L’Espagne instaure un couvre-feu pour briser la deuxième vague

Le couvre-feu durera en principe de 23h à 6h, avec la possibilité pour les régions d’avancer ou de retarder d’une heure son début, en fonction des caractéristiques locales.
Photo: Alvaro Barrientos Associated Press Le couvre-feu durera en principe de 23h à 6h, avec la possibilité pour les régions d’avancer ou de retarder d’une heure son début, en fonction des caractéristiques locales.

L’Espagne s’est ajoutée dimanche à la liste de plus en plus fournie des pays européens ayant recours à l’état d’urgence sanitaire et au couvre-feu pour affronter la deuxième vague de la pandémie de COVID-19.

Confronté à une explosion des cas de coronavirus dans le pays, le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, a annoncé l’instauration avec effet immédiat d’un état d’urgence sanitaire pour une durée de plus de six mois sur tout le territoire, ainsi qu’un couvre-feu partout au pays, sauf dans les îles Canaries.

Comme le prévoit la Constitution, l’« état d’alerte » — nom exact de ce régime d’exception correspondant à un état d’urgence sanitaire — aura une durée initiale de 15 jours.

Mais M. Sanchez a indiqué qu’il demanderait ensuite aux Cortés (chambre espagnole des députés) « de le prolonger jusqu’à début mai », mentionnant la date du 9 mai.

« La situation est extrême »

Concernant le couvre-feu, il a indiqué qu’il durerait en principe de 23 h 00 à 06 h 00, avec la possibilité pour les 17 régions du pays d’avancer ou de retarder d’une heure son début et sa fin, en fonction des caractéristiques locales.

Au cours des derniers jours, plusieurs pays européens — la Belgique, la France et la Slovénie -, ainsi que des régions italiennes ont dû se résoudre à proclamer des couvre-feux nocturnes afin de réduire les interactions sociales et les rassemblements, considérés comme les vecteurs principaux de transmission de la maladie.

 

Sur un continent, où tous les voyants sont au rouge, parfois écarlate, l’Espagne ne fait pas exception à la règle.

Elle est ainsi devenue mercredi le premier pays de l’Union européenne — et le sixième au monde — à dépasser le million de cas de COVID-19, alors même que M. Sanchez indiquait vendredi que le nombre réel de personnes infectées par le coronavirus depuis son apparition en Espagne était déjà supérieur à trois millions. Le nombre de décès est proche de 35 000.

« La situation que nous traversons est extrême », a-t-il déclaré dans une allocution télévisée à l’issue d’un Conseil des ministres extraordinaire de plus de deux heures au cours duquel ont été adoptées ces mesures.

Dans ce contexte, « l’état d’alerte constitue l’outil le plus efficace pour infléchir la courbe des contagions », a-t-il assuré.

Seul l’archipel des Canaries, situé au large des côtes nord-ouest du continent africain, où l’incidence de la COVID-19 est faible, échappera au couvre-feu.

Les personnes allant travailler ou nécessitant des soins ou des médicaments ne seront pas soumises à l’interdiction de se déplacer pendant le couvre-feu.

Le but de cet état d’urgence sanitaire est de fournir le cadre juridique permettant d’éviter que les mesures de restriction des libertés prises pour lutter contre la COVID-19 — à commencer par le couvre-feu — soient annulées par les tribunaux, ce qui s’était produit il y a quelques jours au pays basque.

« Restons chez nous »

M. Sanchez a souligné que l’état d’alerte et le couvre-feu étaient des mesures d’exception rendues nécessaires par la gravité de la situation sanitaire et qu’il y serait mis fin avant le délai de six mois si l’évolution de la situation le permettait.

« Je demande à tous les partis politiques de soutenir l’état d’alerte », a-t-il dit, appelant à « l’unité », dans une invitation très claire au Parti populaire (PP, opposition de droite), qui s’est toujours montré opposé à ce régime d’exception, le considérant comme inutile et contre-productif pour l’économie.

Mais même si sa coalition est minoritaire à la chambre, M. Sanchez sait déjà qu’il disposera des voix nécessaires pour renouveler le mois prochain cet état d’alerte, les partis nationalistes basque et catalan, ainsi que le petit parti de centre-droit Ciudadanos, pourtant allié du PP, ayant appelé de leurs vœux cette mesure.

Il s’agira du deuxième état d’urgence sanitaire au niveau national en Espagne depuis le début de la pandémie de COVID-19, le premier, destiné à contenir la première vague, ayant duré du 15 mars au 21 juin.

Le premier ministre a toutefois souligné que ce nouvel état d’alerte était très différent de celui du printemps, au cours duquel les Espagnols avaient vécu dans un confinement à domicile quasi-total, l’un des plus stricts au monde.

M. Sanchez avait affirmé vendredi qu’il fallait « à tout prix » éviter un nouveau confinement en raison de son impact dramatique sur la vie sociale et de son coût économique terrible.

Aussi a-t-il exhorté ses compatriotes à réduire au strict minimum leurs sorties jusqu’à nouvel ordre, indépendamment du couvre-feu.

« Restons chez nous autant que possible », a-t-il lancé. « Plus nous restons à la maison, plus nous sommes protégés et plus les autres le sont ».

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