand et l’habileté de la chancelière. Tout semblait annoncer un départ en beauté pour celle qui, après quatre mandats consécutifs, ne se représentera pas aux prochaines élections législatives.

Le portrait semble aujourd’hui radicalement inversé. Au point où le scrutin du 26 septembre prochain pourrait bien se terminer en tête à queue pour le parti d’Angela Merkel. Mercredi, un dernier incident venait couronner cette série noire. La chancelière s’est confondue en excuses devant la presse pour avoir voulu confiner les Allemands pendant le congé de Pâques.

Mardi, après une réunion de 12 heures avec les présidents des länder, elle avait annoncé que, face à la croissance « exponentielle » de l’épidémie, un confinement strict de cinq jours serait décrété pendant le congé de Pâques. Au menu : la fermeture de presque tous les commerces et l’annulation de toutes les célébrations religieuses, sauf sur Internet.

Ras-le-bol du confinement

Dans un pays où des affrontements ont déjà eu lieu dans plusieurs villes entre opposants au confinement et forces de l’ordre, la mesure fut loin de faire l’unanimité. Les milieux économiques étaient vent debout contre une nouvelle fermeture des commerces. Les épidémiologistes craignaient une ruée dans les magasins à la veille du confinement. Quant aux églises, frustrées de devoir célébrer Pâques sans fidèles, elles n’oublièrent pas de rappeler à la chancelière que son parti était celui de la démocratie… chrétienne.

Même si Angela Merkel a été félicitée pour sa capacité à reconnaître ses erreurs, rares sont ceux qui croient que cette volte-face mettra fin au chemin de croix que connaît la CDU. « La confiance des citoyens dans le gouvernement a baissé et ce rétropédalage, même si on le salue, ne suffira pas à rétablir la confiance », a déclaré à la radio Deutschlandfunk la politologue Andrea Römmele.

Même après ce mea culpa, la CDU n’est en effet crédité que de 26 % d’intentions de vote par la maison de sondage Forsa. « Cela montre que nous sommes complètement à côté de la plaque », a admis dans le quotidien Bild le ministre-président de la Hesse, Volker Bouffier, membre influent du parti.

Neuf semaines après l’élection d’un nouveau président, Armin Laschet, la CDU « a sombré dans sa pire crise depuis des décennies », écrit l’hebdomadaire Der Spiegel. Il y a deux semaines, le parti subissait une défaite historique aux élections régionales du Bade-Wurtemberg et de la Rhénanie-Palatinat. Deux scrutins considérés comme un test crucial avant les législatives de l’automne.

En déroute

Que s’est-il passé pour qu’en si peu de temps, la CDU passe ainsi de la lumière à l’ombre ? La cause est un savant cocktail de fatigue politique et de pénurie de vaccins. Mais surtout de corruption.

En février, deux députés de la majorité soupçonnés d’avoir perçu des commissions dans des contrats d’achats de masques ont dû démissionner. Nikolas Löbel (CDU) est soupçonné d’avoir touché 250 000 euros (371 000 dollars canadiens) après avoir servi d’intermédiaire à des fabricants chinois. Élu de la CSU, l’allié bavarois de la CDU Georg Nüsslein a dû abandonner ses fonctions parlementaires. Sa société aurait touché plus de 600 000 euros (890 000 dollars canadiens) pour avoir aidé une entreprise à décrocher des contrats d’achat de masques. Selon le journal Bild, la somme n’aurait pas été déclarée aux impôts.

Dans un parti dont le leader a accédé à la présidence en 2000 après avoir été impitoyable avec son prédécesseur Helmut Kohl, alors soupçonné de corruption, l’affaire ne pardonne pas. Le scandale touche même le très populaire ministre de la Santé, Jens Spahn, longtemps considéré comme un successeur possible à Merkel. Selon la presse, ses services avaient commandé des masques à un fabricant chinois via une entreprise où travaillait son mari, le journaliste Daniel Funke.

Le ministre est aussi critiqué pour sa gestion de la crise de la COVID-19. La campagne de tests rapides et gratuits qu’il avait promise dès le 1er mars a dû être repoussée. On lui impute aussi les délais provoqués par la suspension de quelques jours du vaccin AstraZeneca. Comme tous ses homologues européens, le ministre se voit reprocher les retards importants que connaît la vaccination en Europe. Un bilan que les citoyens de la première puissance économique du continent sont moins enclins à excuser que les autres Européens.

Camomille ou Red Bull ?

Ces déconvenues viennent plomber la candidature d’Armin Laschet à l’élection de septembre. L’homme était déjà jugé peu charismatique et trop dans l’ombre de la chancelière. Or, récemment la presse révélait que son fils, Johannes, actif dans le monde de la mode, aurait lui aussi été impliqué dans plusieurs contrats d’achat de masques en Rhénanie-du-Nord–Westphalie.

Les déboires du parti d’Angela Merkel ne font que relancer les spéculations sur l’éventuelle candidature du ministre-président de la Bavière, Markus Söder. Même si la CSU n’a pas été épargnée par les scandales, Söder est perçu comme un candidat de rupture qui ne manque pas de charisme. Il s’est récemment fait remarquer en demandant à l’Union européenne d’accélérer l’examen de Spoutnik V, le vaccin russe déjà approuvé dans une cinquantaine de pays et efficace à 91,6 % selon une étude de la revue scientifique The Lancet. « Nous devons réapprendre à nous battre », a-t-il déclaré avant de conseiller aux élus de la majorité de troquer la « camomille » pour du « Red Bull ».

Le choix n’interviendra pas avant le 25 mai. D’ici là, la pandémie peut encore réserver des surprises.

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