Manifestations contre les restrictions sanitaires en Allemagne et en Suisse

Plus de 5000 contestataires, dont certains portaient une combinaison de protection blanche, ont participé au son d’une musique funèbre à cette «manifestation silencieuse».
Photo: Stefan Wermuth Agence France-Presse Plus de 5000 contestataires, dont certains portaient une combinaison de protection blanche, ont participé au son d’une musique funèbre à cette «manifestation silencieuse».

Des heurts ont éclaté samedi entre la police et des opposants aux mesures restrictives prises contre la COVID-19 à Cassel, une ville du centre de l’Allemagne, au cours d’un des plus grands rassemblements de ce type depuis le début de l’année dans ce pays.

Entre 15 000 et 20 000 personnes ont participé à la manifestation, a déclaré à l’AFP un porte-parole de la police locale.

Les affrontements se sont produits quand des contestataires qui s’étaient retrouvés, serrés les uns contre les autres et ne portant pas de masque de protection, sur une place du centre de Cassel — la Friedrichsplatz -, le principal point de ralliement, ont tenté de se frayer un passage à travers un cordon de policiers pour se joindre à d’autres mécontents, a constaté un journaliste de l’AFP.

Les forces de l’ordre ont alors fait usage de gaz au poivre pour les disperser.

Ailleurs dans la ville, la police a répliqué à coups de matraque et à l’aide d’un canon à eau à des groupes qui tentaient de franchir des barrières et qui jetaient des bouteilles.

Il y a par ailleurs eu des bagarres avec des contre-manifestants quand les contestataires ont essaimé à partir des lieux autorisés pour leur rassemblement dans les rues de Cassel.

« Ce n’est pas ce à quoi une action de protestation pacifique doit ressembler », a tweeté la police du nord de la Hesse, un des États régionaux allemands.

Elle a notamment accusé les manifestants d’« attaques répétées » contre les employés des services d’urgence.

« Nous ne tolérons pas de telles attaques », a ajouté la police, qui a prématurément mis fin au rassemblement sur la Friedrichsplatz en raison des violations des règles d’hygiène.

« Rebelles du Corona »

Cette manifestation s’est déroulée à l’appel du mouvement « Querdenker » ou « Anticonformiste », qui a organisé quelques-uns des plus grands rassemblements « anti-corona » en Allemagne depuis le début le début de la pandémie.

Il fédère des membres de l’extrême gauche, des adeptes des théories du complot, des détracteurs de la vaccination ainsi que des partisans de l’extrême droite.

À Cassel, certains manifestants arboraient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « mettez-fin au confinement » et « rebelles du Corona ».

Beaucoup d’autres villes allemandes ont connu de tels rassemblements le week-end dernier, mais de moindre ampleur.

Le tout sur fond de vaccination trop lente de la population, disent des experts, pour éviter une troisième vague de la COVID-19 malgré les mesures restrictives prises des mois durant pour freiner la propagation de cette maladie.

 

Samedi, l’Allemagne a enregistré 16 000 nouveaux cas de contamination et 207 morts de plus, d’après l’Institut Robert Koch pour les maladies infectieuses.

Vendredi, le taux d’incidence atteignait 95,6 (contre 90 jeudi), tout proche de la barre des 100 censée déclencher des restrictions supplémentaires.

La chancelière Angela Merkel et les dirigeants des 16 États régionaux (länder) se réuniront lundi pour décider d’éventuelles nouvelles mesures alors que l’Allemagne avait pu procéder début mars à quelques assouplissements.

Manifestations en Suisse

 

En Suisse voisine, des milliers de personnes ont manifesté samedi dans la ville de Liestal pour là aussi exiger la fin des restrictions.

Plus de 5000 contestataires, dont certains portaient une combinaison de protection blanche, ont participé au son d’une musique funèbre à cette « manifestation silencieuse », selon une évaluation de la police donnée à l’AFP.

Les journalistes sur place ont toutefois estimé que leur nombre était un peu plus élevé.

 

Beaucoup des manifestants présents dans cette ville de 14 500 habitants du canton de Bâle (nord) ne portaient pas de masque pour se protéger et ne respectaient pas les gestes barrières.

Certains brandissaient des pancartes sur lesquelles était écrit : « Ça suffit ! », « Les vaccins tuent » ou encore « Que l’amour soit votre guide, pas la peur ». « Les esclaves modernes portent un masque », pouvait-on par ailleurs lire autour du cou de plusieurs d’entre eux tandis qu’un homme arborait sur son visage l’inscription « Masque obligatoire, fermez votre bouche ».

Ils estiment que le gouvernement suisse a recours à des mesures « dictatoriales » pour imposer les restrictions sanitaires, dont la fermeture des restaurants et des bars, visant à juguler les contaminations par le coronavirus.

Dans un communiqué diffusé avant la manifestation, les protestataires, qui avaient reçu le feu vert de la police pour se rassembler, accusent les autorités de la Confédération d’avoir pris leur pays « en otage » depuis plus d’un an.

« Ces mesures n’ont aucun sens. Pour protéger 1 % de la population à risque, ils détruisent la vie de 99 % de la population », ajoutent-ils.

Une manifestation similaire, qui avait réuni plus de 4000 personnes, avait eu lieu au début du mois à Coire, dans l’est de la Suisse.

Vendredi, le gouvernement fédéral a choisi la prudence face à la dégradation de la situation sanitaire.

Il a annoncé le report de la réouverture des restaurants et des bars et que les autres restrictions restaient en place, malgré la forte pression des professionnels et des cantons. En revanche, la jauge pour les réunions privées passe de cinq à dix personnes.

Les autorités mettent en avant le risque d’augmentation « incontrôlée » du nombre des cas de COVID-19, « trop grand actuellement pour permettre d’autres assouplissements ».

La Suisse, qui compte 8,6 millions d’habitants, a recensé près de 578 000 cas de coronavirus et 9455 décès liés à la maladie.

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