Une « révolution pacifique » est en cours en Biélorussie

À l’appel de la cheffe de l’opposition, près de 3000 personnes se sont rassemblées dans le centre de Minsk, mardi soir, tandis qu’un millier de partisans du président ont fait de même plus loin.
Photo: Sergei Gapon Agence France-Presse À l’appel de la cheffe de l’opposition, près de 3000 personnes se sont rassemblées dans le centre de Minsk, mardi soir, tandis qu’un millier de partisans du président ont fait de même plus loin.

La figure de proue de l’opposition biélorusse, Svetlana Tikhanovskaïa, a proclamé mardi qu’une « révolution pacifique » était en cours dans son pays, malgré la répression des autorités visant à juguler le mouvement de protestation contre le président Alexandre Loukachenko.

Le mouvement inédit de contestation du pouvoir de M. Loukachenko, qui dirige d’une main de fer la Biélorussie depuis 1994, entre dans sa troisième semaine. Si le nombre de manifestants ne semble pas faiblir, le chef de l’État a multiplié les déclarations et mises en scène martiales, doublées d’une répression accrue.

« Nous sommes une majorité désormais. Une révolution pacifique est en cours. Ce n’est pas une révolution géopolitique […] c’est une révolution démocratique » a lancé en anglais Svetlana Tikhanovskaïa, réfugiée en Lituanie, au cours d’une réunion par visioconférence devant des élus du Parlement européen. « Mon pays est en crise », a-t-elle déclaré, énumérant les arrestations, les disparitions et la mort de manifestants « au milieu de l’Europe ».

À son appel, environ 3000 personnes se sont rassemblées dans le centre de Minsk, mardi soir, tandis qu’environ 1000 partisans de M. Loukachenko ont fait de même dans un autre endroit de Minsk. Des dizaines d’enseignants ont aussi manifesté devant le ministère de l’Éducation.

Mme Tikhanovskaïa avait qualifié plus tôt la manifestation du 23 août de « plus grande de l’histoire de la Biélorussie », jugeant que les « tentatives de répression violente » n’avaient « pas dissuadé, mais seulement renforcé la résolution de la Nation ». Dimanche, quelque 100 000 personnes ont manifesté dans les rues de Minsk, comme elles l’avaient déjà fait le 16 août.

Le mouvement de contestation a été déclenché par l’annonce des résultats de la présidentielle du 9 août, donnant M. Loukachenko gagnant avec 80 % des voix et jugés frauduleux par l’opposition. Demandant « des élections libres et équitables », Mme Tikhanovskaïa dit être prête à « des négociations avec les autorités » et à « considérer la médiation d’organisations internationales », dans le respect de la « souveraineté de la Biélorussie ».

La Cour suprême a rejeté mardi sa requête de reconnaître les résultats de la présidentielle comme invalides. L’UE a pour sa part rejeté les résultats de l’élection et a promis des sanctions supplémentaires contre des responsables au pouvoir.

Le numéro 2 du département d’État américain, Stephen Biegun, a rencontré mardi le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, à Moscou, après s’être entretenu mardi à Vilnius avec Mme Tikhanovskaïa, qu’il a trouvée « très impressionnante ». M. Biegun a « condamné l’usage de la violence contre le peuple et exprimé son soutien à la souveraineté de la Biélorussie et au droit de son peuple à l’autodétermination », selon la porte-parole de l’ambassade des États-Unis en Russie.

Mais Alexandre Loukachenko refuse de céder. Il a qualifié les protestataires de « rats », exhorté les forces de l’ordre à mettre fin aux « troubles » et l’armée à défendre les frontières. Il s’est affiché dimanche fusil d’assaut à la main, le jour de la manifestation monstre de l’opposition.

Mardi, Sergueï Dilevski, un membre du « conseil de coordination » formé par l’opposition pour organiser la transition du pouvoir et président du comité de grève d’une importante usine de Minsk, a été condamné à dix jours de détention relativement à la manifestation non autorisée de dimanche et pour avoir « désobéi à un policier », selon l’opposition.

Les autorités ont aussi rapporté l’arrestation de 20 employés de Grodno Azot, important producteur d’engrais. Une enquête criminelle a par ailleurs été ouverte sur la formation du « conseil » de l’opposition, accusé de « menacer la sécurité nationale ».

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