Le Québec perd un «ami» après le décès de Valéry Giscard d’Estaing

Premier ministre, René Lévesque visite la France en novembre 1977 lors d’une visite officielle, la première dans le cadre de ses nouvelles fonctions.
Photo: Gouvernement de la France Premier ministre, René Lévesque visite la France en novembre 1977 lors d’une visite officielle, la première dans le cadre de ses nouvelles fonctions.

Le Québec vient de perdre un « grand ami ». L’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing, emporté par la COVID-19 mercredi, aura donné une nouvelle impulsion durable aux relations entre les deux nations.

« La coopération franco-québécoise s’est beaucoup développée » sous le règne du chef d’État qui s’est étendu de 1974 à 1981, résume au bout du fil l’historien Frédéric Bastien, auteur de deux ouvrages sur les relations entre le Québec et la France. Un « intérêt mutuel » s’est rapidement installé, sous le signe d’une coopération renouvelée.

Valéry Giscard d’Estaing a été le premier président non gaulliste de la Ve République. Ce centriste a modernisé le pays, ayant mené de front plusieurs réformes progressistes, dont la dépénalisation de l’avortement et l’abaissement de la majorité à 18 ans. Pendant ses années à la tête de la France, il a également assisté à l’arrivée au pouvoir du gouvernement indépendantiste de René Lévesque, et au référendum sur la souveraineté de 1980.

L’époque Giscard d’Estaing est un « moment fort » dans les relations franco-québécoises, observe M. Bastien. La question de l’indépendance est revenue en force au sein de la classe politique française, dit-il, après s’être quelque peu évanouie dans les années suivant le départ du général Charles de Gaulle — et le coup de tonnerre provoqué par son « Vive le Québec libre ».

« L’élection de M. Lévesque a donné une sorte de coup de fouet aux Français », qui ont renoué avec la cause du Québec, abonde en entrevue Denis Vaugeois, qui a été adjoint parlementaire puis ministre dans le cabinet Lévesque.

Sympathique à l’indépendance

Premier ministre, René Lévesque visite la France en novembre 1977 lors d’une visite officielle, la première dans le cadre de ses nouvelles fonctions. « Nos ministres étaient en général toujours bien reçus, mais pour les premiers ministres [comme Lévesque], c’était tout un accueil. Les Français savent recevoir », se remémore M. Vaugeois.

Le chef péquiste est notamment accueilli par le président Giscard d’Estaing. Il lui dit alors que la France l’accompagnera « quelle que soit la route » que les Québécois choisiront, rapporte Frédéric Bastien, en référence aux visées indépendantistes de son interlocuteur.

Non seulement cette décision n’était pas susceptible de déchirer le pays, nuance-t-il, mais il faut dire aussi que le courant passait plutôt mal entre le président français et son homologue canadien Pierre-Eliott Trudeau. « On aurait dit deux coqs dans la même base cour. »

Cela étant, M. Giscard d’Estaing était désintéressé du Québec avant la victoire du Parti québécois en 1976, ajoute Frédéric Bastien. Et ce, même s’il a brièvement vécu à Montréal à la fin des années 1940, alors qu'il était professeur au collège Stanislas.

Il s’y intéressera alors que la victoire du PQ est brandie par la droite nationaliste française — dont le maire de Paris de l’époque Jacques Chirac — comme une preuve « que De Gaulle était un visionnaire et que l’intégration supranationale ne fonctionnait pas ». Critique du gaullisme et européen convaincu, « VGE » va donc se tourner vers le Québec pour étouffer ces critiques.

« Il a ainsi reconduit la politique du général, moins spectaculaire et provocatrice, mais qui allait dans le même sens. Ç’a fait avancer la cause du Québec dans le spectre politique français », conclut Frédéric Bastien.

Hommages au disparu

Plusieurs personnalités politiques québécoises ont tenu à rendre hommage à l’’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing, après l’annonce de son décès mercredi à l’âge de 94 ans.

 

« Un homme droit, passionné d’économie, un écrivain talentueux. Il était profondément attaché aux valeurs de la France. Mes amitiés au peuple français », a écrit sur son compte Twitter le premier ministre François Legault.

 

« Ami du Québec, il a permis d’instaurer les rencontres alternées des premiers ministres. Mes pensées vont à sa famille et à ses proches », a réagi de son côté le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon.

 

« Contre l’avis d’Ottawa, il avait reçu René Lévesque avec honneur en 1977. Début 1995, il avait prodigué de judicieux conseils à Jacques Parizeau pour sa stratégie référendaire », a renchéri son prédécesseur à la tête du PQ, Jean-François Lisée.

 

« Valéry Giscard d’Estaing laisse en héritage plusieurs grandes réalisations qui ont façonné le visage moderne de la France. Le peuple français est en deuil d’un grand homme d’État. Mes condoléances à sa famille », a soutenu pour sa part la députée libérale Nicole Ménard. La cheffe du PLQ, Dominique Anglade, a également tenu à offrir ses condoléances aux citoyens de l’Hexagone.



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