En France, la polémique enfle face à la lenteur de la vaccination

Au 1er janvier, seules 516 personnes avaient été vaccinées en France, selon le ministère de la Santé.
Photo: Sameer Al-Doumy Agence France-Presse Au 1er janvier, seules 516 personnes avaient été vaccinées en France, selon le ministère de la Santé.

Sous le feu des critiques en raison du démarrage très lent de la campagne de vaccination contre la COVID-19, le gouvernement français a promis lundi une montée en puissance rapide, et un élargissement du public prioritaire pour recevoir le vaccin.

Initialement réservée aux personnes les plus vulnérables dans les maisons de retraite, la vaccination concerne désormais aussi tous les membres du personnel de santé d’au moins 50 ans ou à risque.

« Aujourd’hui, nous aurons réalisé plusieurs milliers de vaccinations dans tout le pays, ça va monter en puissance et ça montera encore plus en puissance à partir de mercredi, jeudi, vendredi », a déclaré le ministre de la Santé, Olivier Véran, avant une réunion convoquée par le président Macron pour tenter d’éteindre la polémique qui ne cesse d’enfler en France.

Car, au 1er janvier, seules 516 personnes avaient été vaccinées, dans un pays où le coronavirus a déjà fait plus de 65 000 morts. Un nombre bien inférieur à certains des voisins de la France : plus de 200 000 vaccinations ont été enregistrées en Allemagne et environ un million en Grande-Bretagne.

De quoi faire pleuvoir les critiques de tous les bords politiques de l’opposition ces derniers jours.

« Je considère qu’aujourd’hui, on est face à un scandale d’État », a déclaré Jean Rottner, président (droite) de la région du Grand Est, où la situation épidémique est particulièrement alarmante et dans laquelle le couvre-feu a été renforcé depuis samedi.

« Les Français ont besoin de clarté, de messages sûrs, d’un gouvernement qui sait où il va et il ne donne pas cette impression-là », a-t-il ajouté.

« La risée du monde »

La France est devenue « la risée du monde », a dénoncé le vice-président du Rassemblement national (RN, extrême droite), Jordan Bardella, tandis que l’eurodéputé écologiste Yannick Jadot évoquait le « fiasco » de la stratégie vaccinale française.

Le chef de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon a pour sa part estimé que la France devait privilégier les « vaccins de type traditionnel » produits notamment par la Russie, Cuba ou la Chine.

Signe de la préoccupation au sommet de l’État face à la polémique, une « réunion de suivi » sur la vaccination était organisée lundi après-midi autour d’Emmanuel Macron avec le chef du gouvernement, Jean Castex, et plusieurs ministres.

L’exécutif assure d’ores et déjà mettre les bouchées doubles et a notamment promis une accélération de l’arrivée des doses et un renforcement des moyens pour les transférer aux maisons de retraite. Autre promesse, l’installation de premiers centres de vaccination « en ville » d’ici au début du mois de février, pour les personnes âgées ne résidant pas en maison de retraite.

Ça ne va pas assez vite, mais ce n’est pas sur les 15 prochains jours ni le prochain mois que se jugera l’efficacité de la campagne vaccinale

 

« On ne peut pas envisager de rester sur ce rythme. Les calculs laissent envisager qu’il faudrait 3000 ans pour vacciner tout le monde », estime le professeur Bruno Megarbane, chef du service de réanimation médicale et toxicologique de l’Hôpital Lariboisière à Paris.

« Ça ne va pas assez vite, mais ce n’est pas sur les 15 prochains jours ni le prochain mois que se jugera l’efficacité de la campagne vaccinale », nuance l’épidémiologiste Arnaud Fontanet, fixant un premier objectif de 5 à 10 millions de personnes vaccinées d’ici à la fin mars pour voir un premier impact sur la circulation du virus.

Le gouvernement est également moqué pour le lancement d’un conseil de 35 citoyens tirés au sort pour suivre la campagne de vaccination à partir du 10 janvier, qualifié de « gadget » et de « foutage de gueule » par plusieurs élus d’opposition.

Le scepticisme

Sur la durée, le gouvernement devra également affronter le scepticisme des Français concernant la vaccination. Selon un sondage international publié la semaine dernière par l’institut Ipsos Global Advisor, seuls 40 % des Français comptent se faire vacciner, plaçant le pays comme « champion du monde » des pays réfractaires.

Les Fêtes passées, la France craint un nouveau rebond de l’épidémie. Le territoire est entièrement soumis à un couvre-feu de 20 h à 6 h, un horaire avancé à 18 h pour six millions de personnes dans l’est du pays.

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