Un feu vert rapide au vaccin de Pfizer grâce au Brexit?

Le Royaume-Uni, qui a quitté l’Union européenne le 31 janvier dernier, reste soumis aux règles de l’Europe, dont la législation pharmaceutique, durant une période de transition s’achevant à la fin de l’année.
Photo: Tolga Akmen Agence France-Presse Le Royaume-Uni, qui a quitté l’Union européenne le 31 janvier dernier, reste soumis aux règles de l’Europe, dont la législation pharmaceutique, durant une période de transition s’achevant à la fin de l’année.

Le Brexit a permis au Royaume-Uni d’être le premier pays occidental à autoriser un vaccin contre la COVID-19. C’est du moins l’avis du ministre britannique de la Santé, qui a rapidement été rappelé à l’ordre et critiqué mercredi.

« Nous avons pu prendre une décision […] fondée sur le régulateur britannique […] et non au rythme des Européens, qui avancent un peu plus lentement », a jugé le ministre de la Santé, Matt Hancock, après le feu vert donné au vaccin du géant américain Pfizer et de l’allemand BioNTech. « Nous faisons tous les mêmes contrôles de sécurité et suivons les mêmes procédures, mais nous avons pu accélérer la manière dont ils sont faits grâce au Brexit », a-t-il ajouté.

« L’important n’est pas d’être le premier, mais d’avoir un vaccin sûr et efficace », a répliqué son homologue allemand, Jens Spahn. Et, contrairement aux Européens, Londres a opté pour une autorisation d’utilisation d’urgence, a-t-il souligné.

Sans compter qu’à son avis, expliquer le « succès » britannique par le Brexit est un peu court, car BioNTech a été « financée par l’UE ».

De son côté, l’Agence britannique de réglementation des médicaments et des produits de santé (MHRA) a nuancé les propos du ministre Hancock, rappelant que la législation européenne permettait au Royaume-Uni d’accorder une autorisation temporaire en raison du « besoin en matière de santé publique ».

Le premier ministre britannique, Boris Johnson, s’est gardé de relayer les propos de son ministre de la Santé, assurant que les vaccins en développement contre la COVID-19 étaient le fruit d’« efforts mondiaux ». « C’est vraiment quelque chose d’international », a-t-il affirmé.

Le Royaume-Uni, qui a quitté l’Union européenne (UE) le 31 janvier dernier, reste soumis aux règles européennes, dont la législation pharmaceutique, durant une période de transition s’achevant à la fin de l’année.

Londres et les Européens sont à cran, engagés dans d’intenses négociations pour tenter de définir leur nouvelle relation commerciale à partir du 1er janvier. En cas d’échec ou de perturbations à la frontière, le vaccin Pfizer/BioNTech, fabriqué en Belgique, pourrait être acheminé par avion, avait indiqué Matt Hancock la semaine dernière sur les ondes de la BBC.

Pfizer/BioNTech a déposé la demande d’autorisation conditionnelle de son vaccin dans l’UE auprès de l’AEM, qui s’est donné jusqu’au 29 décembre « au plus tard » pour se prononcer.

Parallèlement à ses déclarations controversées, l’Angleterre est sortie d’un confinement de quatre semaines pour retourner à une approche régionale, que le premier ministre Johnson espère pouvoir lever au printemps grâce à l’action conjuguée des vaccins et du dépistage de masse.

Le confinement est remplacé, au moins jusqu’en février, par un système d’alerte à trois niveaux, imposant des restrictions localement selon la gravité de l’épidémie.

Vaccins gratuits

En Russie, le président, Vladimir Poutine, a demandé aux autorités sanitaires de commencer dès la fin de la semaine prochaine les vaccinations « à grande échelle » contre le coronavirus. Le vaccin Spoutnik V, développé par le centre de recherches Gamaleïa de Moscou, est dans la troisième et dernière phase d’essais cliniques auprès de 40 000 volontaires.

De son côté, le Japon fournira gratuitement des vaccins aux 126 millions d’habitants du pays, en vertu d’un projet de loi adopté mercredi, au moment où l’archipel fait face à une recrudescence des infections. Le vaccin sera aussi gratuit en Italie, où il sera administré en premier aux médecins et aux personnes âgées habitant en résidence.

Pendant ce temps, Interpol a adressé un message d’avertissement à ses 194 pays membres, appelés à se préparer à des actions du crime organisé centrées sur les vaccins contre le coronavirus. L’organisation de coopération policière internationale, basée en France, prévient d’une « potentielle activité criminelle liée à la contrefaçon, au vol et à la promotion illégale de vaccins contre la COVID-19 et la grippe ».

La pandémie a fait au moins 1,48 million de morts dans le monde depuis fin décembre, selon un bilan établi par l’AFP à partir de sources officielles mercredi. Plus de 63,8 millions de cas ont été officiellement diagnostiqués depuis le début de l’épidémie. Les États-Unis comptent le plus de morts (270 691), devant le Brésil (173 817), l’Inde (138 122), le Mexique (106 765) et le Royaume-Uni (59 051).