L’horreur frappe encore la France

Dans toutes les églises de France, les cloches ont sonné pendant de longues minutes jeudi après-midi. Moins de deux semaines après la décapitation de l’enseignant Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine, c’est dans la basilique Notre-Dame de l’Assomption au centre de Nice que le terrorisme islamiste a frappé à nouveau. Dès 9 h du matin, une femme de 60 ans a été égorgée près du bénitier et deux autres personnes, dont le sacristain (55 ans), ont été assassinées au couteau. La troisième victime, une femme de 44 ans, a succombé à ses blessures après s’être réfugiée dans un bistrot. Ses dernières paroles furent pour ses proches : « Dites à mes enfants que je les aime. »

Toute la journée, les Niçois ont été sous le choc, eux qui gardent le souvenir du 14 juillet 2016, alors que sur la promenade des Anglais un terrible attentat au camion-bélier avait fait 86 morts et 458 blessés, dont de nombreux enfants.

Le président Emmanuel Macron s’est immédiatement rendu sur place. « C’est la France entière qui est attaquée », a-t-il déclaré. Moins martial que le 16 octobre dernier à Conflans-Sainte-Honorine, il s’est surtout adressé aux catholiques : « Je veux dire le soutien de la nation tout entière aux catholiques. […] La nation tout entière se tient à leurs côtés et se tiendra pour que la religion puisse continuer de s’exercer librement dans notre pays. »

Les églises menacées

À l’approche de la Toussaint, très célébrée en France, la sécurité des églises et des cimetières a été renforcée. Le nombre de militaires mobilisés est passé de 3000 à 7000. Ce n’est pas la première fois qu’un attentat vise les catholiques. Le 26 juillet 2016, le père Jacques Hamel avait été décapité par deux djihadistes dans son église à Saint-Étienne-du-Rouvray, près de Rouen. Selon Le Figaro, depuis plusieurs jours, la police était sur le qui-vive à la suite d’un communiqué islamiste appelant à des « attaques » contre les églises.

Je veux dire le soutien de la nation tout entière aux catholiques

Le Conseil des évêques de France a dénoncé un acte « innommable » et souhaité que « les chrétiens ne deviennent pas une cible à abattre ». « Je prie pour les victimes, pour leurs familles et pour le bien-aimé peuple français », a déclaré le pape François. De nombreuses messes ont été célébrées à travers le pays. Le Conseil français du culte musulman a appelé les fidèles à annuler toutes les festivités du Mawlid, commémorant la naissance du prophète.

Le djihadiste semble avoir choisi ce jour de fête musulmane pour frapper une église. Lors de son arrestation, alors qu’il était blessé, l’homme ne cessait de crier « Allahu akbar » pendant qu’on tentait de le soigner. L’assassin, toujours dans un état critique à l’hôpital, est un Tunisien de 21 ans appelé Brahim Aouissaoui qui est arrivé en Europe par Lampedusa le 20 septembre. Début octobre, il avait gagné la France après avoir été l’objet d’un avis d’expulsion en Italie, mais laissé en liberté. Jeudi soir, le procureur de la République antiterroriste, Jean-François Ricard, ne semblait pas exclure des complicités ni que le djihadiste ait pu être envoyé de Tunisie expressément pour commettre un attentat.

C’est le troisième attentat de suite commis en France en un peu plus d’un mois dont l’auteur est un étranger entré en France soit comme réfugié, soit avec ses parents ou tout simplement illégalement. À droite, on a appelé à une réponse ferme, quitte à amender la Constitution ou à en suspendre certains articles.

« Ce sont des actes de guerre qui sont menés au nom d’une idéologie que présentement nous ne nous mettons pas en situation de combattre », a déclaré la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen. « Nous ne gagnerons pas la guerre avec les lois de la paix », a renchéri le maire de Nice, Christian Estrosi (LR).

La France en ligne de mire

Depuis le début du procès des attentats de janvier 2015 et la republication des caricatures de Charlie Hebdo, le 2 septembre dernier, la France est visiblement dans l’œil des islamistes. Al-Qaïda avait aussitôt publié un communiqué menaçant directement la France. Ce même jeudi matin, un vigile du consulat général de France à Djeddah, en Arabie saoudite, a d’ailleurs été victime d’une attaque au couteau. Les Français sur place ont été invités à la plus grande prudence. À Lyon, un homme connu des services de sécurité a aussi été appréhendé en djellaba et en treillis alors qu’il brandissait une lame.

Depuis une semaine, le pays a dû subir les foudres du président turc, Recep Tayyip Erdogan, ainsi que les appels au boycottage dans de nombreux pays musulmans. Sans compter l’appel au meurtre de l’ancien premier ministre malaisien Mahathir Mohamad qui a écrit ce qui suit sur Twitter : « Au cours de leur histoire, les Français ont tué des millions de gens. Beaucoup étaient musulmans. Les musulmans ont le droit d’être en colère et de tuer des millions de Français pour les massacres du passé. »

À l’Assemblée nationale, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a tenté de calmer le jeu en adressant un message de paix au monde musulman. « N’écoutez pas les voix qui cherchent à attiser la défiance, a-t-il déclaré. Ne nous laissons pas enfermer dans les outrances d’une minorité de manipulateurs. » Dans un communiqué, le ministère turc des Affaires étrangères a condamné l’attentat de Nice.

Alors que s’achevait, en mode virtuel, le Festival de Cannes, un tapis noir a remplacé l’habituel tapis rouge pour la montée des marches du Palais des festivals.

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