Le gouvernement français multiplie les couacs

Depuis vendredi, on n’a pas l’impression qu’il y a moins de monde dans les rues de Paris. La plupart des Parisiens ne sentent guère la différence.
Photo: Christophe Ena Associated Press Depuis vendredi, on n’a pas l’impression qu’il y a moins de monde dans les rues de Paris. La plupart des Parisiens ne sentent guère la différence.

« Les vaccins, on ne veut plus en parler ! » Ne demandez pas aux pharmaciennes de la pharmacie Saint-Fargeau, avenue Gambetta dans le 20e arrondissement de Paris, quand vous pourrez vous faire vacciner. Le personnel ne veut plus en entendre parler. « De toute façon, pour les personnes de plus de 65 ans, ce ne sera pas avant la fin avril », finit tout de même par lancer l’une d’elles.

La semaine dernière, les dix flacons attendus n’ont pas été livrés à cause de la suspension du vaccin AstraZeneca par plusieurs pays européens. Cette suspension a beau avoir été annulée au bout de 72 heures à peine, c’est une semaine de perdue, disent les professionnels qui se demandent encore si les doses attendues la semaine dernière arriveront bien cette semaine.

Un confinement « aéré » ?

Alors que 16 départements français connaissent depuis samedi un confinement plus rigoureux, le gouvernement n’a cessé de multiplier les impairs. Dans la presse, on parle d’un « manque de clarté sur la stratégie globale » (Le Monde), quand ce n’est pas d’un véritable « vaudeville administratif » (Le Figaro). Outre la suspension de l’AstraZeneca, jugée inutile, les annonces faites par Jean Castex n’ont cessé de semer la confusion. Le premier ministre a en effet trouvé le moyen d’annoncer une limitation des déplacements à 10 kilomètres et la fermeture des commerces non essentiels sans pratiquement prononcer le mot « confinement ».

Un mot dont, dit-on, le président Emmanuel Macron ne veut plus entendre parler. Dans le personnel politique, on multiplie donc les périphrases brouillonnes du genre confinement « aéré » ou « freiner sans enfermer ». Résultat, depuis vendredi, on n’a pas l’impression qu’il y a moins de monde dans les rues de Paris. La plupart des Parisiens ne sentent guère la différence.

Mais c’était sans compter avec le cafouillage des attestations. En effet, vendredi, le premier ministre avait annoncé le retour, pour les 21 millions de Français concernés, des attestations de déplacement qui étaient obligatoires lors du confinement de l’hiver dernier. Un formulaire que chacun devait remplir, sous peine d’une amende de 135 euros, en indiquant la raison et l’heure de sa sortie.

Samedi matin, à la première heure, la nouvelle attestation rédigée à la hâte par Matignon faisait… deux pages de long ! Chacun était invité à choisir entre pas moins de 15 motifs de déplacement dits essentiels. Le document stipulait de plus des règles différentes selon que le déplacement était au-delà de 1, 10 ou 30 km. C’était à n’y rien comprendre. Devant le tollé immédiat, le formulaire fut supprimé dans l’après-midi au profit d’une version simplifiée nécessaire seulement pour les déplacements de plus de 10 km.

Le ministre des PME, Alain Griset, a lui-même qualifié ce formulaire d’aber-ration. « Kafka n’aurait pas imaginé une telle absurdité », a twitté le porte-parole du Rassemblement national, Jérôme Rivière. D’autant que la liste des commerces jugés « essentiels » ne fait pas non plus l’unanimité. Après avoir été établie à 110 000, à la suite d’une levée de boucliers, la liste des petits commerces fermés a été revue à 90 000.

Contrairement à l’hiver dernier, le premier ministre a fait attention à laisser les librairies ouvertes. Mais la plupart des Français se demandent pourquoi, à une époque où les disques s’achètent surtout en ligne, il a aussi inclus les disquaires dans la liste des commerces ouverts. Nombreux sont ceux qui se sont aussi étonnés que, si les coiffeurs, les chocolatiers et les fleuristes pouvaient ouvrir, tel ne fût pas le cas des barbiers et des esthéticiennes. La liste se veut « évolutive ».

Popularité à la baisse

Alors que la plupart des Français ont accueilli ces couacs avec résignation, ce n’est pas le cas de la plupart des analystes politiques, qui estiment que la crédibilité du gouvernement en a pris un coup. Dès dimanche, la cote de popularité du président perdait quatre points pour se retrouver à 37 %. 60 % des sondés se disent dorénavant ouvertement mécontents de son action. « C’est la fin d’une parenthèse enchantée », affirmait Frédéric Dabi. Et le directeur général adjoint de l’IFOP de se demander : « Les gens sont paumés. Ils n’ont pas compris. Est-ce un confinement ou non ? »

Ce fléchissement risque d’ailleurs de se poursuivre. En effet, le commissaire européen chargé des vaccins, Thierry Breton, a beau avoir promis que la France atteindrait l’immunité collective avant le 14 juillet, peu y croient. En France, la vaccination des plus de 70 ans n’est censée commencer que samedi prochain. Dans les stades, les vélodromes et les salles de spectacle, l’armée et les pompiers s’apprêtent à installer au moins 35 grands centres baptisés « vaccinodromes ». Sauf que les doses arrivent au compte-gouttes et qu’on ne prévoit pas de véritable accélération avant la mi-avril. Le grand centre de la place de la Bourse à Strasbourg fermera d’ailleurs ses portes du 2 au 5 avril faute de vaccins.

Les gens sont paumés. Ils n’ont pas compris. Est-ce un confinement ou non ?

 

En Allemagne, où plusieurs régions viennent d’être reconfinées, la même pénurie semble produire les mêmes effets. Alors que la chancelière surfait depuis des mois sur une popularité exceptionnelle, la voilà qui plonge dans les sondages. Son parti vient de subir de lourdes défaites en Bade-Wurtemberg et en Rhénanie-Palatinat. Partout, on incrimine l’échec de la stratégie vaccinale européenne. Par rapport aux commandes de vaccins qui n’arrivent pas, la chancelière s’est même dite prête à commander le vaccin russe Spoutnik V dès qu’il sera autorisé par Bruxelles.

Comme si les fausses notes n’étaient pas suffisamment nombreuses, on a appris samedi que la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, avait été déclarée positive à la COVID, alors que, comme de nombreuses photos l’attestent, elle a récemment multiplié les rencontres sans respecter les gestes barrière. La ministre aurait même contaminé le chanteur Michel Sardou en lui remettant la médaille de commandeur de la Légion d’honneur. Ce qui a fait dire à l’auteur de La maladie d’amour qu’il était probablement le premier « commandeur COVID ».

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