La 5G de Huawei mise au ban au Royaume-Uni

Le Royaume-Uni a annoncé qu’il allait exclure de son réseau 5G tout équipement produit par le géant chinois Huawei en raison d’un risque pour la sécurité du pays.
Photo: Nicolas Asfouri Agence France-Presse Le Royaume-Uni a annoncé qu’il allait exclure de son réseau 5G tout équipement produit par le géant chinois Huawei en raison d’un risque pour la sécurité du pays.

Le Royaume-Uni a annoncé mardi qu’il allait exclure de son réseau 5G tout équipement produit par le géant chinois Huawei en raison d’un risque pour la sécurité du pays ; un durcissement qui risque d’exacerber les tensions avec Pékin, mais qui réjouit Washington.

L’achat de nouveaux équipements Huawei sera interdit après le 31 décembre 2020 et les équipements existants devront être retirés d’ici 2027.

« Le meilleur moyen de sécuriser notre réseau est que les opérateurs cessent d’utiliser les équipements Huawei pour construire le futur réseau 5G britannique », a déclaré le ministre chargé de la Culture et du Numérique, Oliver Dowden, à la Chambre des communes à l’issue d’une réunion du Conseil de sécurité nationale (NSC) présidée par le premier ministre conservateur, Boris Johnson.

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« Cela n’a pas été une décision facile, mais c’est la bonne pour les réseaux de télécommunication britanniques, pour notre sécurité nationale et pour notre économie — maintenant comme à long terme », a-t-il ajouté.

Londres était soumis depuis des mois à de fortes pressions du gouvernement Trump, qui accuse Huawei d’espionnage à la solde de Pékin — ce que l’entreprise nie.

La Maison-Blanche s’est, dans la foulée, félicitée de cette décision qui « reflète un consensus international grandissant sur le fait que Huawei et d’autres acteurs représentent une menace pour la sécurité nationale, car ils restent redevables au Parti communiste chinois », a publié sur Twitter Robert O’Brien, conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump.

Décision « politisée »

L’ambassadeur chinois au Royaume-Uni, Liu Xiaoming, a, lui, estimé sur Twitter « décevante et erronée » la décision de Londres, jugeant « discutable » le fait que « le Royaume-Uni puisse encore offrir un environnement commercial ouvert, juste et sans discrimination aux entreprises venues d’autres pays ».

Dans un communiqué, Huawei a jugé « regrettable que [son] futur au Royaume-Uni ait été politisé, à cause de la politique commerciale américaine et non pour des raisons de sécurité ».

Selon Oliver Dowden, les sanctions américaines imposées en mai au géant chinois, destinées à lui couper l’accès aux semi-conducteurs fabriqués avec des composants américains, ont pesé dans la décision britannique. Londres s’inquiète d’un recours du groupe à des composants de rechange susceptibles de poser de nouveaux risques de cybersécurité.

Malgré plusieurs mises en garde américaines, le gouvernement britannique avait permis en janvier au géant des télécommunications chinois de construire jusqu’à 35 % de l’infrastructure non stratégique nécessaire pour déployer le nouveau réseau 5G du pays. Mais devant la grogne de Washington et de députés conservateurs, le gouvernement avait laissé entendre qu’il durcirait sa position.

Nokia et Ericsson sur les rangs

Les patrons des opérateurs téléphoniques, comme ceux de BT et de Vodafone, ont averti qu’un retrait total des équipements Huawei du réseau britannique serait « impossible » sous 10 ans et risquerait d’occasionner des pannes et des problèmes de sécurité.

La semaine dernière, Huawei avait assuré que son exclusion affecterait « l’avenir de la stratégie numérique […] du Royaume-Uni », affirmant qu’un retard de deux ans coûterait à son économie 29 milliards de livres (soit près de 50 milliards dollars canadiens).

Alors que Boris Johnson avait fait de l’amélioration du réseau de télécommunications britannique une promesse de campagne, son ministre de la Culture a reconnu que l’exclusion de Huawei retarderait le déploiement de la 5G au Royaume-Uni de « deux à trois ans », entraînant un coût allant « jusqu’à deux milliards de livres » (environ 3,4 milliards dollars canadiens).

Des discussions sont en cours avec d’autres fournisseurs : le suédois Ericsson, le finlandais Nokia, le japonais NEC et le sud-coréen Samsung, a-t-il indiqué.

Nokia et Ericsson se sont immédiatement dits prêts à prendre la place de Huawei. Nokia a affirmé dans un courriel à l’AFP « avoir la capacité et l’expertise nécessaires pour remplacer tous les équipements Huawei des réseaux britanniques à l’échelle et à la vitesse voulues ».

Son concurrent Ericsson a dit, lui, posséder « la technologie, l’expérience et la capacité de la chaîne d’approvisionnement nécessaires pour parvenir » à créer un réseau 5G de « premier plan » au Royaume-Uni.

Cette décision risque aussi d’envenimer les relations entre le Royaume-Uni et la Chine, déjà dégradées ces dernières années après avoir connu un « âge d’or » sous l’ancien premier ministre conservateur David Cameron.

Tandis que le Royaume-Uni recherche de nouveaux alliés, en Asie notamment, depuis sa sortie de l’Union européenne fin janvier, sa relation avec Pékin s’est tendue récemment avec l’entrée en vigueur à Hong Kong d’une loi controversée sur la sécurité, imposée par Pékin et vivement dénoncée par Londres, ancienne puissance coloniale.