Avec Biden, le Royaume-Uni du Brexit perd l’un de ses meilleurs supporters

Westminster met désormais l’accent sur des sujets sur lesquels il est plus en phase avec Joe Biden, comme le climat.
Photo: Daniel Sorabji Agence France-Presse Westminster met désormais l’accent sur des sujets sur lesquels il est plus en phase avec Joe Biden, comme le climat.

Les artisans du Brexit invoquent depuis longtemps un rapprochement commercial entre le Royaume-Uni et les États-Unis pour compenser le divorce avec l’Union européenne. Pour cela, Donald Trump, avec son dédain pour le multilatéralisme et son mépris des institutions bruxelloises, semblait être le partenaire parfait.

Mais en janvier, Londres devra à la fois se séparer définitivement des Vingt-Sept et discuter avec un nouveau président américain, Joe Biden, qui veut renouer avec l’UE et ne partage nullement l’esprit cavalier seul des Brexiters. Le démocrate, d’origine irlandaise et catholique, a déjà mis en garde le premier ministre britannique, Boris Johnson, contre tout acte qui mettrait en péril la paix en Irlande du Nord, notamment le retour d’une frontière physique entre la province britannique et l’Irlande, membre de l’UE.

Sur ce point, un compromis avait été trouvé avec Bruxelles avant même l’accord global post-Brexit conclu jeudi — signe, selon des observateurs, d’une certaine influence de l’élection de Joe Biden.

« Londres a compris qu’une dispute sur la frontière nord-irlandaise aurait été absolument toxique pour la relation américano-britannique », estime Jacob Kirkegaard, du cercle de réflexion German Marshall Fund of the United States. Le gouvernement conservateur de Boris Johnson met désormais l’accent sur des sujets sur lesquels il est plus en phase avec Joe Biden, comme la lutte sur le changement climatique. La conférence de l’ONU sur le climat en novembre à Glasgow, en Écosse, sera l’occasion d’afficher l’ambition commune des deux partenaires transatlantiques.

Sur l’Iran aussi, après quatre années de tensions, Londres et Washington devraient être à nouveau sur la même longueur d’onde. « Sur papier, le Parti conservateur britannique est plus proche du Parti démocrate que du Parti républicain de Donald Trump », avance Jacob Kirkegaard.

Les Britanniques ont également annoncé une hausse historique des dépenses militaires pour, selon cet expert, tenter de continuer à jouer dans la cour des grands en tant que partenaires stratégiques des États-Unis, notamment à l’ère des tensions avec la Chine. Mais le futur président américain pourrait être attiré davantage par la force de frappe de l’UE. « La Grande-Bretagne du Brexit essaie de se faire belle, mais les États-Unis n’ont plus strictement besoin de l’avoir à leurs côtés », prévient Jacob Kirkegaard.

Joe Biden s’est entouré d’anciens conseillers de Barack Obama qui n’ont pas oublié que Boris Johnson avait évoqué, en 2016 « un mépris ancestral pour l’Empire britannique » chez le président américain de l’époque en raison de ses origines « kenyanes » — une petite phrase qui résonnait fortement avec la pensée de l’extrême droite américaine.

Le président élu, qui entrera le 20 janvier à la Maison-Blanche, n’hésite pas, lui, à afficher fièrement ses origines irlandaises, comme s’il voulait se démarquer du Royaume-Uni. Dans une vidéo devenue virale après son élection, Joe Biden lance à un journaliste de la BBC qui tente de lui poser une question : « La BBC ? Je suis Irlandais ! » — avant de lui adresser un sourire amical.

« Il y a manifestement, dans l’entourage de Biden, le sentiment que le Brexit était un choix totalement malavisé et que le premier ministre Johnson a été trop proche de Trump », explique Erik Brattberg, du groupe de réflexion Carnegie Endowment for International Peace. « Ils pensent donc qu’il faut mettre la relation avec Londres au second plan. »

Mais cet expert assure aussi que le dirigeant démocrate est conscient de l’importance de la « relation spéciale » avec le Royaume-Uni, et ne va pas bousculer cet allié incontournable comme son prédécesseur républicain l’a fait avec les autres Européens, notamment l’Allemande Angela Merkel. « Trump voulait surtout semer la division en Europe ; Biden veut davantage être celui qui panse ces blessures », ajoute-t-il.

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