Un symbole de la lutte féministe disparaît

Gisèle Halimi, photographiée à Paris en novembre 2003
Photo: Jack Guez Agence France-Presse Gisèle Halimi, photographiée à Paris en novembre 2003

Infatigable combattante pour la cause des femmes et le droit à l’avortement, l’avocate française, ancienne députée et autrice Gisèle Halimi est décédée mardi à 93 ans. Au Québec, des militantes de la lutte pour le droit à l’avortement saluent son travail dont les échos ont dépassé la République.

Elle « s’est éteinte dans la sérénité, à Paris », a déclaré l’un de ses trois fils, Emmanuel Faux, estimant que sa mère, qui était entourée de ses proches, avait eu « une belle vie ».

Son parcours aura été marqué dès l’enfance. Née en 1927 en Tunisie, elle sera durablement marquée par la répression sanglante d’une manifestation à Tunis en 1938, favorable à l’émancipation des Tunisiens. Elle deviendra plus tard une des avocates de la cause anticoloniale.

La jeune femme s’inscrit au Barreau de Tunis en 1949 et défend des syndicalistes et des indépendantistes tunisiens. Elle devient l’un des principaux avocats des militants du Front de libération nationale (FLN) et défend, en 1960, Djamila Boupacha, militante du FLN accusée d’avoir déposé une bombe à Alger, violée et torturée par des militaires français pour lui arracher des aveux.

« L’injustice m’est physiquement intolérable », disait souvent Mme Halimi. « Toute ma vie peut se résumer à ça. Tout a commencé par l’Arabe qu’on méprise, puis le Juif, puis le colonisé, puis la femme », confiait-elle au Journal du dimanche en 1988.

Une lutte « transnationale »

Fondatrice en 1971 avec les écrivains Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir de l’association pour le droit à l’avortement Choisir la cause des femmes, elle est la même année l’une des signataires du célèbre manifeste des 343 femmes disant publiquement avoir avorté.

« Avocate irrespectueuse », selon le titre d’un de ses ouvrages, elle se fait connaître en 1972 lors du procès emblématique « de Bobigny », en région parisienne, où elle défend une mineure jugée pour avoir avorté à la suite d’un viol. C’est ainsi que l’avocate franco- tunisienne a ouvert la voie à la légalisation de l’avortement en France et s’est fait connaître du public français. Il faut attendre en 1978, lors d’un autre procès pour l’adoption d’une nouvelle loi, pour que le viol soit reconnu comme un crime.

Au Québec, au moment où la lutte pour l’avortement bat également son plein dans les années 1970, le nom de Gisèle Halimi fait écho.

« Elle a joué un rôle très important parce qu’elle a décidé de mener une bataille judiciaire sur la question de l’avortement. D’une certaine manière, elle a contribué à mettre sur le champ juridique et judiciaire, une question sociale », explique Yolande Cohen, historienne, professeure à l’UQAM et autrice, qui a rencontré Mme Halimi lors de son passage au Québec en 1993.

« À chaque fois qu’on s’apercevait qu’ailleurs en Occident il y avait des luttes féministes qui ciblaient le droit à l’avortement, et éventuellement toutes les autres réalités de l’oppression des femmes, ça renforçait nos convictions. Ça donnait l’impression de faire partie d’un mouvement qui était international, même s’il n’y avait pas de structure internationale nous reliant », soulève Lise Moisan, l’une des fondatrices du magazine québécois d’actualité féministe La vie en rose, avec Francine Pelletier, Sylvie Dupont, Ariane Émond et Claudine Vivier.

« Cela fait 70 ans que j’ai prêté serment et, si c’était à refaire, croyez-moi, je prendrais les mêmes engagements, je ferais exactement le même choix, concluait celle dont le cabinet « était encore ouvert » pour faire «  pousser des idées  ».

« J’espère que son décès soulignera ses faits d’armes et fera ressusciter son image et son héritage aux yeux des jeunes avocates », souligne Me Claire Brassard, qui a elle aussi eu l’occasion de rencontrer la femme de conviction.

Avec l’Agence France-Presse