Bruxelles et Londres pessimistes sur les chances de sceller un accord commercial

Sauf rebondissement majeur d’ici à dimanche, les échanges commerciaux de part et d’autre de la Manche risquent de se faire selon les seules règles de l’Organisation mondiale du commerce, synonymes de droits de douane et de quotas. Sur la photo, des poids lourds font la file, dans le sud du Royaume-Uni, pour emprunter le tunnel sous la Manche.
Photo: Frank Augstein Associated Press Sauf rebondissement majeur d’ici à dimanche, les échanges commerciaux de part et d’autre de la Manche risquent de se faire selon les seules règles de l’Organisation mondiale du commerce, synonymes de droits de douane et de quotas. Sur la photo, des poids lourds font la file, dans le sud du Royaume-Uni, pour emprunter le tunnel sous la Manche.

Les négociations continuent, mais les chances d’un accord commercial post-Brexit s’amenuisent, Londres et Bruxelles affichant vendredi leur pessimisme sur la possibilité de parvenir à surmonter leurs divergences.

Sauf rebondissement majeur d’ici à dimanche, échéance fixée par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le premier ministre britannique Boris Johnson, les échanges de part et d’autre de la Manche risquent de se faire selon les seules règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), synonymes de droits de douane et de quotas.

En déplacement dans le nord de l’Angleterre, Boris Johnson a jugé « très très probable » l’échec des négociations, qui se poursuivent néanmoins.

Malgré les sombres prévisions des économistes, le chef du gouvernement conservateur affirme que cette solution serait « formidable pour le Royaume-Uni et nous pourrions faire exactement ce que nous voulons à partir du 1er janvier ».

« Nous continuons d’espérer », a-t-il poursuivi, attendant de voir une éventuelle « grande proposition » ou « un grand changement » de la part de l’Union européenne.

Même pessimisme chez Ursula von der Leyen, qui a déclaré aux dirigeants des 27 réunis en sommet à Bruxelles que les espoirs d’un accord étaient « faibles », ont confié à l’AFP plusieurs participants.

Berlin, qui assure la présidence tournante de l’UE, et Dublin, en première ligne sur le front du Brexit, ont tempéré en jugeant qu’un accord reste « possible ».

Constatant que « l’état d’esprit prévalant » est celui d’un échec des négociations, le premier ministre irlandais Micheal Martin a rappelé que des propos « similaires » avaient été tenus il y a un an au sujet de l’accord de divorce, finalement conclu sur le fil.

À l’issue d’un dîner mercredi à Bruxelles pour tenter de débloquer l’impasse qui perdure depuis des mois, Mme von der Leyen et M. Johnson ont constaté l’ampleur des divergences qui subsistent et se sont donné jusqu’à dimanche pour trancher sur l’« avenir » des pourparlers.

Ceux-ci bloquent sur trois sujets : la pêche, le règlement des différends dans le futur accord et les garanties exigées de Londres par l’Union européenne en matière de concurrence.

Sur ce dernier point, le plus épineux, les Européens souhaitent s’assurer de la convergence avec le Royaume-Uni de leurs normes sociales, environnementales, fiscales ou sur les aides publiques, pour éviter toute concurrence sauvage.

« Géographie têtue »

« Il est normal que les concurrents de nos propres entreprises soient exposés aux mêmes conditions sur notre propre marché », a expliqué Mme von der Leyen lors d’une conférence de presse.

Les Européens ne comptent pas obliger le Royaume-Uni à s’adapter à chacune de leurs évolutions législatives, a-t-elle précisé.

Les Britanniques, qui ont officiellement quitté l’UE le 31 janvier 2020, « resteraient libres, souverains de décider de ce qu’ils veulent faire. Nous adapterions simplement les conditions d’accès à notre marché » en fonction de leur décision, a-t-elle expliqué.

Londres affirme de son côté que les propositions de l’UE ne respectent pas sa souveraineté.

Commentant le calendrier, un haut responsable européen a ironisé : « C’est au moins la dixième fois depuis septembre qu’on nous dit que c’est le moment décisif. La seule certitude, c’est le 1er janvier », date à laquelle le Royaume-Uni aura quitté le marché unique et l’union douanière, a-t-il souligné.

Selon cette source, le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel ont chacun refusé de s’entretenir séparément avec Boris Johnson avant un échange téléphonique, lundi dernier, entre le Britannique et Ursula von der Leyen. « Nous parlons d’une seule voix », a insisté ce responsable.

« La géographie est têtue : on va quand même vivre côte à côte », a quant à lui rappelé M. Macron, souhaitant un accord « qui préserve les intérêts européens […] et respecte nos amis britanniques ».

L’UE a toutefois déjà prévu des mesures d’urgence en cas de no deal. Elles visent à maintenir une connectivité dans le transport routier et aérien pendant six mois, à condition que Londres fasse de même, et à garantir l’accès réciproque aux eaux des deux parties pour les bateaux de pêche en 2021.

Selon le Time et le Guardian, quatre navires de 80 mètres de la Royal Navy seront prêts pour protéger les eaux britanniques dès le 1er janvier en cas de no deal.

La Turquie condamne les sanctions de l’UE

La Turquie a rejeté vendredi les sanctions de l’Union européenne la visant en lien avec ses activités controversées en Méditerranée orientale, mais le président Recep Tayyip Erdogan les a minimisées tout en cherchant à calmer le jeu. Les sanctions, dont le principe a été adopté jeudi lors d’un sommet de l’UE à Bruxelles en réponse aux explorations gazières de la Turquie et ses démonstrations de force dans des eaux disputées avec la Grèce et Chypre, surviennent au moment où Ankara risque aussi de se voir infliger des représailles américaines liées à l’acquisition d’un système de missiles russe. L’ampleur des sanctions européennes et, potentiellement, américaines n’est pas encore connue, mais elles pourraient plomber une économie turque qui bat déjà de l’aile.

 

Agence France-Presse


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Le premier ministre britannique Boris Johnson
a jugé
« très très probable » l’échec
des négo-ciations,
qui se poursuivent néanmoins