Renzi quitte la coalition au pouvoir, annonçant une odeur d’élections

Matteo Renzi annonce la démission des deux ministres de son parti Italia Viva, Elena Bonetti et Teresa Bellanova.
Photo: Alberto Pizzoli Agence France-Presse Matteo Renzi annonce la démission des deux ministres de son parti Italia Viva, Elena Bonetti et Teresa Bellanova.

En pleine pandémie, le gouvernement du premier ministre Giuseppe Conte se retrouve en sursis après la décision mercredi de Matteo Renzi de retirer son parti de la coalition au pouvoir, qui se retrouve privée de majorité au Parlement. Après des semaines de critiques et de menaces, M. Renzi, premier ministre de 2014 à 2016, a annoncé au cours d’une conférence de presse la démission des deux ministres de son parti Italia Viva : Teresa Bellanova (Agriculture) et Elena Bonetti (Famille).

Sans les 18 sénateurs d’Italia Viva, le gouvernement dirigé par M. Conte perd sa majorité à la Chambre haute, mais elle reste en revanche suffisamment large à la Chambre des députés.

Matteo Renzi reproche notamment à M. Conte sa gestion jugée solitaire de la pandémie et son plan pour dépenser les plus de 200 milliards d’euros que l’Union européenne doit octroyer à l’Italie dans le cadre de son méga plan de relance.

« Nous ne permettrons à personne d’avoir les pleins pouvoirs […] Nous demandons le respect des règles démocratiques », a estimé M. Renzi. « Nous n’avons aucun préjugé ni sur les noms ni sur les formules », a-t-il ajouté, semblant ouvert à un possible nouveau gouvernement dirigé par M. Conte.

Il a en même temps exclu tout soutien à l’opposition de droite, et notamment la Ligue (extrême droite) de Matteo Salvini : « Nous ne donnerons jamais vie à un gouvernement avec les forces de la droite souverainiste que nous avons combattues. »

Les deux poids lourds de la coalition, le Mouvement 5 Étoiles (M5S, antisystème) et le Parti démocrate (centre gauche, ancienne formation de M. Renzi), ont assuré M. Conte de leur soutien. « Alors que le pays est confronté à une crise sanitaire, Renzi retire ses ministres. Je crois que personne ne comprend ce choix », a ainsi dénoncé le dirigeant du M5S Vito Crimi sur Twitter, tandis que le secrétaire adjoint du PD Andrea Orlando a déploré « une grave erreur ».

Quant à la droite et à l’extrême droite, elles ont demandé dans un communiqué conjoint que Conte « démissionne immédiatement ou se présente devant le parlement pour un vote de confiance ». « Si la confiance lui est refusée […] il faudra organiser des élections ».

« Une crise ne serait certainement pas comprise par le pays », avait dit M. Conte avant l’annonce de M. Renzi, alors que l’Italie affronte « une situation si complexe, si difficile » et que la crise a déjà tué près de 80 000 personnes dans la péninsule. Il avait appelé ses partenaires à travailler « de manière constructive » en vue de « retrouver une meilleure cohésion des forces de la majorité ».

Face à cette nouvelle situation, Conte pourrait demander un vote de confiance au Parlement, en espérant obtenir suffisamment de voix au sein de l’opposition pour compenser le départ du parti de Renzi, même si cette option reste peu probable, le chef du gouvernement estimant avoir besoin d’une majorité « solide » sans chercher « une voix par-ci, une voix par-là ».

Une autre hypothèse pourrait consister pour le premier ministre à démissionner et à obtenir un nouveau mandat du président de la République Sergio Mattarella avec une équipe remaniée. M. Conte s’est d’ailleurs entretenu mercredi à sa demande avec M. Mattarella.

Ce remaniement pourrait être un moyen d’apaiser Renzi en accordant à son parti des ministères plus importants.

Selon Lorenzo Castellani, chercheur en sciences politiques à l’Université Luiss de Rome, il existe « deux options privilégiées : un nouveau gouvernement Conte après remaniement, ou un changement de président du conseil, avec une figure institutionnelle et des ministres techniques » pour terminer la législature en cours.

« Quelle que soit la forme que prendra ce changement, je pense qu’il sera composé à partir de la majorité actuelle […] Cela demandera un travail parlementaire intense avec des tractations entre les différents partis de la coalition », a-t-il expliqué dans un entretien avec l’AFP.

L’Italie, troisième économie de la zone euro et premier pays européen durement touché par la pandémie, a imposé un long confinement lors de la première vague et affronte maintenant sa pire récession depuis la Seconde Guerre mondiale.

 

À voir en vidéo