Tensions autour des conséquences du Brexit en Irlande du Nord

Des groupes paramilitaires loyalistes ont écrit à Boris Johnson ces derniers jours pour l’avertir de la suspension de leur soutien à l’accord de paix du Vendredi saint, signé en 1998.
Photo: Peter Morrison Associated Press Des groupes paramilitaires loyalistes ont écrit à Boris Johnson ces derniers jours pour l’avertir de la suspension de leur soutien à l’accord de paix du Vendredi saint, signé en 1998.

Les tensions post-Brexit s’accroissent autour de l’Irlande du Nord, entre menace d’actions judiciaires de la part de l’UE contre Londres et suspension du soutien de paramilitaires loyalistes à l’accord de paix.

Du fait de son histoire troublée et de sa frontière terrestre avec un pays de l’UE, la province britannique constitue depuis des années un point d’achoppement majeur du Brexit et les dispositions spécifiques prévues dans le traité entourant le divorce, désormais effectif, n’ont pas suffi à régler ce dossier brûlant.

Relançant les dissensions, Londres a unilatéralement repoussé de six mois, au 1er octobre, l’introduction de certains contrôles très controversés sur l’arrivée de marchandises en l’Irlande du Nord depuis l’île de Grande-Bretagne, qui devaient entrer prochainement en vigueur après une période de grâce permettant aux entreprises de s’adapter.

Répondant à la colère de Bruxelles de voir le gouvernement britannique faire cavalier seul face aux difficultés d’approvisionnements que connaît la province britannique, le porte-parole du premier ministre Boris Johnson s’est défendu jeudi de toute violation du traité de Brexit conclu avec les Européens. « Ce sont des mesures raisonnables et pratiques », a déclaré jeudi un porte-parole du dirigeant conservateur. « Ces types de mesures opérationnelles ont de nombreux précédents et sont courants dans d’autres accords commerciaux internationaux », a-t-il poursuivi, assurant que Bruxelles avait été averti « plus tôt cette semaine » des intentions britanniques.

Ces dispositions du « protocole nord-irlandais » visent à éviter le retour d’une frontière entre la province britannique et la République d’Irlande — membre de l’UE — qui risquerait de fragiliser la paix conclue en 1998 après trois décennies de conflit sanglant.

Viscéralement attachés à la couronne britannique, les unionistes demandent la suppression pure et simple du protocole, qu’ils dénoncent comme une frontière jetée en mer d’Irlande, au sein même du Royaume-Uni.

Selon le gouvernement britannique, la prolongation de la période de grâce doit permettre aux entreprises de mieux s’adapter aux nouvelles dispositions commerciales, accusées de perturber les approvisionnements en Irlande du Nord, où la grogne monte.

Deux mois après la mise en œuvre effective du Brexit, l’UE a dénoncé une « violation » de l’accord de Brexit et averti qu’elle répondrait « avec les moyens légaux ». « Si l’on ne peut simplement pas faire confiance au Royaume-Uni parce qu’il prend des mesures unilatérales sans négociations », a déclaré jeudi le ministère irlandais des Affaires étrangères, Simon Coveney, « le gouvernement britannique laisse l’UE sans autre solution ».

« Nous restons engagés dans le protocole nord-irlandais, mais nous voulons simplement répondre aux problèmes là où ils surviennent », a fait valoir le porte-parole de Boris Johnson en évoquant son « impact disproportionné » pour l’Irlande du Nord.

L’accord du Vendredi saint en danger ?

Signe du mécontentement, et de la délicatesse de la question, le Conseil des communautés loyalistes (LCC), qui rassemble trois groupes paramilitaires loyalistes, a écrit à Boris Johnson pour l’avertir de la suspension de leur soutien à l’accord de paix de 1998.

L’accord du Vendredi saint a mis fin au conflit entre unionistes et républicains, partisans du rattachement avec la république d’Irlande, qui a coûté la vie à 3500 personnes en trois décennies.

L’opposition unioniste au protocole nord-irlandais de l’accord de Brexit reste néanmoins « pacifique et démocratique », a souligné le LCC. « Si vous ou l’Union européenne n’êtes pas prêts à honorer l’accord dans sa totalité, vous serez responsables de la destruction de l’accord. »

En février, les contrôles sur les marchandises en provenance de Grande-Bretagne ont été suspendus en raison d’un climat de menaces sur les agents chargés de mener ces formalités apparues depuis le 1er janvier, quand le Royaume-Uni a quitté le marché unique et l’union douanière européens.

Dernier épisode en date révélé jeudi dans les médias locaux, des graffitis dans un quartier unioniste de Belfast mentionnant le nom et l’adresse du ministre d’État Michael Gove, qui était chargé de ce brûlant dossier jusqu’au 1er mars, affublés de l’avertissement « On n’oublie pas, on ne pardonne pas ».

Se refusant à toute précision, la police nord-irlandaise a simplement indiqué qu’elle « n’ignore jamais ce qui pourrait présenter un risque pour une personne ».

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