Les Portugais réélisent leur président au plus fort de l’épidémie

Le taux d’abstention se serait élevé à 61,6%, un nouveau record historique pour une élection présidentielle depuis l’avènement de la démocratie, en 1974, mais les analystes redoutaient pire en raison de l’explosion des cas de COVID-19.
Photo: Patricia De Melo Moreira Agence France-Presse Le taux d’abstention se serait élevé à 61,6%, un nouveau record historique pour une élection présidentielle depuis l’avènement de la démocratie, en 1974, mais les analystes redoutaient pire en raison de l’explosion des cas de COVID-19.

Les Portugais ont comme prévu réélu dimanche leur président, le conservateur modéré Marcelo Rebelo de Sousa, lors d’un scrutin réalisé dans un pays confiné et frappé de plein fouet par le coronavirus, tandis que le candidat populiste a échoué de peu à devancer sa rivale socialiste. L’actuel chef de l’État, un ancien professeur de droit de 72 ans devenu célèbre en tant que commentateur politique à la télévision, a obtenu 60,7 % des voix, selon des résultats partiels portant sur la quasi-totalité des circonscriptions.

Avec 13 % des suffrages, l’ex-eurodéputée socialiste Ana Gomes est arrivée en deuxième position, devançant in extremis le candidat d’extrême droite André Ventura, qui comptait à ce stade 11,9 % des voix. Le fondateur parti antisystème « Chega » (« ça suffit ») aura manqué de justesse son objectif affiché d’arriver deuxième, mais son résultat confirme tout de même la progression de l’extrême droite dans un pays qui, jusqu’ici, était une exception sur le plan international.

Le taux d’abstention se serait élevé à 60,6 %, un nouveau record historique pour une élection présidentielle depuis l’avènement de la démocratie, en 1974. Les analystes redoutaient une abstention encore plus importante en raison de l’explosion des cas de COVID-19 que connaît actuellement le Portugal, dont les dix millions d’habitants sont soumis depuis une dizaine de jours à un deuxième confinement général.

Selon les données collectées par l’AFP, il s’agit du pays du monde ayant signalé au cours des deux dernières semaines le plus grand nombre de contagions et de décès par COVID-19 en rapport avec sa population, dépassé seulement par l’enclave britannique de Gibraltar. Après les commerces et les restaurants, le gouvernement s’est résolu à fermer les écoles vendredi. Un nouveau record de décès quotidiens a encore été battu dimanche, portant le bilan total depuis le début de la pandémie à près de 10 500 morts.

Éviter le second tour

Toute la journée, de nombreux électeurs ont dû faire de longues files d’attente devant les bureaux de vote, en se tenant à distance avant de pouvoir y entrer un par un. « Même si c’est important de venir voter alors qu’on est en confinement, cela n’a aucun sens de sortir de la maison et de se regrouper avec des milliers de personnes », a souligné à l’AFPTV Luis Araujo, un électeur se rendant dans un bureau de vote installé dans une école de Lisbonne.

En fin de campagne, le candidat sortant avait demandé aux électeurs de se mobiliser pour éviter un second tour et « épargner aux Portugais le prolongement de l’élection pendant trois semaines cruciales » pour freiner l’épidémie. Au cours de son premier mandat, Marcelo Rebelo de Sousa a cohabité sans accroc majeur avec le gouvernement socialiste minoritaire du premier ministre Antonio Costa.

Au Portugal, le chef de l’État n’a aucun pouvoir exécutif, mais joue un rôle d’arbitre en cas de crise politique, et il peut dissoudre le Parlement pour convoquer des élections législatives anticipées. Le scrutin de dimanche avait pourtant une valeur de test pour André Ventura, qui voulait « écraser la gauche ». Ce juriste de 38 ans avait créé la surprise en entrant au Parlement lors des élections législatives de fin 2019, avec 1,3 % des voix.

Cet allié de la Française Marine Le Pen et de l’Italien Matteo Salvini aura finalement perdu le duel qui l’opposait à Ana Gomes, ancienne diplomate et militante anticorruption de 66 ans, qui a fait campagne sans le soutien de son parti ni du premier ministre, en promettant de faire barrage à la menace d’extrême droite.

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