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La capitale du Haut-Karabakh sous les bombes

Les deux camps ont dénoncé des bombardements ayant touché des zones  civiles.
Aziz Karimov Associated Press Les deux camps ont dénoncé des bombardements ayant touché des zones civiles.

Les combats entre Arméniens et Azerbaïdjanais pour le Haut-Karabakh faisaient toujours rage vendredi, de nouvelles frappes azerbaïdjanaises ayant touché Stepanakert, la principale ville de la région séparatiste, et Bakou répétant sa détermination, même si Erevan a entrouvert la porte d’une médiation. Selon les décomptes de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), au moins 28 combattants pro-Ankara ont péri depuis le début des hostilités.

Parallèlement, la France a accusé la Turquie d’envenimer la situation en envoyant, selon elle, des « djihadistes » de Syrie pour combattre avec les Azerbaïdjanais. Des accusations démenties par Bakou et qu’Ankara n’a pas officiellement commentées. Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a appelé vendredi les « tierces parties » à rester à l’écart du conflit dans le Haut-Karabakh, exprimant l’espoir que les informations sur la présence de « djihadistes syriens » en Azerbaïdjan soient infondées.

Témoignant de la recrudescence des combats, Stepanakert, 50 000 habitants environ, a été de nouveau touchée par des frappes dans la soirée, forçant les habitants à se réfugier dans les caves ou des abris, selon un correspondant de l’AFP.

Un responsable séparatiste, Grigori Martyrossian, a assuré aux journalistes que « des bâtiments publics, résidentiels et des infrastructures » ont été endommagés, ajoutant toutefois qu’il n’était pas question d’évacuer la ville.

Un autre haut représentant du Haut-Karabakh, Artak Beglarian, a précisé à la presse que « pour la première fois, Stepanakert a été touchée par des systèmes de missiles lourds » et fait état de dix blessés dans la ville.

Dans un communiqué, la diplomatie arménienne a amorcé vendredi une timide ouverture, se disant prête à « s’engager » avec les trois pays chargés de la médiation, France, États-Unis et Russie, pour « rétablir un cessez-le-feu ».

Mais au sixième jour des affrontements, les hostilités n’ont qu’une issue selon Bakou : le retrait arménien du Haut-Karabakh, région azerbaïdjanaise majoritairement peuplée d’Arméniens et qui a fait sécession à la chute de l’URSS. « Si l’Arménie veut voir la fin de cette escalade, […] l’Arménie doit mettre fin à l’occupation », a déclaré à la presse Hikmet Hajiyev, conseiller de la présidence azerbaïdjanaise.

« Il faut une capitulation »

« Il n’y a pas de peur, mais de la fierté […] Des négociations, c’est de la foutaise, il faut une capitulation », affirme Arkadi, 66 ans, un habitant de Stepanakert.

Dans le district de Fizouli, côté azerbaïdjanais, les enfants ont été évacués des localités proches du front, selon un photographe de l’AFP, et beaucoup d’hommes sont volontaires pour combattre.

Les deux camps ont dénoncé des bombardements ayant touché des zones civiles. Les séparatistes ont aussi accusé l’Azerbaïdjan d’avoir détruit un pont reliant l’Arménie au Karabakh.

Le Comité international de la Croix-Rouge s’est inquiété dans un communiqué du sort des civils, « pris entre deux feux », relevant que de nombreuses familles, « y compris des bébés et de jeunes enfants, passent des jours et des nuits à s’abriter dans les sous-sols non chauffés ». Il évoque aussi « des centaines de maisons et des infrastructures civiles comme les écoles et les hôpitaux détruits par l’artillerie lourde ».

Vendredi, la porte-parole de la diplomatie arménienne a de nouveau affirmé que « l’armée turque combat aux côtés de celle de l’Azerbaïdjan », ce que rejettent les intéressés. Une intervention directe turque constituerait un tournant majeur et une internationalisation de ce conflit dans une région où de multiples puissances sont en concurrence : Russie, Turquie, Iran, pays occidentaux…

Les deux camps ont largement ignoré les multiples appels de la communauté internationale à faire taire les armes, tel celui vendredi du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, réclamant « une fin immédiate des hostilités ».

Le Haut-Karabakh a fait sécession de l’Azerbaïdjan, entraînant une guerre au début des années 1990 qui avait fait 30 000 morts. Le front est quasi gelé depuis, malgré des heurts réguliers, jamais aucun traité de paix n’ayant été signé.

Selon les bilans très partiels communiqués depuis dimanche, 190 personnes sont mortes : 158 soldats séparatistes, 13 civils arméniens, et 19 civils azerbaïdjanais. Bakou ne communique pas ses pertes militaires. Le bilan pourrait cependant être bien plus lourd, l’Arménie affirmant que 2650 soldats azerbaïdjanais sont morts quand Bakou dit avoir tué 2300 militaires adverses.