Des milliers de réfugiés toujours sans abri après l'incendie du camp de Moria

Les incendies de mardi et mercredi soir, qui ont détruit le camp surpeuplé et sordide de Moria, ont laissé près de 12 700 personnes sans abri, dont 4000 enfants.
Photo: Angelos Tzortzinis Agence France-Presse Les incendies de mardi et mercredi soir, qui ont détruit le camp surpeuplé et sordide de Moria, ont laissé près de 12 700 personnes sans abri, dont 4000 enfants.

Des milliers de demandeurs d’asile sans nourriture et sans eau erraient jeudi près du camp de Moria, sur l’île de Lesbos, ravagé par deux incendies consécutifs alors que les autorités grecques œuvraient pour leur assurer des abris temporaires

Des familles désespérées, souvent avec des enfants très jeunes, s’apprêtaient à passer une deuxième nuit en plein air, sans tentes, certaines sans couvertures.

« Nous avons tout perdu, nous sommes abandonnés à nous-mêmes, sans nourriture, sans eau, sans médicaments », soupire Fatma Al-Hani, une Syrienne de Deir-Zor, qui porte son enfant de deux ans dans les bras. Mercredi, elle a juste réussi à sauver des flammes ses papiers d’identité.

Certains demandeurs d’asile ont dû marcher jusqu’au village avoisinant pour trouver de l’eau.

Les incendies de mardi et mercredi soir, qui ont détruit le camp surpeuplé et sordide de Moria, ont laissé près de 12 700 personnes sans abri, dont 4000 enfants.

Le président français Emmanuel Macron a indiqué jeudi que Paris était en train de se coordonner avec Berlin pour accueillir des réfugiés, en mobilisant également d’autres pays européens. La France espère « entraîner le maximum d’autres pays européens dans cette solidarité », a-t-il dit peu avant une rencontre avec le premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis en Corse, île française en Méditerranée.

Tensions

De son côté, le gouvernement grec peine à secourir ces migrants et a appelé les autorités locales à coopérer pour trouver « une solution rapide » pour héberger les sans-abri.

Toutefois, certains habitants s’opposent au projet gouvernemental de créer un nouveau camp fermé.

Près des ruines du camp de Moria, des barrages ont été dressés jeudi pour tenter de bloquer les travaux d’installation de nouvelles tentes. « C’est l’occasion ou jamais de fermer définitivement Moria. Nous ne voulons pas d’un autre camp et nous allons nous opposer à tous les travaux entrepris », a indiqué à l’AFP Vaguélis Violatzis, président de la commune de Panagiouda.

Le gouvernement de droite au pouvoir depuis un an a durci la politique migratoire et promis la construction de nouveaux centres d’enregistrement fermés à Lesbos et sur les quatre autres îles de la mer Égée, où vivent au total plus de 24 000 personnes, soit quatre fois plus que leur capacité initiale.

Mais ces projets annoncés l’année dernière se sont heurtés aux vives réactions des habitants.

« Les incidents à Moria soulèvent des questions sérieuses sur la sécurité nationale, l’humanisme et la protection de la santé. C’est pourquoi la situation à Moria ne peut pas continuer », a souligné Stelios Petsas, porte-parole du gouvernement.

À l’intérieur de Moria, jonché de conteneurs et de tentes calcinés, un troisième feu s’est déclaré jeudi après-midi avant d’être rapidement circonscrit.

État d’urgence

La Protection civile grecque a déclaré « l’état d’urgence » à Lesbos, île de la mer Égée, forte de 85 000 habitants et principale porte d’entrée des migrants en Grèce en raison de sa proximité avec la Turquie.

Les incendies à Moria n’ont pas fait de victime, mais ont détruit surtout la partie principale du centre d’enregistrement et d’identification mis en place depuis 2015 à Lesbos pour limiter le nombre des exilés à destination de l’Europe.

Stelios Petsas a affirmé que de la nourriture sera distribuée aux sans-abri en coopération avec les ONG humanitaires.

Un traversier est arrivé jeudi matin au port de Mytilène, chef-lieu de l’île, pour héberger les familles les plus vulnérables, et deux autres bâtiments de la marine grecque s’y rendront prochainement pour servir d’abri temporaire.

Le gouvernement a ouvert une enquête pour déterminer les causes de ces incendies, tout en indiquant que des demandeurs d’asile seraient à l’origine des feux pour contraindre les autorités de les transférer en Grèce continentale. Mais Stelios Petsas a exclu tout transfert des demandeurs d’asile de Moria sur le continent à l’exception des mineurs non accompagnés.

Les incendies se sont déclarés au lendemain de la détection de 35 personnes contaminées par la COVID-19 ; ce camp avait été placé en isolement la semaine dernière après un premier cas. Le gouvernement grec a indiqué jeudi avoir accru « sa vigilance » dans les autres camps de migrants du pays, surtout dans ceux où l’isolement a été imposé à cause de la pandémie.

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