Macron entend tracer un «nouveau chemin» post-pandémie

Les célébrations du 14 juillet se sont limitées cette année à la place de la Concorde, où se sont déroulés un spectacle aérien et une cérémonie mettant en vedette les soignants qui ont combattu la pandémie. Emmanuel Macron y est arrivé à bord d’un véhicule militaire.
Photo: Chritophe Ena Pool AFP Les célébrations du 14 juillet se sont limitées cette année à la place de la Concorde, où se sont déroulés un spectacle aérien et une cérémonie mettant en vedette les soignants qui ont combattu la pandémie. Emmanuel Macron y est arrivé à bord d’un véhicule militaire.

Triste 14 juillet à Paris en cette période de pandémie. Loin des traditionnels bals populaires, feux d’artifice et défilés militaires, les célébrations se sont limitées cette année à la place de la Concorde, où se sont déroulés un spectacle aérien et une cérémonie mettant en vedette les soignants qui ont combattu la pandémie. Mais le véritable événement de cette fête nationale plutôt atypique aura été le retour de la traditionnelle entrevue de l’Élysée, que le président avait supprimée en 2017.

Pendant plus d’une heure, sur le ton de l’humilité et, parfois, du mea culpa, Emmanuel Macron a cherché à expliquer comment la France se sortirait de ce qui s’annonce comme une des pires crises économiques de son histoire. Relativement aux légers signes de reprise de la pandémie, le président a commencé par annoncer que, dès le 1er août, l’obligation du port du masque, déjà en vigueur dans les transports en commun, sera élargie à tous les lieux publics clos. « Mettez des masques ! », a-t-il lancé tout en assurant que la France avait aujourd’hui les tests et les approvisionnements nécessaires pour faire face à une nouvelle vague de COVID-19. « Nous serons prêts », a déclaré Emmanuel Macron, qui assure par ailleurs que la rentrée des classes en septembre sera « la plus normale possible ».

La priorité de la rentrée, c’est l’emploi

 

Présomption d’innocence

Interrogé dès le début de l’entrevue sur la nomination au ministère de l’Intérieur de Gérald Darmanin, le président a pris la défense de son ministre, accusé de viol il y a trois ans pour des faits remontant à 2009. Classée sans suite en 2018 et ayant donné lieu à une ordonnance de non-lieu faute de pouvoir « établir l’absence de consentement de la plaignante et […] une quelconque violence à son endroit », l’affaire a néanmoins été rouverte en juin après que la Cour de cassation a eu ordonné une nouvelle enquête.

« La cause féministe, je la partage », dit Emmanuel Macron avant d’invoquer la présomption d’innocence. « Aucune cause n’est défendue correctement si on le fait en bafouant les principes fondamentaux de notre démocratie », dit-il. « Si, à partir du moment où quelqu’un est accusé, mais pas jugé, il devient en quelque sorte la victime d’un jugement de rue, ou de réseaux sociaux […] notre démocratie change de nature. »

La semaine dernière, plusieurs associations féministes ont réuni quelques milliers de manifestants à Paris et en province sous le slogan Un violeur à l’Intérieur. Ces associations protestent aussi contre la nomination d’Éric Dupond-Moretti à la Justice, un avocat qui n’a jamais caché ses réserves à l’égard de la vague de dénonciations #MeToo.

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100 milliards pour la relance

Le président a aussi annoncé un programme de 100 milliards d’euros afin d’assurer la relance, au moment où les experts prévoient jusqu’à 800 000 nouveaux chômeurs. Dans un contexte où « la priorité de la rentrée c’est l’emploi », Emmanuel Macron a défendu mollement sa réforme des retraites dont l’adoption finale par le parlement a dû être reportée à cause de la pandémie. Il compte sur le nouveau premier ministre, Jean Castex, pour « la remettre à la discussion », mais demeure évasif sur l’échéancier, se contentant de dire que « dans les années qui viennent, il faudra faire une réforme des retraites ».

Plusieurs observateurs s’attendaient à une intervention plus axée sur la relance économique et proposant même une politique de réindustrialisation. Le président n’a pas annoncé la création du nouveau Haut-Commissariat au plan, pourtant ouvertement défendue par le premier ministre et son ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Cette instance qui avait orchestré la réindustrialisation de la France après la guerre a été supprimée en 2006. À Paris, on avance même que l’ancien ministre et président du MoDem François Bayrou pourrait en prendre la direction.

Le président a par ailleurs annoncé un « dispositif exceptionnel d’exonération des charges » afin d’atténuer le choc pour les 700 000 jeunes qui devaient cette année intégrer le marché du travail.

Alors qu’Emmanuel Macron parle depuis plusieurs semaines de « nouveau chemin » et de « réinvention », la plupart des analystes ont déclaré être demeurés sur leur faim après cette entrevue. « Macron brasse du vent… Mais toujours rien de concret. Pas de vision claire. La trajectoire Hollande se précise. Deux ans à tenir… », a tranché le nouveau maire de Perpignan et membre du Rassemblement national, Louis Aliot.

« Pour la réinvention, on repassera », a twitté le député LR Bruno Retailleau. « Les mots ne masquent plus l’impuissance et l’inaction politique », selon l’écologiste Yannick Jadot, qui déplore l’absence d’« un plan de relance et de transition écologique puissant et immédiat ».

À 600 jours de la fin du quinquennat, Emmanuel Macron peine à remonter dans les sondages. Avec un taux d’à peine 38 % d’approbation de son action, les nominations d’un nouveau premier ministre et d’un nouveau gouvernement ne semblent guère avoir changé la donne. Ce qui faisait dire à l’éditorialiste Cécile Cornudet du quotidien Les Échos qu’« à deux ans de la présidentielle, le chef de l’État s’amende et évite les sujets qui fâchent, comme s’il cherchait à enfin se faire aimer des Français ». L’entrevue était à peine terminée que plusieurs milliers de manifestants défilaient dans les rues pour réclamer davantage que les 6,3 milliards d’euros déjà mis sur la table par le gouvernement pour les personnels de la santé.