Le budget des 27 sur le gril du Parlement

Le président du Conseil européen et chef d’orchestre du sommet, Charles Michel, s’exprime devant les parlementaires. 
Photo: Francois Walschaerts Pool Photo via AP Le président du Conseil européen et chef d’orchestre du sommet, Charles Michel, s’exprime devant les parlementaires. 

Le Parlement européen a déploré « les coupes » prévues dans l’accord de budget à long terme de l’UE trouvé par les 27 lors d’un sommet marathon des derniers jours et menacé de ne pas l’approuver s’il n’est pas « amélioré » lors de négociations avec le Conseil.

Les eurodéputés devront se prononcer d’ici la fin de l’année sur le budget 2021-2027, sur lequel le plan de relance est adossé. L’approbation de l’hémicycle européen est nécessaire pour l’entrée en vigueur du « cadre financier pluriannuel », mais pas pour le fonds de relance de 750 milliards d’euros.

Dans un texte soutenu par la plupart des groupes politiques, et adopté par 465 voix (par rapport à 150 voix contre et 67 abstentions), le Parlement européen « conteste » ce budget, doté de 1074 milliards, « sous sa forme actuelle ». Il « ne cautionnera pas un fait accompli et est prêt à refuser de donner son approbation […] jusqu’à ce qu’un accord satisfaisant soit trouvé », prévient-il, se disant prêt « à engager immédiatement des négociations constructives avec le Conseil en vue d’améliorer la proposition ».

Dans la matinée, le président du Conseil européen, Charles Michel, chef d’orchestre du sommet, s’était félicité devant les parlementaires que le compromis envoie un signal de « confiance et de solidité ».

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a estimé que l’accord, destiné à relancer l’économie face à la récession historique due au coronavirus, permettait de voir la « lumière au bout du tunnel ». En additionnant le plan de relance et le budget pluriannuel, l’UE dispose d’une « force de frappe financière sans précédent », de 1800 milliards d’euros (environ 2800 milliards $CA), a-t-elle souligné.

Elle a toutefois déploré une « ombre » au tableau : un budget de l’UE « très maigre », « une pilule difficile à avaler ». « Je sais que cette assemblée ressent la même chose », a ajouté l’Allemande, qui avait proposé un budget de 1100 milliards. Le Parlement prônait quant à lui 1300 milliards d’euros.

Les discussions sur le budget à long terme de l’UE, toujours difficiles, sont cette fois compliquées par le départ du Royaume-Uni, qui laisse un trou d’environ 70 milliards dans le prochain budget.

Les eurodéputés réclament des augmentations dans les domaines du climat, du numérique, de la santé et recherche, de la jeunesse (Erasmus), de la culture, des infrastructures, de la gestion des frontières et du Fonds européen de la défense, notamment. Ils évoquent « le risque de compromettre les engagements et priorités » de l’UE, comme le Pacte vert et la stratégie numérique.

Le Parlement prévient aussi qu’il « n’approuvera pas » le budget sans accord sur une réforme des sources de revenus de l’UE. Il estime que la taxe sur les plastiques non recyclés ne suffira pas pour aider au remboursement de l’emprunt contracté pour financer le plan de relance et réclame un « calendrier juridiquement contraignant » sur l’introduction de nouvelles ressources, qui incluent des revenus du carbone et une taxe numérique.

Sur la question de l’État de droit, qui a donné lieu à un compromis contesté, le Parlement « regrette vivement que le Conseil européen ait considérablement affaibli » le lien entre le versement des fonds européens à un pays et le respect des valeurs démocratiques par ce dernier.

Les eurodéputés fustigent encore le maintien, voire l’augmentation des « rabais », ristournes accordées à cinq pays sur leurs contributions au budget.

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