Début du procès pour corruption de Nicolas Sarkozy

L'ancien président français, Nicolas Sarkozy, encourt dix ans de prison et un million d’euros d’amende pour corruption et trafic d’influence.
Photo: Jean-François Monnier Agence France-Presse­ L'ancien président français, Nicolas Sarkozy, encourt dix ans de prison et un million d’euros d’amende pour corruption et trafic d’influence.

Pour la première fois dans l’histoire de l’après-guerre, un ancien président français est jugé pour corruption : Nicolas Sarkozy comparaissait lundi dans l’affaire dite des « écoutes » aux côtés d’un ami avocat et d’un ancien haut magistrat. Avant lui, seul un autre ex-président, Jacques Chirac, avait été jugé — et condamné en 2011 à deux ans avec sursis pour détournement de fonds publics —, mais M. Sarkozy, 65 ans, est le premier chef d’État accusé de corruption.

Costume noir et chemise blanche, M. Sarkozy est arrivé vers 13 h 20 (7 h 20 à Montréal) entouré d’une nuée de caméras. Dans la salle d’audience, il a salué les avocats et les procureurs financiers.

Alors que la présidente du tribunal correctionnel, Christine Mée, déclinait son identité complète, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, il a répondu : « Sarkozy, c’est suffisant ». La magistrate a précisé que la procédure le prévoyait pour le casier judiciaire. Il a rétorqué, en haussant les épaules, « pour l’instant, je n’ai pas eu besoin de l’utiliser ». Il s’est ensuite assis sur un siège rouge au côté de son ami avocat et coprévenu Thierry Herzog. La chaise du troisième prévenu, Gilbert Azibert, est restée vide, son avocat ayant demandé le renvoi du procès pour son client âgé de 73 ans.

Pour M. Sarkozy, qui s’est dit « combatif » avant le procès, cette affaire est « un scandale qui restera dans les annales ». Retiré de la politique depuis sa défaite à la primaire de la droite fin 2016, M. Sarkozy encourt 10 ans de prison et un million d’euros d’amende pour corruption et trafic d’influence.

L’affaire des « écoutes » trouve son origine dans un autre dossier qui menace Nicolas Sarkozy : les soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. Dans ce cadre, les juges avaient décidé en septembre 2013 de placer l’ancien président sur écoute, et découvert, début 2014, qu’il utilisait une ligne secrète, sous le pseudonyme de « Paul Bismuth », pour communiquer avec son avocat Thierry Herzog.

Selon l’accusation, certaines conversations ont révélé l’existence d’un pacte de corruption : Nicolas Sarkozy a, par l’intermédiaire de Me Herzog, envisagé d’apporter un « coup de pouce » à M. Azibert pour l’aider à obtenir un poste dans la Principauté de Monaco qu’il convoitait, mais qu’il n’a jamais obtenu.

En contrepartie, selon le parquet, ce haut magistrat a fourni des informations, couvertes par le secret, sur une procédure engagée en cassation par M. Sarkozy en marge d’un autre dossier (affaire Bettencourt), et a tenté d’influer sur ses collègues.

Après avoir bénéficié d’un non-lieu dans l’affaire Bettencourt fin 2013, Nicolas Sarkozy avait en effet saisi la Cour de cassation pour faire annuler la saisie de ses agendas présidentiels, susceptibles d’intéresser la justice dans d’autres procédures.

Pacte de corruption

Dans les discussions avec son avocat, socle de l’accusation, l’ex-président s’engageait à intervenir en faveur du juge Azibert. « Moi, je le fais monter », « je l’aiderai », disait-il ainsi à Me Herzog.

Peu après, il déclare qu’il a renoncé à faire « la démarche » auprès des autorités monégasques. Pour les enquêteurs, ce revirement pourrait venir de la découverte par les deux hommes que leurs téléphones officieux étaient sur écoute. « Tout ça, ce sont des petits bouts de phrase extraits d’un contexte », a balayé lundi matin sur France Info Paul-Albert Iweins, avocat de M. Herzog, évoquant uniquement « des conversations entre amis de très longue date ».

Dans un réquisitoire sévère en octobre 2017, le parquet national financier avait comparé les méthodes de M. Sarkozy à celles d’« un délinquant chevronné ».  

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