La police russe veut interroger Alexeï Navalny en Allemagne

L’opposant russe Alexeï Navalny, en septembre dernier
Photo: Yuri Kadonnov Archives Agence France-Presse L’opposant russe Alexeï Navalny, en septembre dernier

La police russe a annoncé vendredi vouloir interroger en Allemagne l’opposant russe Alexeï Navalny, victime d’un empoisonnement par un agent neurotoxique selon Berlin, des accusations jugées anti-russes et infondées par Moscou.

La Russie a aussi balayé jusqu’ici les appels occidentaux à une enquête, malgré les menaces de sanctions.

Le département des transports du ministère russe de l’Intérieur a par contre indiqué qu’il allait demander à l’Allemagne que « des enquêteurs russes peuvent assister aux activités des enquêteurs allemands » avec l’opposant russe et lui « poser des questions », Alexeï Navalny étant sorti lundi du coma.

Cet organe est chargé d’investigations « préliminaires » présentées comme étant de routine, car l’adversaire numéro 1 du Kremlin a fait un malaise à bord d’un avion. Pour Moscou, rien n’indique cependant qu’un crime a été commis.

L’opposant, hospitalisé en Allemagne, a été empoisonné le 20 août alors qu’il était en Sibérie pour achever des enquêtes sur la corruption des autorités à l’approche d’élections locales le 13 septembre, selon ses partisans.

La Russie a déjà demandé que Berlin lui remette l’ensemble de son dossier sur l’opposant russe, notamment les analyses d’un laboratoire militaire allemand ayant identifié une substance de type Novitchok, un agent neurotoxique militaire soviétique, dans l’organisme de M. Navalny.

Les autorités russes affirment que leurs analyses, effectuées lors de l’hospitalisation de l’opposant à Omsk, en Sibérie, avant son transfert vers l’Allemagne, n’avaient révélé aucune substance toxique.

Elles ont à de nombreuses reprises remis en cause la véracité des informations allemandes.

« Il ne peut être question d’entamer une procédure criminelle [en Russie] sur la base d’analyses effectuées par la partie allemande, d’autant plus si elles ont été faites dans un laboratoire de l’armée », a encore dit vendredi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Tensions diplomatiques

Pour le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, l’Allemagne « cache soigneusement » les données dont elle dit disposer.

Le parquet de Berlin a lui indiqué vendredi avoir reçu des instructions pour répondre à la « demande d’aide judiciaire » de Moscou, y compris en fournissant des informations sur la santé de l’opposant, dans la mesure où celui-ci donnait son accord.

De son côté, l’Union européenne menace d’imposer des sanctions à la Russie, l’Allemagne n’excluant même plus de viser le projet russo-allemand de gazoduc Nord Stream 2, si Moscou ne lance pas une enquête crédible.

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a lui estimé que la tentative d’assassinat avait probablement été orchestrée par de « hauts responsables russes ».

Et vendredi, son adjoint Stephen Biegun a jugé « incroyable » que la Russie n’enquête pas alors qu’un « agent neurotoxique interdit, une arme chimique, a été utilisé sur le territoire de la fédération russe contre un citoyen russe ». Des accusations jugées « absurdes » en Russie.

Moscou a aussi accusé le gouvernement allemand d’utiliser l’affaire Navalny pour « discréditer » la Russie et prévenu qu’un refus de Berlin de satisfaire ses demandes d’accès au dossier serait considéré comme une « provocation grossière et hostile ».

L’affaire Skripal, prise 2 ?

Plusieurs opposants ou adversaires du Kremlin ont été empoisonnés ces dernières années. À chaque fois la Russie a rejeté les accusations la visant, alors que les puissances occidentales ont dit disposer des preuves irréfutables.

L’agent neurotoxique Novitchok avait déjà été utilisé contre l’ex-agent double russe Sergueï Skripal et sa fille Ioulia en 2018 en Angleterre. Selon les autorités britanniques, le GRU, le renseignement militaire russe, est le principal suspect.

Cette affaire avait déjà entraîné des sanctions contre la Russie.

Alexeï Navalny s’est imposé comme la bête noire du Kremlin ces dernières années en publiant des enquêtes sur la corruption des élites russes et de l’entourage du président Vladimir Poutine.

Sur la scène politique, son organisation, le Fonds de lutte contre la corruption, privilégie les élections locales et régionales pour présenter ou soutenir des candidats susceptibles de battre ceux du pouvoir.

Cette stratégie a rencontré un certain succès en septembre 2019 notamment lors de l’élection du parlement de Moscou, et les partisans de M. Navalny espèrent renouveler l’expérience à l’issue de scrutins dans une quarantaine de régions dimanche.

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