Les nouvelles restrictions de plus en plus contestées en Europe

En Allemagne, les restaurants, bars, cafés et toutes les institutions culturelles et sportives ont dû fermer leurs portes lundi pour les quatre prochaines semaines, ce qui a suscité un certain mécontentement dans la population.
Photo: Thomas Kienzle Agence France-Presse En Allemagne, les restaurants, bars, cafés et toutes les institutions culturelles et sportives ont dû fermer leurs portes lundi pour les quatre prochaines semaines, ce qui a suscité un certain mécontentement dans la population.

Frappés de plein fouet par la deuxième vague de l’épidémie de coronavirus qui a déjà provoqué plus de 1,2 million de décès dans le monde, plusieurs pays européens imposent de nouvelles mesures malgré une contestation qui va croissant. L’épidémie n’épargne pas même le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui a annoncé dimanche soir s’être placé en quarantaine après avoir été en contact avec une personne déclarée positive à un test pour la COVID-19. L’OMS a précisé lundi qu’il n’avait pas de symptômes et ne serait pas testé à ce stade.

À ce jour, au moins 1 200 042 morts, pour 46 452 818 cas, ont été déclarés dans le monde, selon un comptage réalisé par l’AFP à partir de sources officielles lundi matin.

Si près d’un décès sur cinq a eu lieu aux États-Unis, pays le plus endeuillé au monde avec 230 996 morts pour 9 207 364 contaminations, l’Europe est la région où la pandémie progresse le plus vite actuellement.

Le nombre de décès liés à la COVID-19 en 24 heures a ainsi dépassé pour la première fois la barre des 400 en France, à 418, portant le total à plus de 37 435 décès dans ce pays depuis le début de l’épidémie. Cette progression est invoquée par les gouvernements européens pour imposer de nouvelles mesures, au risque d’aggraver les tensions.

Le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte, devait ainsi dévoiler lundi soir les détails d’un couvre-feu nocturne national et de restrictions de voyages. « Restons unis dans ce moment dramatique », a-t-il dit. « La priorité est la défense de la santé. » Un pari risqué après les affrontements qui ont opposé samedi à Rome la police à des manifestants en colère.

En Allemagne, la chancelière, Angela Merkel, a averti que les fêtes de fin d’année, notamment Noël, seraient réduites à des réunions familiales limitées. « Ce sera un Noël dans les conditions imposées par le coronavirus », a averti la dirigeante, prévenant qu’il n’y aurait « pas de fêtes de la Saint-Sylvestre d’ampleur ». L’Allemagne « affronte des mois difficiles », a observé la chancelière, assimilant la pandémie à « un événement qui n’intervient qu’une fois par siècle ». Les restaurants, bars, cafés, mais aussi toutes les institutions culturelles et sportives ont dû fermer leurs portes lundi pour les quatre prochaines semaines, ce qui a suscité un certain mécontentement dans la population.

Andreas Tuffentsammer, patron du restaurant Beets & Roots à Berlin, estime que « cela ne peut pas continuer indéfiniment » alors que beaucoup d’établissements sont déjà « en hibernation ».

Ce sera un Noël dans les conditions imposées par le coronavirus. Il n’y aura pas de fêtes de la Saint-Sylvestre d’ampleur.

 

La Belgique, pays au monde où le coronavirus circule le plus, est elle aussi entrée lundi dans un deuxième confinement de six semaines, moins contraignant cependant que celui du printemps. Sur la place Flagey à Bruxelles, habituellement animée, seuls une poignée de badauds et quelques sans-abri étaient installés sur les bancs publics. Le télétravail est obligatoire partout où il est possible et les magasins non essentiels sont fermés. Cependant, fleuristes et libraires ont été autorisés à ouvrir.

« On est soulagés », a confié à l’AFP François Bukac, gérant du fleuriste L’Îlot fleuri, sur la place Jourdan, dans le quartier européen. Mais « le climat ambiant n’est pas propice à vendre quoi que ce soit », a-t-il déploré, constatant une chute d’activité allant jusqu’à 40 %. Le porte-parole interfédéral de la lutte contre le coronavirus a cependant constaté lundi que les infections et les hospitalisations « augmentent encore, mais moins rapidement ».

Tests obligatoires

En France, le Conseil scientifique qui guide le gouvernement a estimé que la deuxième vague de l’épidémie de COVID-19 que l’Europe combat actuellement n’est sans doute pas la dernière, et que l’on peut craindre « plusieurs vagues successives durant la fin de l’hiver ». Quelque 46 290 nouveaux cas ont été enregistrés dimanche en France, soit environ 10 000 de plus que la veille, alors que le pays est entré en confinement vendredi.

Celui-ci reste cependant moins strict que celui du printemps, et 12 millions d’élèves ont effectué lundi leur rentrée après les vacances de la Toussaint. Les établissements sont soumis à un protocole sanitaire renforcé, qui impose notamment le port du masque dès l’âge de six ans. Le gouvernement français a par ailleurs annoncé que des tests de dépistage de la COVID-19 « obligatoires » et rapides seraient déployés dans les aéroports à partir du 7 novembre pour les passagers arrivant de l’étranger hors Union européenne.

1 % des Slovaques

Au Royaume-Uni, pays le plus endeuillé d’Europe avec près de 47 000 morts, le premier ministre, Boris Johnson, a annoncé un reconfinement du pays de jeudi jusqu’au 2 décembre. Il s’est défendu d’avoir tardé à prendre cette mesure, ce dont l’accuse l’opposition travailliste. « Je pense qu’il était juste d’essayer toutes les options possibles pour tenter de contrôler ce virus à un niveau local », a-t-il plaidé devant la Chambre des communes. Ce reconfinement est « vraiment dévastateur » pour l’économie britannique, déjà à genoux en raison de la pandémie et du Brexit, a de son côté averti l’organisation patronale CBI. Lundi, le journal The Sun a révélé que le prince William, deuxième dans l’ordre de succession à la couronne britannique, avait été infecté par le nouveau coronavirus en avril et avait connu des difficultés respiratoires.

Quant à la Slovaquie, elle a annoncé lundi que les tests antigéniques passés ce week-end par les deux tiers de sa population n’avaient révélé que 1 % de cas positifs au coronavirus — un résultat à tempérer, ces tests rapides étant moins fiables que les PCR habituellement pratiqués.

Rare bonne nouvelle, le site inca du Machu Picchu, au Pérou, a rouvert dimanche, pour un nombre de visiteurs limité à 675 par jour.

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