L’UE rejette les résultats de la présidentielle biélorusse

Les manifestations contre la réélection d'Alexandre Loukachenko se sont poursuivies pour une 11e journée consécutive.
Photo: Sergei Gapon Agence France-Presse Les manifestations contre la réélection d'Alexandre Loukachenko se sont poursuivies pour une 11e journée consécutive.

L’Union européenne (UE) s’est dite mercredi « aux côtés » des Biélorusses et a rejeté le résultat de l’élection présidentielle ayant donné la victoire à Alexandre Loukachenko, qui a pour sa part ordonné aux forces de sécurité d’empêcher les « troubles » de continuer.

La crise en Biélorussie a fait l’objet d’un sommet extraordinaire de l’UE à l’issue duquel le président du Conseil européen, Charles Michel, a promis des sanctions supplémentaires contre un nombre « substantiel » de dirigeants du régime responsables de « violences, de répressions et de fraudes électorales ».

L’Union est « aux côtés » du peuple biélorusse, a dit Charles Michel, la chancelière allemande, Angela Merkel, précisant aux journalistes que les 27 ne reconnaissaient pas le résultat de l’élection du 9 août.

Alexandre Loukachenko, qui dirige la Biélorussie depuis 26 ans, fait face à des manifestations quotidiennes dans son pays depuis ce scrutin, qu’il clame avoir remporté avec 80 % des voix.

Avant ce sommet, la figure de proue de l’opposition, Svetlana Tikhanovskaïa, maintenant réfugiée en Lituanie, avait appelé les Européens à rejeter le résultat « falsifié » de la présidentielle, jugeant que M. Loukachenko avait « perdu toute légitimité ».

Mais celui-ci exclut toujours cette idée et a nommé mercredi son gouvernement dans lequel le premier ministre, Roman Golovtchenko, le ministre de l’Intérieur, Iouri Karaïev, et le ministre des Affaires étrangères, Vladimir Makeï, ont gardé leurs postes.

M. Loukachenko a également réuni mercredi son Conseil de sécurité, ordonnant de renforcer les contrôles aux frontières et de faire en sorte qu’il n’y ait « plus aucun trouble à Minsk », car « les gens sont fatigués, demandent la paix et la tranquillité ».

« Tentatives d’ingérence »

Les dirigeants européens avaient déjà exhorté mardi Vladimir Poutine à faire pression sur Alexandre Loukachenko, dont il est un allié essentiel, afin de favoriser le dialogue.

Le Kremlin a une nouvelle fois estimé mercredi que la crise politique chez son voisin biélorusse est une « affaire intérieure » et a condamné les « tentatives d’ingérence étrangères ».

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a quant à lui accusé les Européens de chercher à « s’ingérer » pour défendre leurs propres intérêts « géopolitiques ».

L’attitude de la Russie, le plus proche partenaire politique, économique et militaire de la Biélorussie, sera cruciale pour l’issue de la crise.

Leurs relations traversent souvent des turbulences, M. Loukachenko estimant que Moscou cherche à vassaliser son pays. Mais il s’est significativement rapproché ces derniers jours de M. Poutine, qu’il a appelé plusieurs fois au téléphone.

Pour sa part, le premier ministre biélorusse, Roman Golovtchenko, s’est entretenu mercredi au téléphone avec son homologue russe Mikhaïl Michoustine.

Soutien polonais

Svetlana Tikhanovskaïa, une novice en politique de 37 ans, a bouleversé la campagne présidentielle en Biélorussie en rassemblant des foules inédites à ses rassemblements partisans et en obtenant le soutien d’autres opposants.

Elle avait remplacé au pied levé son mari Sergueï, arrêté en mai après avoir fait acte de candidature. Accusé notamment de « troubles à l’ordre public », il encourt plusieurs années de prison.

L’un des alliés de Mme Tikhanovskaïa, Mme Véronika Tsepkalo, et son mari, l’opposant Valéri Tsepkalo, ont été reçus mercredi à Varsovie par le chef de la diplomatie polonaise, Jacek Czaputowicz, qui a promis « du soutien » à la société civile biélorusse, selon un tweet du ministère polonais des Affaires étrangères.

Les protestations ont fait un troisième mort mercredi, un manifestant de 43 ans blessé par balle à la tête, selon ses proches et les médias locaux. Il avait participé le 11 août à Brest, dans le sud-ouest du pays, à un rassemblement pendant lequel la police avait reconnu avoir tiré à balles réelles.

L’opposition s’est prononcée mercredi sur les réseaux sociaux en faveur d’une nouvelle manifestation d’envergure dimanche dans tout le pays.

Après l’élection du 9 août, quatre soirées de manifestations avaient été matées par la force. Bilan : au moins trois morts, des dizaines de blessés et plus de 6700 personnes arrêtées, dont beaucoup ont dénoncé des passages à tabac et des actes de torture.

L’opposition a formé un « Conseil de coordination » destiné à « faciliter la transition pacifique du pouvoir par le dialogue ». À l’issue de sa première réunion mercredi, ce conseil, qui comprend notamment dans son présidium la lauréate du prix Nobel de littérature Svetlana Alexievitch, a appelé à l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle, « conformément aux normes internationales », et à l’« ouverture immédiate des négociations » avec les autorités.

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