L’Écosse lance une rentrée scolaire délicate au Royaume-Uni

Des élèves arrivent à l'école secondaire Kelso alors que les écoles écossaises ont commencé à rouvrir, mardi 11 août 2020.
Photo: Owen Humphreys Associated Press Des élèves arrivent à l'école secondaire Kelso alors que les écoles écossaises ont commencé à rouvrir, mardi 11 août 2020.

« Nerveux » ou « heureux », les enfants écossais ont commencé mardi à reprendre le chemin de l’école pour la première fois en cinq mois, donnant le coup d’envoi d’une rentrée scolaire délicate au Royaume-Uni en pleine résurgence de l’épidémie de nouveau coronavirus.

Confinées d’un seul bloc en mars, les nations du Royaume-Uni, pays le plus endeuillé en Europe avec plus de 46 000 morts, gèrent le retour à l’école en ordre dispersé.

En Angleterre certaines classes avaient repris dans la confusion en juin mais en Écosse, les autorités ont choisi d’attendre le 11 août pour faire rentrer progressivement ses écoliers, en commençant mardi par la région des Borders.

« Je suis un peu nerveuse », a confié à l’agence britannique PA Isla Findlay, 16 ans, pour son retour au lycée de Kelso (sud-est de l’Écosse). « Je suis contente de revoir mes amis, mais comment vont-ils gérer tout cela ? C’est un peu effrayant ».

Son camarade Alex Bisset, 17 ans, est lui « heureux que les choses reviennent lentement à la normale » mais pense que « cela ne va pas durer » : « J’ai l’impression que dans peu de temps, il y aura une autre épidémie et qu’on sera tous renvoyés chez nous ».

Les élèves, qui devraient tous être de retour en classe dans une semaine, ne seront pas contraints de porter des masques ou de respecter les distanciations physiques entre eux, provoquant l’inquiétude au sein du corps enseignant.

Selon un sondage réalisé par le syndicat d’enseignants écossais EIS, seuls 18 % des 24 000 professeurs interrogés étaient convaincus qu’il n’était pas dangereux de retourner à l’école.

La Première ministre écossaise Nicola Sturgeon a jugé lundi « compréhensible » une certaine « anxiété de la part des enfants, parents et enseignants », mais assuré que la réouverture des écoles était « essentielle » pour l’éducation et « le bien-être » des élèves.

L’Écosse a enregistré près de 19 000 cas positifs et 2500 morts. Mercredi dernier, l’apparition d’un foyer de contamination à Aberdeen y a entraîné la fermeture des pubs et restaurants et le retour de limitations sur les déplacements. Malgré tout, les écoliers de cette ville doivent reprendre les cours cette semaine.

Chercheurs mécontents

En Angleterre voisine, où le gouvernement de Boris Johnson a compétence directe en matière d’éducation, le nombre de contaminations repart également à la hausse et des restrictions ont été réimposées dans certaines zones du Nord.

L’inquiétude monte donc à l’approche de la rentrée, le 1er septembre, après avoir divisé avant les grandes vacances d’été. Le gouvernement était revenu en arrière sur sa volonté de rouvrir toutes les classes face à l’opposition des syndicats et la désapprobation des parents.

Pour maintenir l’épidémie sous contrôle, certains experts se demandent si rouvrir les écoles ne nécessite pas de refermer d’autres lieux de rassemblement, comme les pubs.

Boris Johnson a promis que les établissements scolaires seraient « les derniers « à fermer en cas de reconfinement local, après avoir indiqué dimanche dans une tribune faire de la rentrée en septembre une « priorité nationale ».

Cette décision est motivée par une étude menée par les autorités sanitaires anglaises (PHE), selon laquelle il y aurait « très peu de preuves que le virus se transmette à l’école ». Elle montre, selon le président du Collège royal de pédiatrie Russell Viner, que les enfants constituent des « acteurs mineurs dans la transmission du virus ».

Mais le Times affirmait mardi que cette étude encore à paraître montrait aussi que les adolescents transmettaient le virus tout autant que les adultes. Dans l’article, les chercheurs qui travaillent dessus expliquent leur « mécontentement » face à « la façon dont les ministres ont utilisé les résultats, qui n’ont pas encore été entièrement analysés ».

Face à l’incertitude, le syndicat de chefs d’établissements propose d’alterner la présence des élèves une semaine sur deux, afin de limiter les contacts. Un autre syndicat de l’éducation (NEU) a lui fourni à ses membres une liste de 200 mesures sanitaires pour se protéger efficacement de la COVID-19.

En exhortant les enseignants à monter au créneau si elles n’étaient pas mises en place, NEU s’est attiré les foudres du député conservateur Robert Halfon, qui a accusé les syndicats de vouloir saboter ce retour à l’école.

Avec Charlotte Durand à Londres

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