Dernière soirée avant le couvre-feu pour 20 millions de Français

<p>Ce sera donc «chacun chez soi de 21 h à 06 h» dans les zones concernées, à moins d’avoir en main une attestation dérogatoire.</p>
Photo: Jeff Pachoud Archives Agence France-Presse

Ce sera donc «chacun chez soi de 21 h à 06 h» dans les zones concernées, à moins d’avoir en main une attestation dérogatoire.

Paris et huit autres métropoles françaises s’apprêtent à vivre une dernière soirée sans entraves avant l’entrée en vigueur des couvre-feux nocturnes, au moment où la France fait face à une montée angoissante des cas de COVID-19.

Plus de 30 000 nouveaux cas ont été recensés en 24 heures, un record, dans un pays qui compte plus de 33 000 morts depuis le début de l’épidémie.

Le couvre-feu concerne Paris et sa région, Lyon, Lille, Toulouse, Montpellier, Saint-Étienne, Aix-Marseille, Rouen et Grenoble, soit quelque 20 millions d’habitants, et sera en vigueur pour quatre semaines minimum, et au-delà si le Parlement l’approuve, Emmanuel Macron ayant évoqué le 1er décembre.

Ce sera donc « chacun chez soi de 21 h à 06 h » dans les zones concernées, à moins d’avoir en main une attestation dérogatoire pour aller ou revenir du travail, pour des raisons de santé, pour visiter un proche en situation de dépendance ou sortir son animal de compagnie.

Comme pendant le confinement au printemps, cette attestation, disponible sur le site du gouvernement, sera obligatoire. Les contrevenants s’exposent à une amende de 135 euros, voire à de la prison en cas de multirécidive.

Dans toutes ces villes, les soirées au restaurant vont devoir être écourtées, ce qui provoque l’ire de la profession. « Je n’ai jamais vu ça en 50 ans que je suis ici. On va fermer le soir : qu’est-ce qu’on peut faire d’autre ? Il faut que nos employés soient dehors à 21 h », s’insurge Stain Roman, gérante de La mère Buonavista à Marseille (sud-est)

« Les Français acteurs »

Le gouvernement défend, lui, la seule mesure qui permet d’éviter un reconfinement, qui terrorise les Français et mettrait l’économie encore plus à genoux.

Selon l’exécutif, les couvre-feux n’auront pas d’impact sur la circulation du virus avant au moins deux à trois semaines.

Le bond actuel des nouveaux cas fait craindre une saturation des hôpitaux, alors que la situation est déjà tendue dans certaines régions, comme l’Île de France, où le taux d’occupation des lits en réanimation par des patients atteints de la COVID-19 dépasse déjà 40 %.

Pour l’ensemble du pays, le nombre des patients actuellement hospitalisés en réa est en nette hausse ces derniers jours et s’établit à 1741, sur une capacité totale de 5800 lits, selon le ministre de la Santé Olivier Véran.

Aux urgences de l’hôpital de Montreuil, en banlieue parisienne, « c’est effrayant. J’ai l’impression de revenir à mars », confie à l’AFP le chef du service, Hocine Saal. La situation est pourtant différente, mais pire en partie. Car au printemps, le nombre de patients non infectés par la COVID-19 s’était effondré aux urgences.

« Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Toute la difficulté est de prendre en charge à la fois les patients atteints de la COVID-19 et non atteints », explique-t-il.

Assouplissement pour la culture ?

En visite dans un hôpital de Lille, le premier ministre Jean Castex a assuré son soutien aux soignants, après avoir promis jeudi une « indemnité compensatrice » de 110 à 200 euros bruts pour ceux qui renonceront à leurs congés.

Le couvre-feu risque de peser lourd sur le secteur de la culture et plusieurs voix se sont élevées pour un assouplissement qui permettrait aux spectateurs de théâtre ou de cinéma de rentrer chez eux après 21 h.

« Cela me paraît plaidable », a défendu la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, dans le quotidien Le Parisien. « Les gens mettent trente minutes ou même une heure pour rentrer » et « c’est leur billet qui servirait de justificatif ».

Contrairement au sport professionnel, le sport amateur ne bénéficiera lui d’aucune dérogation aux couvre-feux, a prévenu la ministre des Sports Roxana Maracineanu sur France Info.

Le reste de l’Europe n’est pas épargné et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) juge désormais la situation « très préoccupante ».

L’OMS avertit que des niveaux de mortalité « quatre à cinq fois supérieurs à ceux d’avril » pourraient survenir « d’ici janvier », si des « stratégies prolongées d’assouplissement » des restrictions étaient menées.