La fronde contre le plan de relance de l’Union européenne s’étend

Dans un communiqué diffusé sur Twitter, le premier ministre hongrois, Viktor Orban, a argumenté que l’Europe serait en mesure d’«utiliser des moyens financiers pour faire chanter les pays qui s’opposent à l’immigration» si le plan de relance était validé.
Photo: Yves Herman Pool via Agence France-Presse Dans un communiqué diffusé sur Twitter, le premier ministre hongrois, Viktor Orban, a argumenté que l’Europe serait en mesure d’«utiliser des moyens financiers pour faire chanter les pays qui s’opposent à l’immigration» si le plan de relance était validé.

La Hongrie et la Pologne, rejointes par la Slovénie, ont de nouveau refusé mercredi que le versement de fonds européens soit lié au respect de l’État de droit, alors que d’autres pays de l’Est affichent leur attachement à la démocratie.

Le Parlement européen s’est, quant à lui, montré inflexible, écartant toute renégociation, après que Hongrois et Polonais ont mis leur veto à l’adoption du budget de l’Union européenne (UE) et à son plan de relance face à la crise de la COVID-19.

« Aucune autre concession ne sera faite de notre côté », ont affirmé dans une déclaration son président David Sassoli et les chefs des groupes politiques. « Les dirigeants du Parlement européen regrettent profondément ce blocage et réaffirment que les accords conclus [tant sur le budget pluriannuel que sur l’État de droit] […] ne peuvent en aucun cas être rouverts ».

Dans un communiqué diffusé sur Twitter, le premier ministre hongrois, Viktor Orban, a argumenté que l’Europe serait en mesure d’« utiliser des moyens financiers pour faire chanter les pays qui s’opposent à l’immigration » si le plan était validé.

Ce dirigeant souverainiste entrouvre cependant pour la première fois la porte, en réclamant la mise en place de « critères objectifs » et la « possibilité d’un recours juridique ».

Le chef du gouvernement polonais, Mateusz Morawiecki, a lui aussi défendu une position de fermeté face à « l’oligarchie européenne ». « Nous disons “oui” à l’Union européenne, mais “non” au fait d’être punis comme des enfants », a-t-il lancé au Parlement à Varsovie, mettant en garde contre « un éclatement de l’UE ».

« Avancer sans les pays qui bloquent » ?

Pour tenter de sortir de la crise, l’Union européenne étudie des « solutions pratiques, qui peuvent passer par un certain nombre de clarifications techniques », a réagi le secrétaire d’État français aux Affaires européennes, Clément Beaune.

Mais, a-t-il prévenu, « nous regarderons s’il le faut en dernier ressort comment avancer sans les pays qui bloquent ».

L’UE s’est engagée dans un nouveau bras de fer avec Budapest, mais également avec Varsovie, deux capitales avec lesquelles les contentieux sont déjà nombreux.

La Hongrie et la Pologne, régulièrement accusées de ne pas respecter la séparation des pouvoirs, prennent en otage le budget et le plan de relance économique, dont l’adoption requiert l’unanimité des 27 États membres de l’Union européenne.

Elles rejettent l’introduction de cette clause inédite prévoyant des sanctions en cas de violation documentée.

Or les fonds européens représentaient en 2019 environ 3,3 % du produit national brut pour la Pologne et 4,48 % pour la Hongrie.

Le sujet devrait s’inviter jeudi à un sommet par visioconférence officiellement consacré à la crise de la COVID-19, tandis que la résistance fait tache d’huile.

Argent contre souveraineté

Mardi, alors que la Slovénie ne s’était pas opposée à l’adoption du budget la veille, son premier ministre, proche de Viktor Orban, a apporté son soutien aux deux frondeurs.

« Seule une instance judiciaire indépendante peut dire ce qu’est l’État de droit, pas une majorité politique », a écrit Janez Jansa dans une lettre adressée au président du Conseil européen Charles Michel, consultée mercredi par l’AFP.

Comme son homologue hongrois, le chef du gouvernement slovène est un fervent partisan de Donald Trump et n’a toujours pas reconnu les résultats de la présidentielle américaine.

Dans ce courrier de quatre pages, M. Jansa évoque l’expérience autoritaire vécue sous le communisme par de nombreux pays ayant rejoint l’UE après 2004, qui refuseraient aujourd’hui de céder encore des pans de leur souveraineté à la majorité qualifiée « contre de l’argent ».

Viktor Orban compare l’UE à une nouvelle « Union soviétique » dans laquelle les grands pays tenteraient de dicter aux autres la marche à suivre.

Pas d’union à l’est

Certains des membres les plus récents de la famille européenne ont toutefois tenu à rappeler que l’UE ne s’est pas installée dans un nouveau conflit Est-Ouest.

La Slovaquie et la République tchèque, qui font partie avec la Pologne et la Hongrie du groupe de Visegrad — dont une réunion est annoncée par visioconférence pour jeudi -, sont par exemple du côté de ceux qui veulent renforcer la démocratie.

La Roumanie, qui a elle aussi été dirigée par les communistes pendant des dizaines d’années, avait pris une position semblable dès lundi soir.

« L’État de droit est une protection importante pour garantir que l’argent des contribuables est dépensé de manière juste et efficace », a ainsi souligné son premier ministre libéral, Ludovic Orban.

« C’est un principe que tous les dirigeants européens devraient respecter », a-t-il estimé.

Les chefs d’État ou de gouvernement s’étaient mis d’accord en juillet, au terme de quatre jours et quatre nuits d’un sommet marathon, les Pays-Bas, l’Autriche et les pays du Nord, qui voulaient aller plus loin sur l’État de droit, ayant accepté un compromis.

Ils avaient adopté une feuille de route pour faire face à la crise économique, provoquée par la COVID-19, avec un plan de relance de 750 milliards d’euros adossé à un « cadre financier pluriannuel » (2021-2027) de plus de 1000 milliards d’euros.

À voir en vidéo