Le gouvernement britannique accusé d’avoir sous-estimé le risque russe dans la campagne du Brexit

Jeudi dernier, le Royaume-Uni a ainsi mis en cause des «acteurs russes» dans des interférences pendant la campagne pour les législatives de décembre dernier.
Photo: Justin Tallis Agence France-Presse Jeudi dernier, le Royaume-Uni a ainsi mis en cause des «acteurs russes» dans des interférences pendant la campagne pour les législatives de décembre dernier.

Une commission parlementaire britannique a exhorté mardi le gouvernement à enquêter sur de possibles ingérences russes dans la vie politique du pays, notamment pendant la campagne du référendum sur le Brexit en 2016, lui reprochant d’avoir sérieusement sous-estimé les risques.

Très attendu depuis des mois au Royaume-Uni, le rapport de la commission sur le renseignement et la sécurité (ISC) n’a pas permis de livrer un verdict précis, mais a étrillé le manque de curiosité du gouvernement sur la question.

Dans son rapport de 55 pages, la commission conclut que l’influence russe sur la politique au Royaume-Uni est devenue « la nouvelle normalité », une situation « sérieusement sous-estimée » par le gouvernement.

Les députés de l’ISC ne sont pas parvenus à mettre en évidence des preuves d’ingérences russes, que ce soit dans la campagne du référendum sur le Brexit ou celui sur l’indépendance de l’Écosse de 2014, où 55 % des électeurs ont voté pour le maintien au sein du Royaume-Uni.

« Il aurait dû y avoir une évaluation des ingérences russes dans le référendum. Il doit y en avoir une et les résultats de cette évaluation doivent être portés à la connaissance du public », a déclaré le député travailliste Kevan Jones en présentant le rapport.

Il a estimé que le Royaume-Uni n’a pas évalué les ingérences russes dans le référendum sur la sortie de l’Union européenne, soulignant le « contraste saisissant » avec la réponse américaine au sujet de celles sur la présidentielle de 2016.

Le gouvernement a contesté avoir été trop lent à agir, soulignant qu’il n’y avait « pas de preuve d’une ingérence réussie dans le référendum sur l’UE ».

Il a toutefois assuré que la Russie constituait « une priorité absolue en termes de sécurité nationale », car elle pose « une menace durable et importante pour le Royaume-Uni et ses alliés » par le biais de « capacités militaires conventionnelles », de « désinformation » ou encore de « cyberattaques ».

Pour la porte-parole du ministère des Affaires étrangères russe, Maria Zakharova, le rapport ne traduit que de la « russophobie sous forme de fausses informations ».

Peu avant la présentation du document, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov avait assuré que « la Russie n’est jamais intervenue dans le processus électoral d’aucun pays dans le monde, ni aux États-Unis, ni au Royaume-Uni, ni dans aucun autre » pays.

Oligarques bienvenus

La commission parlementaire souligne aussi que les gouvernements successifs ont accueilli « à bras ouverts » les oligarques russes et leur argent, leur permettant ainsi de prendre pied au Royaume-Uni.

La publication du rapport intervient dans un climat orageux entre Londres et Moscou.

Jeudi dernier, le Royaume-Uni a ainsi mis en cause des « acteurs russes » dans des interférences pendant la campagne pour les législatives de décembre dernier. En cause, la diffusion sur Internet de documents relatifs aux négociations entre Londres et Washington sur un futur accord commercial post-Brexit.

Londres a également accusé les services de renseignement russes d’être derrière des attaques informatiques visant des organisations britanniques, canadiennes et américaines, et destinées à s’emparer du fruit de recherches sur un vaccin contre le nouveau coronavirus.

Le Kremlin a vivement démenti ce qu’il considère comme des « allégations sans fondement ».

La commission du renseignement et de la sécurité avait lancé son enquête en novembre 2017, en réponse aux inquiétudes sur l’ingérence dans les élections américaines de 2016, et remis son rapport au premier ministre en octobre dernier.

Début novembre, le gouvernement s’était vu reprocher de ne pas vouloir le publier avant les élections du 12 décembre, largement remportées par les conservateurs du premier ministre Boris Johnson, qui avait fait de la réalisation du Brexit sa priorité. Il avait alors invoqué des questions de sécurité nationale.

Les relations entre Londres et Moscou sont au plus bas depuis l’empoisonnement avec un agent neurotoxique de l’ex-espion russe Sergei Skripal et sa fille Ioulia, qui avaient survécu, à Salisbury (sud-ouest) en mars 2018. La Russie avait démenti toute implication, mais l’affaire avait abouti à une vague d’expulsions croisées de diplomates entre Londres et ses alliés et Moscou.

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