Une vive tension demeure en France

Samedi, Ameer al Halbi, un photographe indépendant syrien collaborateur de «Polka» et de l’AFP qui couvrait une manifestation contre la loi sécuritaire, a été blessé au visage et à la tête.
Photo: Gabrielle Cézard Agence France-Presse Samedi, Ameer al Halbi, un photographe indépendant syrien collaborateur de «Polka» et de l’AFP qui couvrait une manifestation contre la loi sécuritaire, a été blessé au visage et à la tête.

Les quatre policiers mis en cause pour l’attaque d’un producteur de musique noir à Paris ont été mis en examen dans la nuit de dimanche à lundi et deux d'entre eux ont été écroués, a appris l'AFP de source judiciaire.

Parmi ces quatre policiers mis en examen par un juge d’instruction, trois l’ont été pour « violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique (PDAP) » et « faux en écriture publique », conformément aux réquisitions du parquet de Paris annoncées par le procureur de la République Rémy Heitz dimanche après-midi.

Ce sont les trois policiers au coeur de la vidéo du site internet Loopsider dévoilée jeudi qui a fait scandale et a conduit le chef de l’État Emmanuel Macron à dénoncer une « honte ».

Le policier soupçonné d’avoir jeté la grenade lacrymogène dans le studio de musique parisien où s'est produite l'agression a lui été mis en examen principalement pour des « violences volontaires » par PDAP sur Michel Zecler et sur les neuf jeunes qui se trouvaient dans le sous-sol du studio.

Le parquet avait requis la détention provisoire pour les trois premiers et un contrôle judiciaire pour le quatrième, mais le juge des libertés et de la détention en a écroué deux, le brigadier et le gardien de la paix, et laissé deux autres sous contrôle judiciaire.

Les avocats du groupe des trois, Me Anne-Laure Compoint qui en défend deux et Me Jean-Christophe Ramadier qui en défend un, n’ont pas souhaité commenté ces mises en cause à l'issue de l'audience du juge des libertés et de la détention, vers 4 h 30 du matin.

Dans un contexte politique tendu pour le gouvernement, qui s’est mis à dos journalistes, défenseurs des droits et une partie de la population avec une proposition de loi « Sécurité globale », le site Internet Loopsider avait fait éclater le scandale jeudi.

Loopsider avait publié la vidéo de Michel Zecler, violemment frappé — « pendant près de 6 minutes » — dans son studio de musique, le 21 novembre à Paris, par trois policiers, avant qu’un quatrième ne vienne jeter depuis l’extérieur une grenade lacrymogène à l’intérieur du local.

Une seconde vidéo diffusée vendredi montre les policiers frappant de nouveau M. Zecler dans la rue, une fois extrait du studio, entouré par de nombreux autres policiers qui ne réagissent pas.

M. Zecler a affirmé avoir été traité à plusieurs reprises de « sale nègre », ce que les policiers ont contesté.

En garde à vue face à Inspection générale de la police nationale, les trois principaux mis en cause ont fini « par admettre que les coups portés n’étaient pas justifiés » et ont affirmé « qu’ils avaient agi principalement sous l’effet de la peur », a rapporté le procureur. Ils ont invoqué « la panique » provoquée par le sentiment d’être coincés dans l’entrée du studio de musique de M. Zecler, qui se débattait selon eux.

« Honte »

Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, avait annoncé jeudi leur révocation « dès que les faits [seraient] établis par la justice ». Il les a accusés d’avoir « sali l’uniforme de la République ».

Le président, Emmanuel Macron, est sorti de son silence vendredi pour exprimer sa « honte » face à ces images. Pour la troisième fois cette année, le chef de l’État a demandé au gouvernement de lui faire rapidement des propositions « pour lutter plus efficacement contre toutes les discriminations » et « réaffirmer le lien de confiance » entre la population et les citoyens.

La présidence a indiqué avoir appelé Michel Zecler, un appel confirmé à l’AFP dimanche par l’avocate du producteur. Elle s’est également dite « satisfaite des réquisitions du parquet ».

Cette affaire a apporté de l’eau au moulin des opposants à la proposition de loi « sécurité globale », dont la mesure phare prévoit de restreindre la possibilité de filmer les forces de l’ordre.

« Violences inacceptables »

À l’appel de la coordination #StopLoiSécuritéGlobale, qui rassemble notamment des syndicats de journalistes et des associations de défense des droits de la personne, des « marches pour les libertés » et contre les violences policières, parfois émaillées de violences, ont réuni samedi plus de 130 000 personnes dans le pays, selon le ministère de l’Intérieur, 500 000 selon les organisateurs.

Selon un bilan du ministère de l’Intérieur, 98 policiers et gendarmes ont été blessés et 81 personnes interpellées. Plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ont montré des policiers frappés par des manifestants, des « violences inacceptables », selon Gérald Darmanin.

À Paris, un photographe indépendant syrien, collaborateur de Polka et de l’AFP, Ameer al Halbi, 24 ans, qui couvrait la manifestation, a été blessé au visage et à la tête. Une enquête, que réclamait l’AFP, a été ouverte.