«Laissez nos enfants tranquilles», lance Orban aux LGBTQI

Viktor Orbán a promis en 2018 l’instauration d’une «nouvelle ère» culturelle visant à défendre les valeurs chrétiennes et traditionnelles.
Photo: Janek Skarzynski Agence France-Presse Viktor Orbán a promis en 2018 l’instauration d’une «nouvelle ère» culturelle visant à défendre les valeurs chrétiennes et traditionnelles.

La communauté gaie de Hongrie a regretté lundi d’être devenue un « bouc émissaire » pour le premier ministre Viktor Orbán, qui lui avait auparavant demandé de « laisser [les] enfants tranquilles » à la suite de la parution d’un livre jeunesse valorisant l’homosexualité. « La Hongrie a des lois sur l’homosexualité qui reposent sur une approche exceptionnellement tolérante et patiente », a déclaré le dirigeant souverainiste en interview à la radio publique dimanche.

« Mais il y a une ligne rouge à ne pas franchir », a poursuivi M. Orbán, fustigeant un « acte de provocation ». « Pour résumer mon opinion : laissez nos enfants tranquilles. »

Il était interrogé sur un recueil de contes et légendes récemment revisité par une association de la communauté lesbienne, gaie, bisexuelle, transgenre, queer et intersexe (LGBTQI), dans lequel Cendrillon est par exemple devenue lesbienne et un tueur de dragons, transgenre. D’autres minorités marginalisées y sont également représentées (handicapés, pauvres, Roms…).

« Maintenant que la peur des migrants ou de la pandémie ne suffit plus à mobiliser les électeurs, c’est la communauté LGBTQI que le pouvoir désigne comme bouc émissaire », a déploré auprès de l’AFP Tamas Dombos, membre du conseil d’administration de Hatter Society, la principale association gaie de Hongrie.

« Les médias publics font régulièrement référence à l’homosexualité comme à une maladie, les responsables gouvernementaux n’ont jamais condamné les attaques contre les LGBTQI, et la police n’offre pas de protection adéquate », a dénoncé M. Dombos. Un mouvement spontané de la société civile a réclamé le retrait du livre et une élue d’extrême droite en a déchiré un exemplaire en conférence de presse. L’association des libraires et des éditeurs a condamné ces réactions, les comparant à l’attitude des censeurs « nazis et communistes ». Revenu au pouvoir en 2010, le premier ministre hongrois a instauré une ère conservatrice dans un pays qui se voulait plutôt avant-gardiste : l’homosexualité y avait été dépénalisée dès le début des années 1960 et l’union civile entre conjoints de même sexe reconnue dès 1996.

Viktor Orbán a promis en 2018 l’instauration d’une « nouvelle ère » culturelle visant à défendre les valeurs chrétiennes et traditionnelles.

La Hongrie, membre de l’Union européenne depuis 2004, a retiré leur accréditation officielle aux études de genre, un champ de recherche interdisciplinaire sur les rapports sociaux entre les sexes. En mai dernier, Budapest a par ailleurs interdit l’inscription du changement de sexe à l’état civil, malgré de nombreuses protestations internationales. Le Parlement européen a activé en septembre 2018 une procédure dans le cadre de l’article 7 du traité de l’Union pour violation des valeurs de l’UE, notamment concernant des atteintes aux droits fondamentaux, qui peut en théorie déboucher sur des sanctions.

À voir en vidéo