La position polonaise sur la violence sexiste inquiète l’Europe

Des femmes habillées comme les personnages de «La servante écarlate» manifestaient vendredi contre l'intention du gouvernement polonais de se retirer de la «Convention d’Istanbul».
Photo: Czarek Sokolowski Associated Press Des femmes habillées comme les personnages de «La servante écarlate» manifestaient vendredi contre l'intention du gouvernement polonais de se retirer de la «Convention d’Istanbul».

L’intention du gouvernement conservateur nationaliste polonais de dénoncer la « Convention d’Istanbul », un traité international qui vise à mieux protéger les femmes de la violence, commence à susciter une profonde inquiétude en Europe.

Dimanche, plusieurs députés européens ont fait part de leur effarement sur Twitter face à cette décision, annoncée par plusieurs membres du gouvernement.

« Il est honteux qu’un État membre de l’UE veuille se retirer de la Convention d’Istanbul », a twitté l’Espagnole Iratxe Garcia Perez, présidente du groupe S & D au Parlement européen, se disant « aux côtés des citoyens polonais qui descendent dans la rue pour exiger le respect des droits des femmes ».

« Utiliser la lutte contre la Convention d’Istanbul comme un instrument pour afficher son conservatisme est une nouvelle manœuvre pitoyable et pathétique de la part de certains au sein du gouvernement polonais », a écrit de son côté le Roumain Dacian Ciolos, président du groupe Renew.

Adoptée en 2011 par le Conseil de l’Europe, une organisation paneuropéenne de défense des droits de l’homme et de l’État de droit installée à Strasbourg, la « Convention d’Istanbul » est le premier outil supranational à fixer des normes juridiquement contraignantes en vue de prévenir la violence sexiste.

Quitter cette convention « serait fortement regrettable et serait un important recul dans la protection des femmes contre la violence en Europe », s’est inquiétée dimanche Marija Pejcinovic Buric, la secrétaire générale du Conseil de l’Europe, qui rassemble 47 pays.

« S’il existe des idées fausses ou des malentendus à propos de la Convention, nous sommes prêts à les clarifier dans le cadre d’un dialogue constructif », a-t-elle ajouté.

À Bruxelles, un porte-parole de la Commission européenne a dit « regretter qu’une question aussi importante ait été déformée par des arguments trompeurs dans certains États membres ».

« Tout malentendu et toute idée fausse concernant la Convention doivent être clairement expliqués et dissipés », a-t-il insisté, ajoutant que Bruxelles poursuivrait « ses efforts pour finaliser l’adhésion de l’UE à la Convention » — signée en 2017, mais pas encore ratifiée.

« Idéologie gaie »

Varsovie est déjà dans le collimateur de la Commission pour les réformes de son système judiciaire, parrainées par le président Andrzej Duda, tout juste réélu avec le soutien du parti conservateur nationaliste Droit et Justice (PiS, au pouvoir).

La Convention d’Istanbul a été signée en 2012 par la Pologne, quand le pays était gouverné par une coalition centriste, puis ratifiée trois ans plus tard. L’actuel ministre de la Justice, Zbigniew Ziobro, l’avait à l’époque considérée comme « une invention, une création féministe qui vise à justifier l’idéologie gaie ».

Il a affirmé samedi qu’il allait présenter lundi un document officiel demandant au ministère de la Famille de préparer la dénonciation du traité.

La vice-première ministre chargée de l’Économie, Jadwiga Emilewicz, ou la ministre polonaise du Travail, Marlena Maciag, avaient avant lui dénoncé cette convention.

Vendredi, environ 2000 personnes ont manifesté à Varsovie, à l’appel d’organisations féministes, pour protester. Selon elles, entre 400 et 500 femmes meurent chaque année, victimes de violences conjugales, dans ce pays de 38 millions d’habitants.

Manifestations en Turquie

Des femmes ont manifesté dimanche dans les villes turques pour exprimer leur attachement à la Convention d’Istanbul, au moment où des responsables du parti au pouvoir ont laissé entendre que la Turquie pourrait elle aussi se retirer de ce traité. Des dizaines de femmes se sont rassemblées dans un parc à Ankara sous la surveillance d’une forte présence policière. À Istanbul, des manifestantes ont été empêchées d’entrer dans un parc, et plusieurs dizaines d’entre elles ont décidé de marcher dans les rues du district de Besiktas, selon les médias locaux. Des inquiétudes de plus en plus fortes se manifestent en Turquie concernant le nombre croissant de femmes tuées par des hommes. Le vice-président du parti de la Justice et du Développement (AKP) au pouvoir, Numan Kurtulmus, a récemment déclaré qu’Ankara devrait se retirer de la Convention, que la Turquie a ratifiée en 2012. Pour les militants des droits des femmes, la loi n’est pas appliquée correctement en Turquie, laissant les femmes vulnérables face aux violences infligées par leurs époux, ex-conjoints ou proches.


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