​Haut-Karabakh: l’Azerbaïdjan affirme avoir pris la ville stratégique de Choucha

À Bakou, de nombreux Azerbaïdjanais sont sortis dans les rues à l’annonce de la prise de la ville, brandissant des drapeaux de leur pays et faisant résonner les klaxons.
Photo: Tofik Babayev Agence France-Presse À Bakou, de nombreux Azerbaïdjanais sont sortis dans les rues à l’annonce de la prise de la ville, brandissant des drapeaux de leur pays et faisant résonner les klaxons.

L’Azerbaïdjan a affirmé dimanche que ses troupes avaient pris Choucha, au Haut-Karabakh, l’Arménie démentant aussitôt, mais reconnaissant que les combats faisaient rage pour le contrôle de cette ville stratégique.

La prise de Choucha serait une victoire majeure pour l’Azerbaïdjan après six semaines de combats au Haut-Karabakh, une région azerbaïdjanaise à majorité arménienne qui a fait sécession dans les années 1990.

Choucha, érigée au sommet d’une montagne, est située à seulement quinze kilomètres de la capitale régionale Stepanakert et sur la principale route reliant la république autoproclamée à l’Arménie, son principal soutien.

La ville est un symbole pour les Azerbaïdjanais, qui la considèrent comme un de leurs centres culturels majeurs. Elle était majoritairement habitée par des Azerbaïdjanais jusqu’à la fin des années 1980, même si les deux communautés coexistaient.

Ces derniers jours, les deux camps avaient fait état de violents combats autour de Choucha, signe des gains territoriaux de l’Azerbaïdjan au Haut-Karabakh depuis la reprise des combats, fin septembre.

Lors d’une allocution télévisée, le président Ilham Aliev a annoncé samedi « avec une fierté et une joie très grandes » que Choucha avait été « libérée ».

Le 8 novembre « entrera dans l’histoire du peuple azerbaïdjanais » comme le jour « où nous sommes revenus à Choucha », a-t-il ajouté, précisant que ses troupes iraient « jusqu’à la libération complète de tous les territoires occupés ».

« Libération proche »

L’Arménie a tout de suite démenti ces affirmations, un responsable du ministère de la Défense assurant que « le combat continue » à Choucha, où l’Azerbaïdjan a utilisé aujourd’hui « de nouvelles et nombreuses forces ».

« En dépit de lourds dégâts, la cité forteresse résiste aux coups de l’adversaire », a ajouté le gouvernement.

« Demain, avec l’aide de Dieu, la bataille de Chouchi [nom arménien de Choucha] prendra fin », a promis le responsable de la Défense, Artsrun Hovhannisyan. « Nous sommes meilleurs techniquement, nous sommes désormais en mesure de neutraliser l’avantage technologique de l’ennemi », a-t-il assuré, ajoutant : « nous combattons à domicile […], et l’hiver arrive ! ».

À Bakou, de nombreux Azerbaïdjanais sont sortis dans les rues à l’annonce de la prise de la ville, brandissant des drapeaux de leur pays et faisant résonner les klaxons.

« Je n’ai pas quitté la maison cette semaine, mais aujourd’hui, je suis sortie pour dire que Choucha a été libérée. On est heureux, félicitations à tout mon peuple », a déclaré à l’AFP une habitante de 32 ans, Charguia Dadachova.

À l’inverse, les habitants d’Erevan ne voulaient pas croire le président azerbaïdjanais. « Pour savoir qui contrôle Chouchi, nous écouterons les commandants de notre armée, pas Aliev. Mais dans tous les cas, je peux vous assurer que la guerre ne finira pas avec la prise » de la ville, assurait Arman, 50 ans.

L’annonce a été saluée par le président turc, Recep Tayyip Erdogan, dont le pays est l’allié de Bakou. « La libération de Choucha est aussi un signe que la libération des autres territoires occupés est proche », a-t-il déclaré dans un discours télévisé, ajoutant que « la joie de l’Azerbaïdjan est notre joie ».

M. Erdogan a eu samedi soir au téléphone une « discussion approfondie » sur le Haut-Karabakh avec Vladimir Poutine, selon le Kremlin. Le président russe avait également évoqué le sujet le même jour avec son homologue français, Emmanuel Macron.

« Nouvel ordre régional »

Signe de l’appui d’Ankara, M. Aliev a aussi rencontré dimanche les ministres turcs de la Défense et des Affaires étrangères.

Les combats opposent depuis fin septembre les soldats azerbaïdjanais et les séparatistes soutenus par l’Arménie pour le contrôle du Haut-Karabakh, région reconnue par la communauté internationale comme appartenant à l’Azerbaïdjan, mais qui échappe à son contrôle depuis 1994 et une guerre ayant fait 30 000 morts.

Cette reprise des hostilités a fait plus de 1250 morts, mais le nombre de victimes est probablement beaucoup plus élevé, l’Azerbaïdjan ne communiquant pas ses pertes militaires.

Plusieurs tentatives de cessez-le-feu sous l’égide de Moscou, Paris et Washington — trois capitales formant le Groupe de Minsk de l’OSCE chargé de trouver une issue au conflit — ont volé en éclat sitôt entrées en vigueur.

Les combats sont observés de près par deux puissances régionales majeures, la Russie liée à une alliance militaire avec l’Arménie et la Turquie qui soutient fermement Bakou et a été accusée d’envoyer des mercenaires pro-turcs de Syrie se battre en Azerbaïdjan, ce qu’elle dément.

Pour Dmitri Trenin, du Centre Carnegie à Moscou, le conflit a atteint « un point décisif ». La Turquie et la Russie « finalisent les modalités d’un cessez-le-feu, un retrait arménien, des couloirs [humanitaires] et des soldats de la paix », a-t-il ajouté sur Twitter : « Un nouvel ordre régional en train d’être scellé. »