Alexeï Navalny dit être « torturé » en prison

L’opposant est emprisonné depuis début mars dans une colonie pénitentiaire réputée très dure à Pokrov, à 100 km de la capitale russe.
Photo: Dimitar Dilkoff Agence France-Presse L’opposant est emprisonné depuis début mars dans une colonie pénitentiaire réputée très dure à Pokrov, à 100 km de la capitale russe.

Torture par privation de sommeil et « fortes douleurs » au dos et aux jambes : « la vie et la santé » d’Alexeï Navalny sont sérieusement menacées, a alerté jeudi l’entourage de l’opposant incarcéré dans l’une des prisons les plus dures de Russie.

Dans une plainte adressée aux autorités reproduite sur son site Web jeudi, Alexeï Navalny a raconté être réveillé « huit fois par nuit » par les gardiens, ce qui n’est rien de moins que de la « torture par privation de sommeil », a-t-il dénoncé. Il a également réclamé « des soins » dans une autre lettre, cette fois destinée à l’administration de la prison de Pokrov où il est détenu et au ministère de la Justice.

Dans le camp de l’opposant, il ne fait aucun doute que sa santé se dégrade à vue d’œil. Son avocate, Olga Mikhaïlova, a fait savoir jeudi qu’il souffrait de « fortes douleurs » au dos et à la jambe droite, disant même craindre pour sa vie. « Pour moi, son état de santé est bien sûr extrêmement problématique », a-t-elle déclaré à la chaîne d’opposition Dojd.

Elle a pu rencontrer M. Navalny dans sa prison jeudi, après avoir échoué à le voir la veille.

Selon ses informations, l’homme de 44 ans a été conduit mercredi soir dans un « hôpital public », où il a subi un examen IRM, sans qu’un diagnostic lui soit toutefois transmis. Mercredi, Me Mikhaïlova avait soutenu en entrevue à l’AFP qu’un neurologue avait examiné M. Navalny, mais que celui-ci ne lui avait prescrit que de l’ibuprofène, un anti-inflammatoire courant.

L’opposant a survécu de justesse à un empoisonnement à un agent neurotoxique l’année dernière, qu’il impute au Kremlin. Selon Olga Mikhaïlova, il pourrait y avoir un rapport entre ses problèmes actuels et les séquelles de cet empoisonnement.

État « satisfaisant »

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré jeudi que le gouvernement de Vladimir Poutine « ne suit pas » la situation et « n’a demandé aucune information » sur la santé d’Alexeï Navalny. De son côté, l’agence fédérale russe des services correctionnels (la FSIN) a fait valoir que l’état de santé de l’opposant avait été « jugé stable et satisfaisant » après des examens médicaux.

Condamné en février dernier à deux ans et demi de prison pour une affaire de fraude datant de 2014 — que lui-même, des ONG et de nombreuses capitales occidentales jugent politique —, l’opposant a pris le chemin de la prison de Pokrov en mars dernier.

Depuis son arrivée, Alexeï Navalny a publié deux messages sur Instagram au ton railleur et optimiste. Dans le premier, il affirmait que l’administration pénitentiaire avait « réussi à [le] surprendre » : « Je ne pensais pas qu’on pouvait construire un camp de concentration à 100 kilomètres de Moscou », écrivait-il.

Dans le second, il comparait sa routine quotidienne à celle des « Stormtroopers », ces soldats de la saga Star Wars, à cause de la discipline rigide faite d’exercices physiques dans la cour et de marches sur place au pas cadencé.

Arrêté en janvier dès son retour à Moscou après cinq mois de convalescence en Allemagne, où il se remettait de son empoisonnement, Alexeï Navalny a été condamné à deux ans et demi de prison.

Il était tombé subitement dans le coma en août dernier en Sibérie. Après son évacuation en Allemagne, plusieurs laboratoires européens ont estimé qu’il avait été empoisonné à l’aide d’un agent innervant de conception soviétique, le Novitchok.

Mais Moscou a toujours rejeté ces conclusions qui accréditent la thèse d’une tentative d’assassinat orchestrée par le pouvoir russe. Aucune enquête n’a été ouverte en Russie.

Des sanctions visant de hauts responsables russes ont été prises par l’Union européenne, les États-Unis et le Canada à la suite de son emprisonnement.

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