À Marseille, des milliers de personnes font fi des restrictions sanitaires pour un carnaval

Partant du quartier de La Plaine, le défilé a glissé dans l’après-midi dans la rue d’Aubagne, où des habitants n’ont pas hésité à mettre des enceintes sur les rebords des fenêtres transformant la chaussée en dance-floor géant.
Photo: Christophe Simon Agence France-Presse Partant du quartier de La Plaine, le défilé a glissé dans l’après-midi dans la rue d’Aubagne, où des habitants n’ont pas hésité à mettre des enceintes sur les rebords des fenêtres transformant la chaussée en dance-floor géant.

Déguisés en tournesol, boulanger ou gorille, des milliers de personnes, majoritairement jeunes et non-masquées, ont défié dimanche à Marseille, dans le sud de la France, les restrictions sanitaires contre la COVID-19 pour un carnaval vécu comme un « exutoire » mais jugé totalement « irresponsable » par la police et des élus.

« Je suis en colère. L’attitude égoïste de quelques irresponsables est inacceptable. Rien ne justifie qu’on détruise les efforts collectifs pour endiguer le virus », a réagi sur Twitter le maire de Marseille Benoît Payan.

« L’irresponsabilité, les violences et les dégradations commises par les participants sont injustifiables », a condamné la préfète de police Frédérique Camilleri.

Mais pour Romain, 26 ans, « les jeunes en ont marre d’être confinés ». « Il n’y a pas de personnes âgées fragiles là, que des jeunes », ajoute, sans donner son nom de famille, le jeune homme déguisé en boulanger dans le cortège avec plumes et paillettes qui a traversé une partie du centre de la deuxième ville de France.

Partant du quartier de La Plaine, le défilé a glissé dans l’après-midi dans la rue d’Aubagne, où des habitants n’ont pas hésité à mettre des enceintes sur les rebords des fenêtres transformant la chaussée en dance-floor géant.

« Je connais plein de potes qui partent à Madrid où tout est ouvert donc ça fait du bien de voir ça », estimait de son côté Quentin, interne en médecine de 26 ans qui avait son masque… de lion et préférait lui aussi ne pas donner son nom de famille.

À côté de lui passaient des gorilles, un faux Didier Raoult, l’infectiologue en poste à Marseille à l’origine d’une polémique sur un traitement médicamenteux au début de la pandémie.

« C’est un événement non déclaré qu’on ne juge pas du tout responsable car les gestes barrières ne sont pas respectés. Nous effectuons des contrôles aux abords du cortège, notamment sur le port du masque et les contrevenants seront verbalisés », avait indiqué à l’AFP la préfecture de police dans un premier temps, estimant le nombre de participants à 6500.

La pression a encore augmenté sur les services de réanimation en France avec plus de 4400 malades de COVID-19, soit le chiffre le plus élevé depuis fin novembre, selon les chiffres de Santé Publique France publiés dimanche.

Les carnavaliers déchaînés sont ensuite descendus sur la Canebière où ils ont brûlé leurs traditionnels chars, certains montant sur le manège à côté en dansant sur les barres du carrousel.

« Catharsis » d’un jour

Samuel dans la foule était un des rares avec un enfant. « J’avais un peu peur, du coup j’avais double masque », un contre le COVID et un vénitien pour le carnaval.

« C’est très fort, il y a comme une catharsis, tout le monde est là, se retrouve. Un peu comme un jour exutoire où tout est permis » a commenté Samuel qui ne souhaite pas non plus décliner son identité complète.

Mais, comme d’autres, il se demande si cette entorse collective aux règles ne risque pas d’accélérer un resserrement des restrictions ici.

« À Dunkerque, il y a eu des titres sur le fait que des gens auraient fêté le carnaval en cachette et juste derrière il y a eu des restrictions supplémentaires », ajoute-t-il.

Vers 18 h 30, les forces de l’ordre sont intervenues à deux pas du Vieux-Port pour disperser le rassemblement et sept personnes ont été interpellées, selon la préfecture de police.

Marseille n’est pas concernée par les nouvelles restrictions entrées en vigueur samedi pour au moins quatre semaines dans 16 départements dont les Alpes-Maritimes proches.

Mais les restrictions habituelles pour lutter contre la propagation de la COVID-19 s’y appliquent, dont la limitation des rassemblements et le port obligatoire du masque.

L’année dernière le carnaval de La Plaine avait été annulé avec le premier confinement.

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