Début de négociations difficile sur le plan de relance européen

Le président du Conseil européen, Charles Michel
Photo: Francisco Seco Pool via Agence France-Presse Le président du Conseil européen, Charles Michel

Le projet d’un plan massif pour relancer l’économie de l’UE après le coronavirus s’est heurté vendredi à l’inflexibilité des pays dits « frugaux », Pays-Bas et Autriche en tête, au premier jour d’un sommet européen à l’issue très incertaine.

C’est la première fois en cinq mois, en raison de la pandémie de COVID-19, que les chefs d’État et de gouvernement — tous équipés de masques de protection — se retrouvaient physiquement à Bruxelles.

Après plus de sept heures de discussions en conclave, jugées « constructives » par plusieurs sources, ils se sont retrouvés pour un dîner en soirée où les échanges se sont tendus, en raison de la position jugée trop dure des Pays-Bas sur le contrôle des fonds qui pourraient être distribués.

Le sommet doit reprendre samedi matin.

Au cœur des discussions : un plan de relance post-coronavirus de 750 milliards d’euros financé par un emprunt commun, inspiré d’une proposition de la chancelière allemande, Angela Merkel, et du président français, Emmanuel Macron.

Ce plan est composé de 250 milliards de prêts, et surtout de subventions à hauteur de 500 milliards, qui n’auront pas à être remboursées par les États bénéficiaires. Il est adossé au budget à long terme de l’UE (2021-2027) de 1,074 milliard d’euros.

Quatre pays dits frugaux — Pays-Bas, Autriche, Danemark, Suède — rejoints par la Finlande, émettent de profondes réserves sur cette proposition, qui devrait profiter avant tout à l’Italie et l’Espagne, deux États très affectés par la pandémie, mais qu’ils considèrent comme les plus laxistes en matière budgétaire.

« Difficile à avaler »

Le plan prévoit que l’argent soit versé en contrepartie de réformes menées par les pays bénéficiaires.

Or, le premier ministre des Pays-Bas, Mark Rutte, réclame que les plans de réforme de chaque État soient validés à l’unanimité des 27, et non à la majorité qualifiée. En d’autres termes, il veut un droit de veto, une demande qu’il est le seul, selon plusieurs sources, à formuler.

« Nous sommes dans un moment difficile de la négociation avec un blocage sur la question de la gouvernance du plan de relance », a regretté une source diplomatique en fin de soirée.

« Ce que demandent les Pays-Bas est légalement impossible et politiquement difficile à avaler », a renchéri un second diplomate.

Selon une source européenne, le président du Conseil européen, Charles Michel, a proposé, pour tenter de rapprocher les positions, un mécanisme permettant à un pays ayant des réserves sur le plan de réforme d’un autre État d’ouvrir un débat à 27. Mais cette idée a braqué plusieurs participants.

Si les autres « frugaux » n’ont pas suivi M. Rutte sur le droit de veto, ils conservent leurs réticences, en particulier sur l’enveloppe des subventions, qu’ils veulent réduire.

Le chancelier autrichien, Sebastian Kurz, a souligné que son pays rejetait « clairement la proposition actuelle ». « Nous voulons bien sûr faire preuve de solidarité, mais nous avons également les intérêts des contribuables autrichiens à l’esprit », a-t-il tweeté.

Les exigences de réforme en contrepartie des aides font, en outre, bondir les États du Sud, inquiets d’être contraints de se soumettre à un programme imposé par d’autres, comme la Grèce au plus fort de la crise de la zone euro.

Les discussions pourraient être longues et difficiles samedi, l’unanimité des États membres étant requise. Le sommet pourrait même se prolonger jusqu’à dimanche.

Selon une source diplomatique, les discussions ont commencé par trois sujets cruciaux : le montant global du plan, le contrôle des réformes entreprises par les bénéficiaires en échange des aides, et la question des « rabais » dans les contributions accordées aux États qui versent davantage d’argent au budget de l’UE qu’ils n’en reçoivent.